03 juin 2006

Les travailleurs migrants

Ne voyez aucun lien entre ma situation précaire de stagiaire et le sujet que je voudrais aborder : les travailleurs migrants. Et en premier lieu parce que je ne suis pas ce qu’on appelle un travailleur migrant. Selon la définition qu’on retrouve dans le droit international (en particulier dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille), l'expression « travailleurs migrants » désigne les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un Etat dont elles ne sont pas ressortissantes. Dans cette catégorie, on retrouve aussi tous les travailleurs frontaliers, les migrants saisonniers, les gens de mer, les itinérants, ou encore les travailleurs d’une installation en mer.
C’est ce que nous appelons les « expats ». Pour beaucoup d’entre nous, la situation d’expatrié peut être une opportunité, une chance, un moyen de gagner plus d’argent et de payer moins d’impôt, … Mais ce n’est malheureusement valable que pour nous, petits occidentaux. Parce que la majorité des 175 millions de travailleurs migrants dans le monde fuient une situation économique ou politique désastreuse dans leur pays. La plupart d’entre eux envoient très régulièrement de l’argent à leur famille restée au pays. Ceux qui fuient leur pays pour des raisons politiques sont souvent des travailleurs illégaux, en attendant de voir leur procédure de demande d’asile aboutir. Donc vous voyez, même si les deux termes (expat et travailleur migrant) recouvrent les mêmes notions, pas grand-chose à voir selon l’origine et les motivations du travailleur migrant.
D’où viennent-ils ? Où vont-ils travailler ? Selon l’UNESCO, les trois principaux pays d’origine sont le Mexique, les Philippines et le Bangladesh (pays le plus pauvre de la planète selon les sources, à l’Est de l’Inde). Quant aux pays de destination, vous imaginez bien qu’il s’agit de l’Amérique du Nord, de l’Europe occidentale, de l’Australie, du Japon ou encore des pays du Golfe. La France accueille 6 millions 300 mille travailleurs migrants, soit 10 % de sa population, et se hisse au 5e rang mondial en terme d’accueil, derrière les Etats-Unis (35 millions), la Russie (13 millions), l’Allemagne et l’Ukraine (autour de 7 millions). Encore quelques chiffres et après j’arrête, promis. Dans certains pays le pourcentage de travailleurs migrants dans la population totale peut atteindre des sommets. Par exemple, aux Emirats arabes unis, 74% de la population est composée de travailleurs migrants et de leur famille (quand elle a suivi). Toujours dans le Golfe, au Koweït, c’est 58 % de la population qui est d’origine étrangère.
A part nos petits expats qui ont souvent des situations peu précaires, du fait de leur employeur, de leur base familiale dans le pays d’origine voire du soutien du pays, les autres travailleurs migrants sont souvent dans des situations de vulnérabilité. En tant que non-citoyens, leurs droits sont plus restreints que ceux des nationaux. Ils sont directement touchés par l’idée très répandue selon laquelle les migrants n’ont pas droit à l’intégralité de la protection offerte en matière de droits de l’homme. Bien qu’il s’agisse d’une idée fondamentalement fausse, celle-ci contribue à rendre l’accès des migrants aux protections sociales difficile. La seule protection dont ils peuvent se prévaloir est la Convention internationale des Nations Unies sur les travailleurs migrants que j’ai citée plus haut. Mais très peu d’Etats l’ont ratifiée. Or, dans un Etat qui ne l’a pas ratifiée, cette Convention ne s’applique pas.
C’est le cas par exemple du Liban. Comme partout dans le monde, la situation des travailleurs migrants n’est pas facile. Loin de faire du négationnisme, je ne voudrais pas qu’on m’enferme dans l’image du militant de base qui dramatise à l’excès ou se réduit à faire du sensibilisme. Ceci étant dit, on rencontre des cas extrêmes. J’ai pu le voir avec le Centre des Migrants. Des exemples d’exploitation et d’abus en tout genre sont loin d’êtres exceptionnels. Ceux qui se trouvent dans ces situations ne peuvent que difficilement fuir puisque l’employeur leur confisque leurs papiers à l’arrivée. Il arrive que les horaires de travail ne soient pas respectées, que les travailleurs n’aient pas droit à un congé hebdomadaire (je ne parle même pas des vacances). Certains sont entièrement à la charge de l’employeur, que ce soit pour du travail domestique ou à l’usine, mais on leur donne que peu de nourriture, ils ne sont pas payés, n’ont pas d’espace pour dormir ou pour leur intimité, sont soumis à des pressions morales, des abus physiques ou sexuels. Ce sont des cas qui se multiplient ; les employeurs étant persuadés de leur bon droit.
Heureusement, ce n’est pas un système généralisé ; je connais d’excellents employeurs. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour lutter contre ces phénomènes d’exploitation ou de traite d’êtres humains ? D’abord, offrir protection et soutien aux personnes qui fuient ces situations. Ensuite, faire que des procédures légales puissent aller jusqu’au bout, en reconnaissant les torts de l’employeur s’il y en a, obtenir réparations pour les victimes et peines pour les exploitants. Puis, faire pression sur l’Etat pour qu’il adopte les mesures minimum de protection, voire la Convention. Enfin, sensibiliser le grand public pour faire connaître les droits et les devoirs des travailleurs migrants ainsi que ceux des employeurs. C’est de l’ignorance et des préjugés que naissent beaucoup de ces cas.
J’arrive au terme de ce petit topo. J’espère que vous aussi vous aurez pu découvrir et apprendre deux ou trois trucs, comme j’ai pu le faire au Centre des Migrants. Mon stage n’est pas officiellement terminé. Réponse probablement mardi. D’ici là, bon week-end prolongé (encore un !) à ceux qui en ont la chance.

2 Comments:

At 08 juin, 2006 15:32, Blogger juliepondichery said...

Oh jean claude!!!!!!!

A qd les news?
Tu restes ou tu restes pas ds ton ONG?
Tu es vivant?
Si oui, t es heureux?

 
At 21 juillet, 2006 03:28, Anonymous Anonyme said...

Great site lots of usefull infomation here.
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