01 août 2006

Un point diplomatie

La diplomatie est un domaine que j’aime particulièrement, même si on a l’impression qu’elle ne brille pas encore sur le Liban. J’ose espérer que c’est faux, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est toujours une arme secrète dans ce genre de situation qui oppose des soi-disant terroristes et un État démocratique occidentalisé. Ensuite parce que les résultats militaires sont toujours beaucoup plus visibles et rapidement atteints. Enfin parce que les tournées des différentes chancelleries vont bien finir par porter leurs fruits.
Dans ce genre de situation, on se demande toujours : mais que fait l’ONU ? Comme je le mettais dans mon message précédent, l’ONU est composée avant tout d’États et son action dépend donc de la volonté de ceux-ci. Ce sont donc plus les États qu’il faudrait (au conditionnel) blâmer plutôt que Kofi Annan. Quand en plus les membres du Conseil de Sécurité – dont font partie les États-Unis et la France – ne sont pas forcément d’accord avec les solutions à apporter, ça traîne forcément en longueur. Mais l’ONU, pour le moment, joue son rôle, à savoir assurer l’assistance humanitaire. Quand à la FINUL, force d’interposition au Liban Sud, je ne crois pas non plus qu’elle soit à blâmer. Son mandat n’est pas du tout un mandat d’intervention armée. Les Casques bleus sont donc plutôt pris entre deux feux, comme dans beaucoup de situations ailleurs dans le passé. Et les quatre observateurs morts en service la semaine dernière nous l’ont malheureusement rappelé.
Les diplomaties occidentales sont donc à pied d’œuvre. On parle beaucoup de la France et des États-Unis ; c’est dû avant tout aux liens que ces deux pays ont tissés avec le Liban depuis déjà plusieurs décennies. Un petit "avantage" à la France en ce moment, surtout dû au soutien indéfectible américain à Israël. Résultat, avant-hier, Condoleezza Rice était persona non grata à Beyrouth tandis que Philippe Doute-Blazy a pu effectuer hier sa troisième visite au Liban depuis le début du conflit. En plus, il se trouve que jusqu’à hier, la France assurait la présidence du Conseil de Sécurité. Ce sont donc les propositions françaises qui ont été les plus en vue. J’aimerais que la France puisse jouer ce rôle de médiateur mais ce sera difficile parce que je ne crois pas qu’elle ne soit pas jugée légitime en Israël. On ne peut pas dire que notre pays ait été très pro-israélien depuis le Général de Gaulle.
Mais ce qui compte, c’est qu’il puisse y avoir une médiation entre les deux parties. Et même si certains considèrent le Hezbollah comme un groupe terroriste, il n’en reste pas moins un acteur politique incontournable au Liban. Il faut donc discuter avec lui. Et le Liban lui-même, finalement assez proche du Hezbollah par rapport à l’action d’Israël ne se laissera pas imposer une paix où il ne trouvera pas son compte, en particulier sur le problème des fermes de Chebaa. C’est un territoire libanais situé sur le plateau du Golan. Même si la majorité du plateau est syrien et qu’il est entièrement occupé par Israël, le Liban réclame la souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Au passage, c’est la raison principale de l’existence du Hezbollah : la résistance armée pour stopper l’occupation d’Israël.
Diplomatie, OK, mais pour quel résultat ? Pour le moment, pas grand-chose parce qu’on n’a pas réussi à faire taire les armes. Mais il est très probable que l’intervention israélienne s’arrête d’ici deux semaines environ. Et là, j’ose espérer qu’on réalise enfin le travail préliminaire de fond de la diplomatie. Les grands points des discussions sont les suivants. Pour Israël, le désarmement du Hezbollah, l’arrêt des tirs de roquettes sur le Nord du pays et bien sûr la libération des deux soldats dont l’enlèvement le 12 juillet à déclencher les hostilités. Pour le Hezbollah et plus généralement le Liban, c’est l’arrêt de l’intervention israélienne, la souveraineté totale sur l’ensemble de son territoire et donc sur les fermes de Chebaa, et le déploiement d’une force multinationale de l’ONU avec un mandat plus élargi que celui de la FINUL présente depuis 1978, dont je parlais plus haut. Là encore, ça dépendra du mandat que les États membres de l’ONU voudront bien lui donner.
Enfin, très probablement, il y aura une conférence internationale de pays donateurs pour aider le Liban à se reconstruire. Jusqu’à présent, on estime à 3 milliards les pertes occasionnées par les bombardements. D’ici une semaine, on pense qu’il n’y aura plus d’essence dans le pays. Aucun approvisionnement extérieur n’est possible à cause du blocus. L’électricité est coupée beaucoup plus fréquemment que d’habitude. Ça pose problème non seulement aux habitants dans nos vies quotidiennes ou professionnelles mais aussi particulièrement au secteur médical. La nourriture ne manque pas encore, du moins dans les régions pas trop touchées. L’économie, déjà mal en point, va avoir du mal à s’en relever. L’avantage, par rapport aux précédentes années de guerre, c’est que je ne crois pas qu’on glisse vers une guerre civile. Le pays reste assez uni malgré quelques divergences. Et le travail du Premier ministre Fouad Siniora y est certainement pour beaucoup. Même s’il n’a pas le charisme de Rafic Hariri, loin s’en faut, il a su garder le contrôle et l’unité du pays.
Bon, bah voilà ce que je voulais dire. En toute franchise, cette petite analyse n’engage que moi. On est d’accord ou pas d’accord. D’autres sont certainement plus documentés. Mais c’est la démocratie. Chacun peut s’exprimer. Ce blog est d’ailleurs un lieu d’échange alors profitez des commentaires si ça vous dit. Et s’il y a maintenant des codes pour écrire un commentaire, c’est parce que la semaine dernière, ce petit blog a attrapé un virus et qu’environ une centaine de commentaires indésirables se sont glissés. Donc c’est pour faire le tri entre les vrais admirateurs, secrets, anonymes ou déclarés, et ne garder que la crème de la crème !

3 Comments:

At 02 août, 2006 08:41, Anonymous Anonyme said...

Aujourd'hui, mercredi 2 août 2006, Nicolas prend le bâteau à 11h pour rentrer en France. Dès que j'aurai plus de détails sur son arrivé en France, je vous tiens au courant par le blog. Bonne journée,

Augustin, son petit frère.

 
At 03 août, 2006 11:24, Blogger oc said...

YOUPIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!! Il passe pas par le lac Lémant le bateau de Nico ?!

Océ

 
At 04 août, 2006 13:47, Anonymous Anonyme said...

Oh merci beaucoup Augustin pour ces nouvelles !
Bon retour à toi Nico.

 

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