La Syrie - Damas
Un sac rapidement fait, on voyage léger. Les piles de mon appareil photos rechargées. Le Lonely Planet dans la poche. Et c’est parti. Départ vendredi matin aux aurores. Je n’avais plus l’habitude de me lever si tôt. Je retrouve Aude, une ex-collègue stagiaire de Caritas, à 7h. Finalement les deux Géorgiens ne se joindront pas à nous. Tant pis pour eux. La gare routière de Beyrouth : un endroit assez glauque, sous l’autoroute, sombre et sale. Les taxis se ruent sur nous pour connaître notre destination. On embarque dans l’un d’eux. Pour 10$ on sera trois heures plus tard à Damas. Pour y arriver, il faut d’abord traverser la plaine de la Bekaa. Je remarque que les paysages ont changé. La verdure laisse maintenant la place à des couleurs plus ocres, plus sèches. Le passage de la frontière se fait sans encombres notoires. On remarque déjà les nombreux tableaux du président syrien. Les deux arches qui traversent les deux voies de la route portent chacune un portrait : l’une le père Assad, l’autre le fils.
Damas. La ville est comme adossée à la montagne. Comme si elle cherchait à se pelotonner comme elle, pour mieux faire face à cette immense plaine. Les paysages sont arides et on voit très bien la délimitation de l’espace urbain (cf. photo). Très peu d’arbres à l’extérieur de la ville. On arrive dans la ville par une voie rapide bordée d’immeubles identiques hérités des années 70. Ça ressemble à Skopje. Avec pour seule différence les palmiers sur le terre-plein central.
Première chose à faire, trouver un hôtel sympa et pas cher. Les plans du Lonely Planet sont rarement foireux. On ne sera pas déçu. A deux pas de la vieille ville, l’Al-Rabie propose des lits en dortoir de 4 personnes pour seulement 6$. Mais surtout, ce qui n’a pas de prix c’est l’atmosphère. Une petite cour intérieure abritée sous un toit de plantes rampantes, avec une petite fontaine au milieu et des fauteuils sur les côtés. Super calme, relaxant, le temps s’arrête. Là encore, des souvenirs du Maroc me reviennent. Ce sera le cas plusieurs fois. On sent déjà beaucoup plus la culture arabe qu’au Liban. Et puis, nous ne sommes pas les seuls dans l’hôtel. C’est un refuge de backpackers : des voyageurs sacs au dos, un peu à l’aventure, qui lisent aussi le Lonely Planet et avec qui c’est toujours un plaisir de discuter. Une petite vue de la cour intérieure.
Et maintenant, on est parti pour un tour de la vieille ville. On embarque avec nous Chérif, un Camerounais un peu esseulé qui traîne à Damas depuis un mois pour son business et qui a visiblement très envie de parler et de nous faire partager tous ses voyages en Asie du Sud-Est. On tourne dans le souk, complètement vide puisque c’est vendredi, jour de prière. Un calme olympien règne. Ça fait un bien fou et ça change un peu du tumulte beyrouthin. On a du mal à imaginer ce qui nous attendra le lendemain quand l’activité commerçante aura repris (photo du lendemain).
Petite visite du mausolée de Saladin, le chevaleresque adversaire des Croisés mort en 1193 à Damas. Après la prière, on entre dans la Mosquée des Omeyyades. Elle a été construite en 705 sur un site qui est un lieu de culte depuis plus 3000 ans. Les Araméens y avaient dédié un temple à leur dieu, les Romains l’ont ensuite associé à Jupiter, avant que l’Empereur Constantin n’en fasse une basilique dédiée à Jean-Baptiste dont la tête aurait été retrouvée à Damas et qui repose aujourd'hui encore dans un mausolée à l’intérieur de la mosquée. La mosquée est un vrai havre de paix. Des enfants jouent dans la grande cour intérieure. Des groupes de personnes se reposent à l’ombre des colonnades. C’est un lieu de prière mais aussi un lieu de socialisation.
On discute alors avec Hassan, syrien d’Alep d’origine turque. Il nous fera une petite visite guidée dans un anglais approximatif mais suffisant. A l’intérieur de l’immense salle de prière, des gens discutent, d’autres étudient, certains prient ou se recueillent. La quiétude et la tranquillité qui habitent ces lieux nous poussent à nous asseoir, à apprécier le temps qui passe de manière si douce. On retrouve une véritable paix intérieure et un sentiment de bien-être.

On poursuit notre tour dans ce souk si calme. Puis retour dans notre presque auberge de jeunesse avant de dîner dans un resto hyper sympa. Immense maison en plein dans la vieille ville, on choisit la terrasse sur le toit. Il y a de l’air. L’humidité, la Syrie ne la connaît pas. C’est sans doute ce qui rend la chaleur supportable et pas étouffante. Pendant le dîner, je discute avec Aude de ces femmes toutes de noir vêtues, de la tête aux pieds, avec même parfois un léger voile noir sur les yeux pour parachever de dissimuler toute chair visible. Certes, ce n’est pas notre culture mais n’est-ce pas la négation même de la femme ? Beaucoup de questions.
Samedi. Une grosse journée nous attend, en termes de visite mais aussi parce que le soir, le France – Brésil nous attend. On fait le tour de la citadelle. L’intérieur est inaccessible. On continue par le palais Azem, construit en 1749. Maison à l’orientale dont les nombreuses pièces ont été reconstituées pour nous faire découvrir les us et coutumes de temps aujourd’hui révolus (mariage, réunion politique, bains, armes, vie quotidienne, etc.).
Encore un tour au souk pour le voir cette fois en activité comme sur une photo plus haut. Ce sont en fait de petites ruelles couvertes, spécialisées dans tel ou tel produit : bijoux, épices, tissus, sucreries, quincaillerie, vêtements, chaussures, etc. On poursuit notre tour par la découverte du quartier chrétien. On termine par le musée national. Jolie collection d’objets et de sculptures de l’époque romaine à ottomane en passant par l’art islamique.

Sur le retour, on a du mal à regagner l’hôtel. Le quartier de la citadelle est bloqué. Le Président doit y faire un tour pour inaugurer une expo. En plus de la police, un impressionnant service d’ordre en civil et super jeune. On ne voit pas beaucoup la malice briller au fond de leurs yeux et ils prennent leur rôle très au sérieux, persuadés de servir leur pays. Leurs armes automatiques sont très mal dissimulées sous leur costard des grands jours et on sent dans leur excitation mêlée à un sentiment de supériorité qu’un moindre incident peut vite dégénérer vu le nombre de curieux qui s’agglutinent derrière les barrières. J’observe tous ces acteurs en repensant aux quelques manifestations que des courageux organisent et qui sont facilement réprimées. Et puis, tous ces portraits et ces statues qu’on voit partout en ville. J’ai pris quelques photos en me disant que dans quelques années, on aurait peut-être la chance de voir à la télévision des images de déboulonnage comme on en vit en ex-URSS, en Irak ou ailleurs.
Le soir, c’est le match. Je retrouve Chérif pour l’occasion. Malgré les commentaires de la télévision, il en ajoute d’autres et impossible de le faire taire. Un couple de Marseillais quinquagénaires est là. J’essaye de mettre mes préjugés dans ma poche parce que c’est un match de l’équipe nationale. Mais la blondasse n’a pas l’air très futée. Elle ne comprend rien aux règles du jeu ; je ne lui en veux pas et puis ce n’est pas moi qui m’épuise à lui expliquer. Mais malgré les éclaircissements de son patient et méritoire mari sur la façon dont écrivent les arabes, elle ne saisit toujours pas pourquoi le bandeau en bas de la télé défile de gauche à droite. Laisse béton. Tais-toi et regarde ! Le résultat et la manière sont au rendez-vous pour cette victoire de la France contre le pays que 90% des Libanais supportent. Il va y avoir des inondations ce soir au Liban. Des poubelles spéciales vont même peut-être servir à recueillir tous les drapeaux brésiliens qui ont poussé comme de la mauvaise herbe depuis plus d’un mois.

3 Comments:
Juste pour dire que les Italiens sont des salauds et que Zidane a une cacahuète dans le crâne.
Nico, ne me remercie pas pour la valeur ajoutee de ce commentaire.
Grosse bise
L'Arsouillle
Merci pour ce beau voyage en Syrie que nous avons fait par procuration.
Les photos sont très belles.
Les commentaires sont très intéressants et vivants.
Presqu'un roman.
Bravo pour ton talent d'écrivain !
Milles bises
Mam
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