13 avril 2006

Un an après le ''11-Septembre'' libanais

Aujourd'hui, pas de photos ni de blagues. On est le 13 avril, une journée particulière au Liban. En effet, la guerre a débuté le 13 avril 1975. Donc un petit message plus politique. Je vous propose l’analyse de Barah Mikaïl spécialiste du Proche-Orient et Moyen-Orient à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Prenez le temps de lire, c'est très instructif.
Un an après le ''11-Septembre'' libanais
Le 14 février 2005, l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri mourrait assassiné. Un an plus tard, le pays des Cèdres, qui se croyait pourtant promis à un avenir radieux, continue à pâtir d’un climat politique extrêmement chargé en tensions.
Les débuts semblaient pourtant prometteurs quand, suite à ce « 11-Septembre libanais » qu’avait été l’assassinat de Rafik Hariri, les troupes syriennes s’étaient vues contraintes de plier bagage. Le retrait syrien du Liban constitue à ce titre l’un des événements majeurs intervenus dans les affaires d’un pays qui rompait ainsi avec près de trente ans d’ingérence syrienne. Cependant, le retrait syrien du Liban obéissait à des motifs précis, symbolisés par la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte d’inspiration franco-américaine avait été préparé dès le mois de juin 2004, et adopté trois mois plus tard. Il s’organisait autour de deux idées principales : l’obligation pour la Syrie de retirer ses troupes du Liban d’une part ; et la nécessité pour le gouvernement libanais de désarmer l’ensemble des milices libanaises et non libanaises en présence sur son territoire, d’autre part. Une injonction claire à l’adresse du Hezbollah libanais ainsi qu’à l’ensemble des groupes armés palestiniens implantés dans le pays depuis 1969.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les Syriens se sont retirés militairement du Liban, certes. Mais on leur prête une capacité de nuisance active dans le pays. Les manifestations populaires qui ont éclaté à Beyrouth le 4 février 2006 en réaction à « l’affaire des caricatures danoises » ont ainsi failli tourner à un affrontement confessionnel entre musulmans sunnites d’une part, et chrétiens maronites de l’autre. Sans compter que la moitié des 230 personnes arrêtées par les autorités libanaises à l’issue de cette manifestation seraient des Syriens. Mais les accusations libanaises et internationales initialement formulées à l’encontre de la Syrie remontent à plus loin. Le long de l’année 2005, ce ne sont pas moins de seize explosions qui ont touché divers quartiers et endroits libanais, avec des cibles majoritairement chrétiennes, mais pas forcément anti-syriennes. Si les journalistes Samir Qassir et Gebrane Tueini restent les victimes illustres de cette série noire, il convient de noter que Hussein Assaf, un cadre du Hezbollah, a lui aussi échappé de justesse à l’explosion de sa voiture piégée le 9 décembre 2005.
L’opposition libanaise d’hier est devenue la majorité parlementaire d’aujourd’hui. Le Bloc du Futur (sunnite) de Saad Hariri, fils du défunt Premier ministre, ainsi que le Parti socialiste progressiste (druze) de Walid Joumblatt et l’essentiel des formations politiques à obédience chrétienne du pays détiennent ainsi la majorité parlementaire avec 72 sièges sur 128. L’opposition, incarnée par la coalition Amal-Hezbollah et le Courant patriotique libanais du Général Michel Aoun, détient quant à elle le reste des sièges parlementaires (soit respectivement 35 et 21).
Mais, sur le plan interne, il faut bien convenir que la difficulté qu’ont les membres de la majorité parlementaire à s’accorder sur des notions autres que l’attitude à adopter vis-à-vis de la Syrie a sa part de responsabilités dans les blocages que connaît le pays. Les perspectives d’ordre politique, économique et social sont ainsi réduites à leur partie congrue, l’essentiel du débat politique continuant à être happé par les lourdes tensions syro-libanaises - ce qui ne manque pas de rejaillir sur les relations entretenues entre la majorité parlementaire d’une part, et le Hezbollah d’autre part, accusé de faire le jeu syrien. D’où la trop facile tendance pour le débat libanais à tomber dans le piège confessionnel. En effet, derrière le clivage pro-Syriens/anti-Syriens, c’est une polarisation entre chiites et non chiites qui pointe de facto. Le général chrétien maronite Michel Aoun a opté pour une attitude « non alignée », se voyant pour sa part encouragé à se conformer à la ligne gouvernementale libanaise. Sans succès pour l’heure.
Personne ne saurait réellement dire quelles seront les évolutions que connaîtra le Liban ces prochains mois. Mais beaucoup s’accordent néanmoins pour prédire un avenir sombre pour le pays. Reste que c’est la nécessité pour le Hezbollah de procéder à son désarmement qui risque fort de continuer à dominer le débat libanais, avec ce que cela implique de tensions et tiraillements divers à l’échelle nationale. Cette requête est d’ailleurs légitime et pleinement fondée, puisque aucune milice armée ne saurait librement graviter dans un Etat de droit. Mais il y aurait pourtant un moyen bien simple d’y parvenir, et qui passe par l’application dans l’ordre des résolutions onusiennes. Le Hezbollah justifie en effet le maintien de son armement par le fait qu’Israël continue à occuper les Fermes de Chebaa depuis 1967. Or, en se conformant à la légalité internationale, Israël annulerait tout motif de maintien, par le Hezbollah comme par les formations palestiniennes, de leur armement, voie ouverte pour la mise en application automatique du second pan de la résolution 1559. Par contre, en rechignant à appliquer la résolution 242, l’Etat hébreu alimente tout simplement une rhétorique hezbollahie qui, en dépit des apparences, reste, au Liban comme dans le reste du monde arabe, beaucoup plus populaire qu’on ne le laisse parfois entendre.

1 Comments:

At 15 avril, 2006 19:26, Anonymous Anonyme said...

salut nico, c'est mon premier message ici dc j'ai pas encore eu l'occase de te souhaiter un bon stage qui s'apparente plus a des vacances pour le moment...Sinon, puisque c'est un post "sérieux", est ce que tu parles facilement politique avec les gens la bas ou pas..selon les générations peut etre? J'irais bien faire faire un stage (ou autre) la bas apres mon exil tunisien, j'te tiens au courant!!
Profites bien

 

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