04 août 2006

De retour à Paris

Comme je l’avais annoncé en début de semaine, ce retour s’annonçait précipité. Appelé mardi soir par l’ambassade, je partais le lendemain matin. Je n’ai pas eu le temps de revoir tout le monde, j’ai tout juste pu contacter les uns ou les autres. De manière générale, je n’aime pas trop les au-revoirs, encore moins dans ce genre de situation. J’avais donc juste le temps de bourrer mon sac-à-dos de ce que je voulais vraiment ramené.
Mercredi, 10 heures. Je suis au lieu de rendez-vous. On est tout de suite, et jusqu’à l’arrivée, pris en charge. D’abord par le personnel de l’Ambassade. Après avoir passé les deux ou trois formalités d’usage pour vérifier les documents de voyage, les bagages, l’inscription sur les listes, on est directement acheminé au port où nous attendent deux bateaux : le Mistral sur lequel je monterai et son petit frère le Siroco. Là encore, comme l’embarquement est assez rapide. Je quitte le sol libanais un peu avant midi. L’attente du départ sera longue puisque ce ne sera qu’à 17 heures que nous quitterons le port de Beyrouth. En effet, l’Ambassade avait étalé les rendez-vous sur toute la journée pour éviter les longues files d’attente, les crises de nerfs et autres.
Je suis, avec quelques autres, installé dans une des salles de détente du bord. Ce sera beaucoup agréable que le grand hangar où sont alignés plus de 500 lits de camp. Dans mon quartier, on a l’air conditionné, de ordinateurs de jeu, des babyfoots, des cafetières. Tout au long du voyage, je serai impressionné par les moyens mis à notre disposition pour que ce trajet qui, pour beaucoup, est synonyme de déchirement, se passe le mieux possible. L’ambiance à bord est très calme. Les membres d’équipage de la Marine tout comme les militaires sont aux petits soins pour nous, s’occupent des enfants, nous servirons les trois repas que nous passerons à bord (déj’, dîner et p’tit déj’).
Arrivé au large de Larnaca vers 8 heures le lendemain matin, on débarquera au goutte à goutte grâce à des barges faisant la navette entre le bateau et le port. Je passerai quelque trois heures là-bas avant d’être acheminé vers un complexe sportif, comme tous ceux qui sont affecté sur le troisième et dernier vol de la journée. Décollage à 20h30. Pas de retard. C’est là que je réalise vraiment que je rentre, c’est surtout lié au fait qu’à partir du moment où on est arrivé à l’aéroport, on revenait à des modes de transport classique. On croise des touristes, on n’est plus entouré que par des militaires ou du personnel du Ministère des Affaires étrangères. Arrivés à Roissy vers minuit et demi, on est accueilli par quelque 200 volontaires de la Croix-Rouge, du Secours catholique ou de la Protection civile. On a tous droit à un entretien individuel pour savoir si on tient le coup, si on a besoin d’hébergement, de correspondance pour d’autres villes que Paris, etc. Puis, je récupère mon sac et retrouve Augustin un peu avant 1 heure, 2 heures heure libanaise. 40 heures de voyage mais tout en tranquillité, en douceur, en organisation, en encadrement.
Après, c’est à moi d’atterrir. De réaliser que c’est fini. D’en parler au passé et d’écrire un nouveau présent. De revoir les photos, de repenser aux meilleurs ou moins bons moments sans avoir trop la larme à l’œil. D’arrêter de sursauter au moindre bruit ou craindre à chaque passage d’un avion. De reprendre contact. De …
De vous remercier pour votre présence régulière ou ponctuelle, secrète ou déclarée, commentée ou mailée. Que ce soit pendant ces quelques semaines de conflit ou tout au long de mon séjour, j’ai aimé cette interaction, cet échange avec vous. C’était aussi important pour moi de partager ces moments, vous présenter un pays que j’ai aimé, des sujets qui me passionnent, des moments heureux ou difficiles. Il me faudra encore un petit moment pour vraiment réaliser ce qui m’est arrivé et apprécier les fruits de cette expérience formidable.
Voilà. Encore une fois, j’aurai pu écrire plus, raconter chaque détail, disserter encore sur un sujet ou un autre. Mais l’objectif de ce message est triple : vous dire que c’était le dernier, que je suis rentré et vous dire Merci. Maintenant, à nous d’être inventif pour trouver un autre moyen de communiquer. J’ai déjà une piste : mon portable est dans ma poche...

01 août 2006

Un point diplomatie

La diplomatie est un domaine que j’aime particulièrement, même si on a l’impression qu’elle ne brille pas encore sur le Liban. J’ose espérer que c’est faux, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est toujours une arme secrète dans ce genre de situation qui oppose des soi-disant terroristes et un État démocratique occidentalisé. Ensuite parce que les résultats militaires sont toujours beaucoup plus visibles et rapidement atteints. Enfin parce que les tournées des différentes chancelleries vont bien finir par porter leurs fruits.
Dans ce genre de situation, on se demande toujours : mais que fait l’ONU ? Comme je le mettais dans mon message précédent, l’ONU est composée avant tout d’États et son action dépend donc de la volonté de ceux-ci. Ce sont donc plus les États qu’il faudrait (au conditionnel) blâmer plutôt que Kofi Annan. Quand en plus les membres du Conseil de Sécurité – dont font partie les États-Unis et la France – ne sont pas forcément d’accord avec les solutions à apporter, ça traîne forcément en longueur. Mais l’ONU, pour le moment, joue son rôle, à savoir assurer l’assistance humanitaire. Quand à la FINUL, force d’interposition au Liban Sud, je ne crois pas non plus qu’elle soit à blâmer. Son mandat n’est pas du tout un mandat d’intervention armée. Les Casques bleus sont donc plutôt pris entre deux feux, comme dans beaucoup de situations ailleurs dans le passé. Et les quatre observateurs morts en service la semaine dernière nous l’ont malheureusement rappelé.
Les diplomaties occidentales sont donc à pied d’œuvre. On parle beaucoup de la France et des États-Unis ; c’est dû avant tout aux liens que ces deux pays ont tissés avec le Liban depuis déjà plusieurs décennies. Un petit "avantage" à la France en ce moment, surtout dû au soutien indéfectible américain à Israël. Résultat, avant-hier, Condoleezza Rice était persona non grata à Beyrouth tandis que Philippe Doute-Blazy a pu effectuer hier sa troisième visite au Liban depuis le début du conflit. En plus, il se trouve que jusqu’à hier, la France assurait la présidence du Conseil de Sécurité. Ce sont donc les propositions françaises qui ont été les plus en vue. J’aimerais que la France puisse jouer ce rôle de médiateur mais ce sera difficile parce que je ne crois pas qu’elle ne soit pas jugée légitime en Israël. On ne peut pas dire que notre pays ait été très pro-israélien depuis le Général de Gaulle.
Mais ce qui compte, c’est qu’il puisse y avoir une médiation entre les deux parties. Et même si certains considèrent le Hezbollah comme un groupe terroriste, il n’en reste pas moins un acteur politique incontournable au Liban. Il faut donc discuter avec lui. Et le Liban lui-même, finalement assez proche du Hezbollah par rapport à l’action d’Israël ne se laissera pas imposer une paix où il ne trouvera pas son compte, en particulier sur le problème des fermes de Chebaa. C’est un territoire libanais situé sur le plateau du Golan. Même si la majorité du plateau est syrien et qu’il est entièrement occupé par Israël, le Liban réclame la souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Au passage, c’est la raison principale de l’existence du Hezbollah : la résistance armée pour stopper l’occupation d’Israël.
Diplomatie, OK, mais pour quel résultat ? Pour le moment, pas grand-chose parce qu’on n’a pas réussi à faire taire les armes. Mais il est très probable que l’intervention israélienne s’arrête d’ici deux semaines environ. Et là, j’ose espérer qu’on réalise enfin le travail préliminaire de fond de la diplomatie. Les grands points des discussions sont les suivants. Pour Israël, le désarmement du Hezbollah, l’arrêt des tirs de roquettes sur le Nord du pays et bien sûr la libération des deux soldats dont l’enlèvement le 12 juillet à déclencher les hostilités. Pour le Hezbollah et plus généralement le Liban, c’est l’arrêt de l’intervention israélienne, la souveraineté totale sur l’ensemble de son territoire et donc sur les fermes de Chebaa, et le déploiement d’une force multinationale de l’ONU avec un mandat plus élargi que celui de la FINUL présente depuis 1978, dont je parlais plus haut. Là encore, ça dépendra du mandat que les États membres de l’ONU voudront bien lui donner.
Enfin, très probablement, il y aura une conférence internationale de pays donateurs pour aider le Liban à se reconstruire. Jusqu’à présent, on estime à 3 milliards les pertes occasionnées par les bombardements. D’ici une semaine, on pense qu’il n’y aura plus d’essence dans le pays. Aucun approvisionnement extérieur n’est possible à cause du blocus. L’électricité est coupée beaucoup plus fréquemment que d’habitude. Ça pose problème non seulement aux habitants dans nos vies quotidiennes ou professionnelles mais aussi particulièrement au secteur médical. La nourriture ne manque pas encore, du moins dans les régions pas trop touchées. L’économie, déjà mal en point, va avoir du mal à s’en relever. L’avantage, par rapport aux précédentes années de guerre, c’est que je ne crois pas qu’on glisse vers une guerre civile. Le pays reste assez uni malgré quelques divergences. Et le travail du Premier ministre Fouad Siniora y est certainement pour beaucoup. Même s’il n’a pas le charisme de Rafic Hariri, loin s’en faut, il a su garder le contrôle et l’unité du pays.
Bon, bah voilà ce que je voulais dire. En toute franchise, cette petite analyse n’engage que moi. On est d’accord ou pas d’accord. D’autres sont certainement plus documentés. Mais c’est la démocratie. Chacun peut s’exprimer. Ce blog est d’ailleurs un lieu d’échange alors profitez des commentaires si ça vous dit. Et s’il y a maintenant des codes pour écrire un commentaire, c’est parce que la semaine dernière, ce petit blog a attrapé un virus et qu’environ une centaine de commentaires indésirables se sont glissés. Donc c’est pour faire le tri entre les vrais admirateurs, secrets, anonymes ou déclarés, et ne garder que la crème de la crème !