Génial ce stage !
Coucou tout le monde ! Vous êtes toujours là ? Moi aussi !!
Si hier je n’ai rien mis sur le blog, c’est parce que j’ai un boulot. Et oui, il est temps que je vous parle un peu de ce nouveau stage. N’oublions pas que c’est la raison pour laquelle je reste. Si la situation dans laquelle le Liban se trouve avait eu lieu fin juin, je pense que j’aurai fait partie des rapatriés. Mais avec mon nouveau logement et mon nouveau job, j’ai mérité d’en profiter un peu. En même temps, en voyant les évacuations se mettre en place et le conflit s’installer dans la durée, je commence à craindre une évacuation obligatoire. Je vais me renseigner de toute façon pour après cette semaine, une fois que les départs volontaires seront finis, pour savoir ce qu’ils font avec ceux qui pour le moment ont l’intention de rester.
Mais bon, pour l’instant donc, je travaille dans un cabinet d’avocats. Ils font partie d’une association appelée tout simplement Association de Défense des Droits de l’Homme et des Libertés. J’avais rencontré l’un d’eux la semaine passée. Avant le rendez-vous, je m’étais renseigné dans le milieu parce que j’étais intrigué par le fait qu’il me reçoive au Parlement. Effectivement, l’avocat en question est un député assez en vue, ayant en particulier un rôle très important en vue d’abolir la peine de mort au Liban. J’avais donc sans le vouloir ferrer un gros poisson. Le rendez-vous s’était très bien passé ; on avait fini avec deux de ses collègues avocats parlementaires dans son bureau à discuter politique. Je commençai trois jours plus tard, histoire de profiter d’un week-end prolongé à la française.
Ghassan Moukheiber, l’avocat en question qui est maintenant mon maître de stage, m’a proposé trois missions. Rien que dans son discours, j’ai très vite senti qu’il cherchait avant tout l’intérêt commun : que ce stage m’apporte et que lui aussi puisse être déchargé de certaines choses. Pile ce que je voulais. Les trois missions : recherche de jurisprudence européenne sur la liberté d’association, aide dans la rédaction d’un rapport sur les prisons et la troisième… j’ai oublié. Pour l’instant, comme il n’est pas à son étude mais plus au Parlement ou ailleurs, j’ai commencé avec la première mission. On verra après.
Sinon, les conditions sont bien différentes de Caritas. C’est à 10 minutes à pied de chez moi. J’ai pour le moment un bureau pour moi tout seul, avec la climatisation et Internet directement sur mon portable. Les autres avocats sont super sympa. Hier, j’ai discuté plus d’une heure avec l’un d’eux, Marwan. On a abordé beaucoup de sujets, bien sûr plus ou moins liés à la situation actuelle. Il faudra de toute évidence que je continue. L’échange est super intéressant et enrichissant. On n’est pas forcément d’accord sur tout mais j’en apprends beaucoup et ça me permet de confronter mon analyse avec quelqu’un d’autre, de toute évidence ouvert, instruit et cultivé. Il va falloir qu’on remette ça. Sinon, je ne travaille que le matin ; l’étude fermant l’après-midi pour cause de situation exceptionnelle. Du coup, je pompe un max sur Internet pour pouvoir bosser chez moi l’après-midi. Malin !
Pour ce qui est de mon séjour ici, l’IDHL est au courant de mon changement de stage. Mon directeur d’études se fait du souci par contre pour la situation. J’ai essayé de le rassurer. On est en très bons termes. Ça pourra toujours être utile pour la suite. Comme il est originaire des Balkans et que le directeur de l’IDHL est Franco-Libanais, ça me fait deux alliés de poids avec qui on peut parler de sujets en commun, grâce à mes deux expériences au Kosovo et au Liban. Qui a dit « Profiteur ! » ? Non, non, ça s’appelle de l’activation de réseaux ! Et d’expérience, je sais que c’est très important.
Tout ça pour dire que je suis comme un poisson dans l’eau et que j’aimerai prolonger ça le plus longtemps possible, en priant aussi pour que le Liban ne soit pas réduit en cendres. Malheureusement, c’est le chemin qu’on prend. Encore une fois, c’est le peuple libanais qui va trinquer. Hier, je n’arrivais pas à me défaire d’un certain sentiment de frustration. Je n’arrive pas à voir l’issue de ce conflit. De toute évidence, c’est parti pour quelque temps mais personne ne sait où, quand ni comment tout ça va s’arrêter. Des deux côtés, on joue gros. Le gouvernement israélien sera jugé pour sa gestion de la crise et l’opinion publique en Israël est suffisamment puissante pour mettre la pression sur un gouvernement, les exemples dans l’histoire sont nombreux. De l’autre, le Hezbollah ne va certainement pas s’arrêter en chemin. Il cherche autant à gagner en influence politique qu’à récupérer le dernier territoire revendiqué par le Liban : la région des Fermes de Chebaa, territoire libanais, sous contrôle israélien, revendiqué par la Syrie. Compliqué, hein ?!
Même si on peut comprendre les origines du conflit, en regardant l’histoire et en analysant les politiques des uns ou des autres, c’est beaucoup difficile de prévoir la suite, les implications de puissances extérieures, régionales ou internationales. Et comme les deux camps agissent en fonction des réactions de son adversaire, on ne sait pas où tout ça va nous mener.
Toujours est-il, j’arrive bien souvent au même problème : la faiblesse de l’État libanais. Tiraillé de l’intérieur et manipulé de l’extérieur, il manque de personnalité et n’est donc pas totalement souverain. La crise actuelle illustre malheureusement à merveille l'image d'un État faible incapable de faire face à la situation, qui n'a quasiment pas son mot à dire, presque absent. Tant qu'il n'y aura pas d'État indépendant fort, il y aura toujours des combines, des trafics, de la corruption, des conflits d’intérêt, j’en passe, qui empêcheront le Liban de se développer.
Tout ça n’est que ma petite analyse, elle vaut ce qu’elle vaut et elle n’engage que moi. En tout cas, jour après jour, j’apprends plus encore à connaître la région, ses mentalités, ses cultures multiséculaires, ses richesses, ses différences et ses conflits. Et ça, ça vaut tout l’or du monde !
Deux petits messages personnels pour terminer. Pour ceux qui le connaissent, Hani (un camarade de promo de l’IDHL) et toute sa famille vont bien. J’ai encore eu sa femme au téléphone récemment. Sinon, Aude et Sylvain, je suis désolé pour la situation. Ça ne doit pas être évident pour vous d’être loin, de voir à la télévision les dégâts de ce conflit. Je pense bien à vous.
Si hier je n’ai rien mis sur le blog, c’est parce que j’ai un boulot. Et oui, il est temps que je vous parle un peu de ce nouveau stage. N’oublions pas que c’est la raison pour laquelle je reste. Si la situation dans laquelle le Liban se trouve avait eu lieu fin juin, je pense que j’aurai fait partie des rapatriés. Mais avec mon nouveau logement et mon nouveau job, j’ai mérité d’en profiter un peu. En même temps, en voyant les évacuations se mettre en place et le conflit s’installer dans la durée, je commence à craindre une évacuation obligatoire. Je vais me renseigner de toute façon pour après cette semaine, une fois que les départs volontaires seront finis, pour savoir ce qu’ils font avec ceux qui pour le moment ont l’intention de rester.
Mais bon, pour l’instant donc, je travaille dans un cabinet d’avocats. Ils font partie d’une association appelée tout simplement Association de Défense des Droits de l’Homme et des Libertés. J’avais rencontré l’un d’eux la semaine passée. Avant le rendez-vous, je m’étais renseigné dans le milieu parce que j’étais intrigué par le fait qu’il me reçoive au Parlement. Effectivement, l’avocat en question est un député assez en vue, ayant en particulier un rôle très important en vue d’abolir la peine de mort au Liban. J’avais donc sans le vouloir ferrer un gros poisson. Le rendez-vous s’était très bien passé ; on avait fini avec deux de ses collègues avocats parlementaires dans son bureau à discuter politique. Je commençai trois jours plus tard, histoire de profiter d’un week-end prolongé à la française.
Ghassan Moukheiber, l’avocat en question qui est maintenant mon maître de stage, m’a proposé trois missions. Rien que dans son discours, j’ai très vite senti qu’il cherchait avant tout l’intérêt commun : que ce stage m’apporte et que lui aussi puisse être déchargé de certaines choses. Pile ce que je voulais. Les trois missions : recherche de jurisprudence européenne sur la liberté d’association, aide dans la rédaction d’un rapport sur les prisons et la troisième… j’ai oublié. Pour l’instant, comme il n’est pas à son étude mais plus au Parlement ou ailleurs, j’ai commencé avec la première mission. On verra après.
Sinon, les conditions sont bien différentes de Caritas. C’est à 10 minutes à pied de chez moi. J’ai pour le moment un bureau pour moi tout seul, avec la climatisation et Internet directement sur mon portable. Les autres avocats sont super sympa. Hier, j’ai discuté plus d’une heure avec l’un d’eux, Marwan. On a abordé beaucoup de sujets, bien sûr plus ou moins liés à la situation actuelle. Il faudra de toute évidence que je continue. L’échange est super intéressant et enrichissant. On n’est pas forcément d’accord sur tout mais j’en apprends beaucoup et ça me permet de confronter mon analyse avec quelqu’un d’autre, de toute évidence ouvert, instruit et cultivé. Il va falloir qu’on remette ça. Sinon, je ne travaille que le matin ; l’étude fermant l’après-midi pour cause de situation exceptionnelle. Du coup, je pompe un max sur Internet pour pouvoir bosser chez moi l’après-midi. Malin !
Pour ce qui est de mon séjour ici, l’IDHL est au courant de mon changement de stage. Mon directeur d’études se fait du souci par contre pour la situation. J’ai essayé de le rassurer. On est en très bons termes. Ça pourra toujours être utile pour la suite. Comme il est originaire des Balkans et que le directeur de l’IDHL est Franco-Libanais, ça me fait deux alliés de poids avec qui on peut parler de sujets en commun, grâce à mes deux expériences au Kosovo et au Liban. Qui a dit « Profiteur ! » ? Non, non, ça s’appelle de l’activation de réseaux ! Et d’expérience, je sais que c’est très important.
Tout ça pour dire que je suis comme un poisson dans l’eau et que j’aimerai prolonger ça le plus longtemps possible, en priant aussi pour que le Liban ne soit pas réduit en cendres. Malheureusement, c’est le chemin qu’on prend. Encore une fois, c’est le peuple libanais qui va trinquer. Hier, je n’arrivais pas à me défaire d’un certain sentiment de frustration. Je n’arrive pas à voir l’issue de ce conflit. De toute évidence, c’est parti pour quelque temps mais personne ne sait où, quand ni comment tout ça va s’arrêter. Des deux côtés, on joue gros. Le gouvernement israélien sera jugé pour sa gestion de la crise et l’opinion publique en Israël est suffisamment puissante pour mettre la pression sur un gouvernement, les exemples dans l’histoire sont nombreux. De l’autre, le Hezbollah ne va certainement pas s’arrêter en chemin. Il cherche autant à gagner en influence politique qu’à récupérer le dernier territoire revendiqué par le Liban : la région des Fermes de Chebaa, territoire libanais, sous contrôle israélien, revendiqué par la Syrie. Compliqué, hein ?!
Même si on peut comprendre les origines du conflit, en regardant l’histoire et en analysant les politiques des uns ou des autres, c’est beaucoup difficile de prévoir la suite, les implications de puissances extérieures, régionales ou internationales. Et comme les deux camps agissent en fonction des réactions de son adversaire, on ne sait pas où tout ça va nous mener.
Toujours est-il, j’arrive bien souvent au même problème : la faiblesse de l’État libanais. Tiraillé de l’intérieur et manipulé de l’extérieur, il manque de personnalité et n’est donc pas totalement souverain. La crise actuelle illustre malheureusement à merveille l'image d'un État faible incapable de faire face à la situation, qui n'a quasiment pas son mot à dire, presque absent. Tant qu'il n'y aura pas d'État indépendant fort, il y aura toujours des combines, des trafics, de la corruption, des conflits d’intérêt, j’en passe, qui empêcheront le Liban de se développer.
Tout ça n’est que ma petite analyse, elle vaut ce qu’elle vaut et elle n’engage que moi. En tout cas, jour après jour, j’apprends plus encore à connaître la région, ses mentalités, ses cultures multiséculaires, ses richesses, ses différences et ses conflits. Et ça, ça vaut tout l’or du monde !
Deux petits messages personnels pour terminer. Pour ceux qui le connaissent, Hani (un camarade de promo de l’IDHL) et toute sa famille vont bien. J’ai encore eu sa femme au téléphone récemment. Sinon, Aude et Sylvain, je suis désolé pour la situation. Ça ne doit pas être évident pour vous d’être loin, de voir à la télévision les dégâts de ce conflit. Je pense bien à vous.

5 Comments:
Cette expérience est formidable, ta carrière semble se dessiner effectivement. Ce que je préfère c'est ta troisième mission.
Bises
Enfin te voilà, comme un poisson ... dans " un bocal " de stage qui s'annonce fort enrichissant et qui te convient enfin.
Te voilà récompensé de ce côté-là !
Espérons que tu pourras en profiter le plus possible, dans des conditions raisonnables au niveau sécurité.
On pense souvent à toi et beaucoup de monde se manifeste pour prendre de tes news...
Mille bises
MAM
coucou mon ptit nico
c la grande ju qui est bien contente d'être rentrée poyur allé voir enfin ton blog!! du coup j'ai pas eu le temps de tout lire je suis encore pleine de speed mais je suis soulagée que tu ailles bien !! ici on pense tous voir à toi et on s'inquiète un peu aussi normal.. à bientôt pour des récits plus long.. fais gaffe à toi ptit gars!! on t'aime ici
Comme d'habitude, j'aime bien ton humour dans le titre déjà :
1) "génial" alors que tout bouge autour de toi,
2) "vous êtes toujours là ? Moi aussi!!" : c'est pour le coup génial comme dialogue en temps de conflit.
Nous pensons tous à toi. Au bureau mes collègues me demandent très souvent de tes nouvelles.
Je suis tout à fait confiant en toi sachant que si vraiment il y avait fort danger tu quitterais cette vie que tu as tant cherchée.
Bonne poursuite de ton séjour.
Je suis heureux pour toi que ce nouveau stage qui te va comme un gant.
Tout le mal que je te souhaite, c'est que tu puisses poursuivre jusqu'à son terme ce stage avec la paix revenue au Liban. Paix nécessaire pour le peuple Libanais d'abord et pour toi aussi.
Profite bien du moment présent si jamais tu étais contraint à quitter "ton" Liban.
Je t'embrasse très affectueusement.
PAPA
C'est vrai que nous allons encore un peu + sur ton Blog. Nous suivons les événements et nous sentons encore un peu plus concerné puisque tu es là bas. Pour connaître ce magnifique pays qu'est le liban, cela fait vraiment mal. Combien de temps il leur faudra pour s'en remettre ?
Continues de prendre soin de toi, n'oublies pas que tu fais dans l'humanitaire, et laisses aux grands reporters le soin d'aller là où il y a vraiment danger. Pour avoir eu ta maman au fil hier soir, je l'ai trouvé très calme et confiante. Nous attendons maintenant de savoir si Vincent et son bâteau, vont aller au devant des rapatriés. Vraiment la famille fait très fort.
Nous t'embrassons tout plein. A très vite, continues à donner de tes nouvelles, nous en avons tous besoin.
Sylvie et Claude
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