Beyrouth, ville fantôme
Dimanche soir. Je rentre de 24 heures passées chez Serj à Tabarja. Hier soir, on a vu de ses fenêtres le port de Jounieh être touché par les projectiles israéliens. Dans la baie de Jounieh, comme un peu partout sur la côte, l’écho renvoyé par les montagnes rend encore plus impressionnantes les explosions.
En fin d’après-midi, je rentre à Beyrouth en bus. Serj m’a laissé sur l’autoroute en évitant soigneusement un pont qui pourrait ne plus être debout pour longtemps. Je ne fais pas le difficile quand le chauffeur me dit qu’il ne me conduira pas jusque là où j’ai l’habitude de descendre, près de chez moi. Je remonte donc depuis le centre ville. On est dimanche, il est 17h. Les rues sont désertes. L’absence de piétons n’est pas ce qui m’impressionne le plus, quand on sait que tout libanais qui se respecte prend sa voiture pour tout déplacement qui excède 50 mètres. Mais ce soir, pas une voiture dehors. Pas de klaxon. Pas de chauffards. Beaucoup moins de taxis. Les magasins sont tous fermés. On est dimanche mais beaucoup sont ouverts habituellement. C’est un silence assourdissant qui règne sur la ville. Être un piéton serait enfin devenu agréable si l’atmosphère n’était pas si tendue.
Seulement quelques fortes explosions rapprochées en début de soirée et des explosions plus lointaines après. Je suis presque surpris que ce soit si calme à Beyrouth. Les télévisions n’ont cessé de répéter toute la journée que Beyrouth comme le reste du pays avait subit les pires 24 heures depuis le début du conflit. Beaucoup ont fui, principalement des touristes (occidentaux ou des pays du Golfe). La plupart cherche à gagner la Syrie. C’est d’ailleurs là-bas que ma future collègue stagiaire (une Américaine avec qui je devais travailler à partir de ce lundi) a trouvé refuge. C’est en tombant sur CNN samedi soir que j’ai eu la surprise de l’entendre, interviewée depuis Damas ! Les Libanais eux s’orientent plus vers les montagnes, régions chrétiennes et druzes réputées pour ne pas être la cible d’Israël. A Beyrouth, ils restent terrés chez eux. Ce lundi matin, l’activité a un peu repris. Ça fait moins glauque.
La colère monte. Même s’ils ne sont pas tous partisans du Hezbollah et qu’ils tiennent le Hezbollah pour responsable de la crise, les Libanais sont opposés à l’ampleur de la réaction d’Israël qui affecte le pays dans son ensemble. Pourquoi, par la faute d’un groupe radical, Israël doit-il réduire en cendres le territoire du Liban ? Effectivement, quand on voit les dégâts engendrés, on peut se demander si l’assaut n’est pas disproportionné. D’autant que chacun sait que c’est là-dessus que les radicaux recruteront plus tard. Les victimes civiles et la propagande feront le reste. Tout le monde s’inquiète. Il y a à peine un an et demi, le Liban avait réussi à se débarrasser de la présence syrienne, au prix de la mort de son ancien Premier ministre Rafic Hariri. L’espoir renaissait même si la situation économique notamment n’était pas brillante. Aujourd'hui les espoirs se sont estompés.
Certes, si Biarritz était régulièrement la cible de roquettes tirées depuis le Pays basque espagnol, il est probable que la France ne mette pas dix ans à intervenir militairement dans la région sans que personne ne trouve rien à redire. Mais on peut aussi se demander si l’opération israélienne va porter un coup décisif au Hezbollah, un ennemi avec très peu d’infrastructures à démolir et absolument démuni d’avions à abattre, de navires à couler ou de chars à détruire.
J’ai entendu ce week-end qu’environ 17.000 Français étaient sur le territoire libanais et que le gouvernement français commençait à envisager l’évacuation de ceux qui le voulaient. Aude, ma collègue de Caritas avec qui j’étais parti en Syrie, va faire partie de ces premiers à rentrer en France en ce début de semaine. Il va y avoir au début une rotation journalière entre Beyrouth et Chypre. On annonce l’arrivée de bâtiments militaires. J’ai eu là aussi la surprise d’apprendre que le bateau sur lequel Vincent, mon grand frère, est affecté est sur le départ à Toulon. Je ne sais pas encore s’il fait partie du voyage. Ça aurait quelque chose de cocasse de se retrouver dans de pareilles circonstances. Mais pour le moment, je n’ai pas l’intention de déserter. Je ne suis pas en danger pour l’instant. Dès que je sentirai que ce sera le cas, je ferai mes valises. J’y serai peut-être contraint avant par un ordre d’évacuation de l’Ambassade. Pour le moment, c’est "wait and see". J’entame mon stage et j’espère vite vous mettre un message qui ne parle pas trop de la guerre mais plutôt de ce que je fais.
Le mot de la fin pour vous tous qui m’avez laissé de petits messages sur ma boîte mail ou dans les commentaires. Ça fait toujours plaisir. Un grand merci en attendant que je puisse vous répondre individuellement.
En fin d’après-midi, je rentre à Beyrouth en bus. Serj m’a laissé sur l’autoroute en évitant soigneusement un pont qui pourrait ne plus être debout pour longtemps. Je ne fais pas le difficile quand le chauffeur me dit qu’il ne me conduira pas jusque là où j’ai l’habitude de descendre, près de chez moi. Je remonte donc depuis le centre ville. On est dimanche, il est 17h. Les rues sont désertes. L’absence de piétons n’est pas ce qui m’impressionne le plus, quand on sait que tout libanais qui se respecte prend sa voiture pour tout déplacement qui excède 50 mètres. Mais ce soir, pas une voiture dehors. Pas de klaxon. Pas de chauffards. Beaucoup moins de taxis. Les magasins sont tous fermés. On est dimanche mais beaucoup sont ouverts habituellement. C’est un silence assourdissant qui règne sur la ville. Être un piéton serait enfin devenu agréable si l’atmosphère n’était pas si tendue.
Seulement quelques fortes explosions rapprochées en début de soirée et des explosions plus lointaines après. Je suis presque surpris que ce soit si calme à Beyrouth. Les télévisions n’ont cessé de répéter toute la journée que Beyrouth comme le reste du pays avait subit les pires 24 heures depuis le début du conflit. Beaucoup ont fui, principalement des touristes (occidentaux ou des pays du Golfe). La plupart cherche à gagner la Syrie. C’est d’ailleurs là-bas que ma future collègue stagiaire (une Américaine avec qui je devais travailler à partir de ce lundi) a trouvé refuge. C’est en tombant sur CNN samedi soir que j’ai eu la surprise de l’entendre, interviewée depuis Damas ! Les Libanais eux s’orientent plus vers les montagnes, régions chrétiennes et druzes réputées pour ne pas être la cible d’Israël. A Beyrouth, ils restent terrés chez eux. Ce lundi matin, l’activité a un peu repris. Ça fait moins glauque.
La colère monte. Même s’ils ne sont pas tous partisans du Hezbollah et qu’ils tiennent le Hezbollah pour responsable de la crise, les Libanais sont opposés à l’ampleur de la réaction d’Israël qui affecte le pays dans son ensemble. Pourquoi, par la faute d’un groupe radical, Israël doit-il réduire en cendres le territoire du Liban ? Effectivement, quand on voit les dégâts engendrés, on peut se demander si l’assaut n’est pas disproportionné. D’autant que chacun sait que c’est là-dessus que les radicaux recruteront plus tard. Les victimes civiles et la propagande feront le reste. Tout le monde s’inquiète. Il y a à peine un an et demi, le Liban avait réussi à se débarrasser de la présence syrienne, au prix de la mort de son ancien Premier ministre Rafic Hariri. L’espoir renaissait même si la situation économique notamment n’était pas brillante. Aujourd'hui les espoirs se sont estompés.
Certes, si Biarritz était régulièrement la cible de roquettes tirées depuis le Pays basque espagnol, il est probable que la France ne mette pas dix ans à intervenir militairement dans la région sans que personne ne trouve rien à redire. Mais on peut aussi se demander si l’opération israélienne va porter un coup décisif au Hezbollah, un ennemi avec très peu d’infrastructures à démolir et absolument démuni d’avions à abattre, de navires à couler ou de chars à détruire.
J’ai entendu ce week-end qu’environ 17.000 Français étaient sur le territoire libanais et que le gouvernement français commençait à envisager l’évacuation de ceux qui le voulaient. Aude, ma collègue de Caritas avec qui j’étais parti en Syrie, va faire partie de ces premiers à rentrer en France en ce début de semaine. Il va y avoir au début une rotation journalière entre Beyrouth et Chypre. On annonce l’arrivée de bâtiments militaires. J’ai eu là aussi la surprise d’apprendre que le bateau sur lequel Vincent, mon grand frère, est affecté est sur le départ à Toulon. Je ne sais pas encore s’il fait partie du voyage. Ça aurait quelque chose de cocasse de se retrouver dans de pareilles circonstances. Mais pour le moment, je n’ai pas l’intention de déserter. Je ne suis pas en danger pour l’instant. Dès que je sentirai que ce sera le cas, je ferai mes valises. J’y serai peut-être contraint avant par un ordre d’évacuation de l’Ambassade. Pour le moment, c’est "wait and see". J’entame mon stage et j’espère vite vous mettre un message qui ne parle pas trop de la guerre mais plutôt de ce que je fais.
Le mot de la fin pour vous tous qui m’avez laissé de petits messages sur ma boîte mail ou dans les commentaires. Ça fait toujours plaisir. Un grand merci en attendant que je puisse vous répondre individuellement.

7 Comments:
Salut Nicolas, c'est Maud du master recherche, j'espère que tu vas bien, tes messages rassurent et en même temps ils ft froid ds le dos. Prends soin de toi et reste très vigilent. As tu des news de Hani?
Tes messages perso nous rassurent.
Nous rentrons de Normandie, sans télé ni journaux pour nous inquiéter.
Ton texto nous a fait trés plaisir.
Vincent est encore à Brest, en principe pour la semaine et doit regagner son bateau lundi 24.
Il croisait en méditerrannée, c'est pourquoi on l'a dérouté pour cette mission d'évacuation sur le Liban.
La France serait le seul pays qu
rise à entrer dans le port.
Hier soir, Vincent ne savait rien de la suite des événements.
Dés qu'il saura ce qu'il fera avec le Jean de Vienne, il te préviendra...
Merci pour ta vigilance et ta prudence.
Cela nous évite de nous alarmer inutilement.
MERCI à tous ceux qui se sont manifesté :
De nombreux amis ou famille nous ont téléphoné pour prendre de tes nouvelles : Océane, Filipo sont les 2 à qui nous n'avons pas pu répondre.
Heureusement je sais qu'Océane est une fidèle lectrice de ton blog et je pense qu'elle aura la réponse qu'elle espérait.
Dans l'attente de la suite...
Et ton nouveau job dans tout cela ?
Grosses bises de toute la famille normande ...et de tous ceux qui t'aiment et tiennent à toi.
Et moi j'admire le sang froid de ta famille...
Je t'embrasse.
Bonjour Nicolas, c'est Laetitia, la soeur de Ségo, qui pose trop de questions.
J'espère que ça va pour toi, les nouvelles qu'on nous donne de ce conflit ne sont pas toujours très rassurantes, fais attention à toi, ne te mets pas en danger, même si tu aimerais sûrement rester pour soutenir la population là-bas.
Bon courage et donne de tes nouvelles !
On suit l'actualité avec vigilance...bravo pour ton flegme et ta précision
Nous sommes à deux jours du départ de Grégoire vers Israël....et la journée d'aujourd'hui doit décider , départ , annulation , trajet limité ( en évitant le Nord du pays )....nous verrons bien
Nico , on pense sans cesse à toi ....sois bien prudent et merci de tes lettres sur blog
Bisous affectueux
Looks nice! Awesome content. Good job guys.
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