29 juin 2006

Dix ans après

Ça faisait plus de dix ans qu’on se connaissait sans s’être jamais vu, qu’on communiquait sans s’être jamais parlé, qu’on avait sympathisé sans savoir si nos chemins se croiseraient un jour. Et bien oui. J’ai donc enfin rencontré Joseph hier soir, un de mes plus vieux amis encore en activité. Je vous dis tout suite, ça fait une drôle d’impression. Ça m’a fait pensé à ces récits de personnes séparées depuis trop d’années par les bizarreries du destin et que la fortune réunit finalement.
Un peu tendu et excité à la fois, je suis allé au point de rendez-vous qu’on avait fixé. On n’avait pas prévu comment on ferait pour se reconnaître, comme si cette précaution était inutile. On s’était envoyé des photos au début de notre correspondance pour voir un peu à quoi on ressemblait, à quoi ressemblaient ses parents, les miens et mes frères. Malgré ces photos anciennes, je ne pense pas que je l’aurai reconnu. Lui m’a dit que je n’avais pas changé. Pourtant, une fois chez lui, quand il a ressorti lesdites photos, je n’étais pas tout à fait de son avis !
On est immédiatement allé chez ses parents qui, eux aussi, m’attendaient avec impatience. Eux aussi, je les avais vus sur les photos. Mais de les voir en vrai, chez eux, ça m’a fait tout drôle. Sa Maman avait évidemment cuisiné. Petites spécialités libanaises mais aussi arméniennes puisqu’elle est d’origine arménienne. Du coup, j’ai eu le plaisir de goûter un plat qui faisait étrangement penser au burek ou à la pita, pour ceux qui connaissent les Balkans et/ou la Turquie : sorte de mille-feuilles avec garniture fromage et verdure. Un vrai délice. Elle m’a dit que c’était exactement ça. Même le nom est presque identique : sou-beurek. Quelles coïncidences que ces liens culinaires entre le Liban et les Balkans. Après les Biskrems, le burek.
On s’est raconté nos vies. Sa Maman était ravie de pouvoir ainsi pratiquer le français. Plein de questions sur nous, sur nos familles, sur le Liban et la guerre, sur la France et Paris. Des anecdotes, des rappels de détails de nos lettres, des mises au point par rapport à nos vies actuelles et l’incontournable petite séance photos (je sens que certains m’en auraient voulu sinon ! Surtout à la maison).


Après cette longue discussion et ce repas copieux, on est sorti retrouver un de ses très bons amis. Ils se connaissent depuis l’école et il avait lui aussi un correspondant. C’était une fille par contre. J’attends de voir la photo pour savoir si je la connaissais ; le prénom ne m’a pas permis de l’identifier à 100%. Par contre leur correspondance a complètement périclité après un an. Du coup, il tenait absolument à voir à quoi ressemblait celui qui avait tenu plus de dix avec son meilleur ami. Ce fut un moment très sympa. Puis ils m’ont ramené chez moi. Comme je pars ce week-end en Syrie, il m’a demandé de le rappeler en rentrant.
On se reverra ; c’est certain. Ne serait-ce pour qu’il me présente sa copine, passionnée de musique comme lui. Quand je lui ai demandé pourquoi elle n’était pas là ce soir, il m’a répondu qu’elle avait préféré nous laisser tous les deux pour cette première. Quelle délicatesse !

Tout ça clôturait une journée bien remplie puisque j’ai fini par claquer la porte de Caritas hier. Des révélations de dernières minutes et le comportement plus que désagréable de ma "responsable" (elle ne s’enquiert de moi que pour connaître la raison de mes retards ou de mes absences, aucun suivi de mon action, etc.) m’ont poussé à plier bagage. Je n’aurais pas tenu encore trois mois de toute façon, même avec un retour plus tôt. Le départ s’est fait de manière peu orthodoxe, mais tellement à l’image de mon stage. Je n’ai même pas vu ma responsable, pour lui parler en face à face. Au téléphone, elle m’a dit qu’elle avait des dossiers urgents hors de son bureau mais qu’elle passerait me voir avant 17h pour qu’on discute, une n-ième fois. Elle n’a jamais fait son apparition.
Une page se tourne et je n’en suis pas mécontent : la fin de Caritas et du foyer. Ce petit week-end en Syrie (même si je rate le France – Brésil de samedi soir) va me permettre de changer un peu d’air. En rentrant, après avoir déménagé, je commencerai à contacter les personnes dont j’ai les coordonnées, dans différents organismes. J’espère trouver rapidement et surtout un stage plus à la hauteur de mes attentes. Inch’ Allah ! Moi qui commençais à chercher un boulot pour après, je me retrouve obligé de retrouver un stage avant.
Voilà. Demain, ça fera trois mois que je suis parti. Une fois n’est pas coutume, vous n’aurez pas l’habituel petit compte-rendu/bilan mensuel… sauf si le week-end à Damas est encore annulé !
PS pour les IDHLiens, remise à jour de vos fiches ONU. Le Montenegro a intégré le Club de Kofi Annan depuis sa sécession d'avec la Serbie ; il est placé à côté de la Mongolie. Ca fait donc 192 Etats membres maintenant. C'est important pour les rattrapages ?

25 juin 2006

Les migrations internationales

A défaut d’un week-end en Syrie (finalement reporté), j’ai pu aller à la super soirée d’anniversaire de Rita. Retour à 6h30 ce matin. Hier j'ai continué à lire et à me documenter. Du coup, quelques précisions par rapport au premier message sur les migrants dans le monde. Pour ce faire, je me suis permis de pomper dans le rapport de Kofi Annan sorti le 18 mai dernier. Pour les plus intéressés, la référence du document : A/60/871, selon la nomenclature de l’ONU. Et pour les plus impliqués dans la problématique, vous pourrez toujours puiser dans la volumineuse bibliographie longue de 8 pages à la fin du rapport. Je doute que Kofi Annan ait lu tous ces bouquins, mais bon, s’il prend le soin de nous les indiquer, c’est que ça doit valoir le coup. Alors merci Kofi.
Le message va être un peu long. Zappez si vous cherchez les derniers ragots de ma vie ici ou si vous n’avez pas envie de vous cultiver. Je ne vous en voudrais pas. Par contre si ça vous dit, voici les cinq grandes parties à dégager : quelques faits et chiffres ; un peu d’histoire ; un point sur les fonds envoyés par les migrants ; la distinction entre pays d’accueil et pays d’origine ; le problème de l’exploitation et de la traite des êtres humains.

D’abord quelques faits et chiffres.
- En 2005, on dénombrait 191 millions de migrants internationaux, dont 115 millions vivant dans des pays développés et 75 millions dans des pays en développement.
- Les trois quarts de l’ensemble des migrants recensés dans le monde en 2005 se répartissaient entre 28 pays seulement, les États-Unis en abritant un sur cinq.
- Les migrants représentent 20 % au moins de la population de 41 pays, dont 31 ont un nombre d’habitants inférieur à 1 million.
- On observe une répartition égale entre les migrations « Sud-Sud », « Sud-Nord » et « Nord-Nord » (un tiers des migrations internationales chacune).
- Les femmes migrantes représentent près de la moitié de l’ensemble des migrants du monde et, dans les pays développés, elles sont plus nombreuses que les migrants.
- Les États souverains ont le droit de décider qui ils autorisent à entrer sur leur territoire à condition de respecter les obligations conventionnelles internationales qu’ils ont acceptées.

Les fonds que les migrants rapatrient dans les pays en développement (au moins 167 milliards de dollars en 2005) sont maintenant de très loin supérieurs à toutes les formes d’aide internationale conjuguées.
D’après la Banque mondiale, les envois de fonds, au niveau mondial cette fois, atteignent environ 232 milliards de dollars en 2005.
Par exemple, la France se place au 4e rang mondial des nations recevant le plus de fonds, derrière l’Inde, la Chine et le Mexique. Les migrants français à travers le monde ont envoyés 12,7 milliards de dollars en 2004.
Côté libanais, on constate que 12,4 % du PIB du Liban provient de l’envoi de fonds des migrants vers leur pays d’origine. Ils sont 13e au classement.

Il n’est plus si facile de distinguer « pays d’origine » et « pays de destination », un grand nombre de pays étant désormais l’un et l’autre à des degrés divers.
Des pays comme l’Irlande, l’Italie et l’Espagne qui, il n’y a pas longtemps, envoyaient des millions de leurs citoyens à l’étranger, sont à présent des pays de destination et accueillent des milliers de nouveaux venus chaque année. La Malaisie, la République de Corée et la Thaïlande connaissent une évolution similaire.

Les migrants des deux sexes sont très nombreux à être de plus en plus exposés à l’exploitation et aux mauvais traitements que leur font subir les passeurs et les trafiquants, et ils y laissent quelquefois leur vie. D’autres se trouvent pris au piège derrière un mur de discrimination, de xénophobie et de racisme du fait de la montée des tensions culturelles et religieuses dans certaines sociétés.
La traite des êtres humains est l’un des problèmes les plus urgents liés au déplacement de personnes. Les éléments dont on dispose ne permettent pas de se livrer à une estimation fiable du nombre de personnes touchées, mais ils montrent que la portée géographique du phénomène s’est étendue et que la majorité des victimes sont des femmes et des enfants.

Enfin, un peu d’histoire pour terminer. L’ère des migrations, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, a vu une augmentation sans précédent du nombre de migrants, donnant lieu à deux mouvements parallèles de la main-d’oeuvre. Comparées à l’effectif de population des pays d’accueil, les migrations transatlantiques entre 1870 et 1914 ont atteint des niveaux qui n’ont jamais été dépassés depuis.
La Première Guerre mondiale et, en particulier, la grande dépression des années 30, ont entraîné la fermeture des frontières et une chute brutale des flux migratoires. Le niveau des migrations est demeuré faible après la Deuxième Guerre mondiale. Depuis lors, la reconfiguration de l’économie mondiale a donné lieu à une reprise des migrations et marqué l’avènement d’une deuxième ère des migrations vers la fin du XXe siècle.

Voilà, c’est terminé. Pas la peine de laisser des commentaires du genre « C’était super intéressant, j’ai presque tout lu ». Si vous n’avez pas tout lu, c’est pas grave. Il en faut plus pour me vexer. C’était juste pour ceux qui ça intéresse. Il y en a pour tous les goûts et c’est ce que j’essaye de respecter en variant la teneur des messages sur ce blog.
Allez, bonne fin de week-end ;-)

23 juin 2006

Johnny est parti et demain, la Syrie

Ca y est. Johnny, mon charmant co-piaule au foyer, a deserte les lieux. Et meme s'il a tout vide, il est parti sans faire le menage. Et c'est une vraie porcherie. Mais bon, ici, pas de caution. Donc je risque rien a mon depart. En tout cas, les au-revoirs n'ont pas ete tres emouvants. Et pour cause, il n'y en a pas eu. Je ne l'ai pas vu ce matin ; il avait exam. Et ce soir, quand je suis rentre de ma longue journee de travail, il etait deja parti. Donc pas de photo souvenir ni echange de numeros de tel. Mais c'est pas bien grave.
Sinon, l'autre nouvelle du jour, c'est que je vais probablement passer quelques jours en Syrie. Ca s'est organise au pied leve et c'est meme pas encore completement confirme. Si vous voyez que le blog est en stand-by, c'est que je serai parti. On serait 4 : deux filles, deux garcons ; deux Francais, deux Georgiens. J'en profiterai pour me faire un we prolonge. Au programme Damas, la capitale. Et j'aimerai bien faire un detour par Alep, completement au Nord. Tout ca reste a voir bien sur. Depart demain matin aux aurores, confirmation ce soir au coup d'envoi du match de la France.
Si tout va bien, la semaine prochaine, je reviens avec un visa renouvele pour le Liban (eh oui, deja trois mois) et des photos plein les poches. Allez, bon we a tous. Bizzz ;-)

22 juin 2006

Fête de la Musique

Salut tout le monde. Hier evidemment, une autre fete. Celle de la musique. Importation francaise si je ne m'abuse (Merci Jack !). En tout cas, bien differente par son ampleur a la journee des refugies. Des petits concerts dans differents quartiers de Beyrouth. Pas beaucoup de petits groupes comme dans toutes les villes francaises qui chantent ou jouent de la musique experimentale jusqu'a pas d'heure sous vos fenetres. Ici, les festivites sont plus concentrees. Et c'est pas plus mal, on n'a pas besoin de faire des kms a pied. Concerts de musique traditionnelle, de rap, de varietes, il y en avait pour tous les gouts. Avec des amis, francais, georgiens et libanais, on a fait notre petit tour. On a fini dans un bar pour un karaoke. A la cle, on a gagne des shots d'un alcool de pomme delicieux. Comme ils ne boivent pas tous, j'ai du faire boire un peu plus pour ne pas gacher, comme dirait l'autre.
Aujourd'hui, dans une ecole avec Caritas. C'etait leur jour des refugies a eux. Ils avaient, pour l'occasion, rassemblees un peu toutes les personnes beneficiant de leurs aides. Surtout des femmes et des enfants. Surtout des Soudanais et des Irakiens. Discours rasoirs de rigueur avant de laisser la scene aux enfants pour des chants et danse et a un groupe de femmes irakiennes pour le dabke, celebre danse folklorique. Tout ca, plus ou moins en costume traditionnel. A la fin, petite degustation de saveurs locales soudanaises et vente d'objets confectionnes par les Irakiens. Belle journee.
Enfin, ce soir, j'ai enfin reussi a contacter Joseph, un Libanais. Pour ceux qui ne le connaissent pas, et vous etes nombreux, c'est un ami que je "connais" depuis le lycee. Nos lycees etaient jumeles et on entretenait, pour ceux qui le voulaient, une correspondance epistolaire avec nos homologues libanais. C'est ce qu'on faisait tous les deux. On a eu des periodes ou on s'etait un peu perdus de vue. Je l'avais miraculeusement retrouve via Internet il y a trois ans. Et cette annee, c'etait l'occasion d'enfin le voir puisque je suis au Liban. Ca me fait tout drole. Pour le moment donc, je n'ai entendu que sa voix. On se verra probablement la semaine prochaine. J'ai hate.
Voila pour ce soir. Biz a tous. A demain.

20 juin 2006

Journée mondiale des réfugiés

Tout le monde ne le sait peut-etre pas mais c'est aujourd'hui la journee mondiale des refugies. Au Liban, le HCR a organise des petits evenements. C'est bien mince par rapport au nombre et a la situation des refugies et demandeurs d'asile ici. Mais bon, c'est histoire de marquer le coup. Ce matin, j'etais donc a l'Universite americaine de Beyrouth. Il y avait des speeches, dont celui du responsable regional du HCR, un Francais. Puis quelques petites representations de differents groupes : danse d'un groupe de femmes irakiennes, petite piece de theatre d'une classe de petits soudanais, une chorale de jeunes. Puis expo photos et dessins et un buffet.
Sinon, niveau boulot, c'est un peu le calme plat. J'ai un projet a rediger pour ameliorer les conditions de vie des detenus dans les prisons du Nord. Mais ca n'avance pas tres vite. Pour ce qui est de la baisse de regime, merci pour vos petits messages d'encouragement. Johnny quitte le foyer vendredi ; moi, le 1er juillet.
Voila pour les petites news. Bonne fete de la musique, demain. A+

18 juin 2006

Le jeu des sept différences

Vous avez tous fait ces petits jeux simples dans le Magazine de Picsou ou sur les boîtes de Chocapic, qui consistent à retrouver les différences entre deux images. Alors retournons en enfance et faisons un petit comparatif entre le Liban et la France.
Les Libanais ne font pas la gueule, entassés dans le métro, MP3 sur les oreilles et le 20 Minutes bien serré dans la main pour ne pas qu’on leur pique leur mots-croisés quotidiens. Ils n’ont pas de fromages qui puent. Ils ne manifestent pas tous les 15 jours pour avoir la retraite à 40 ans. Ils n’ont pas de relents anti-américanistes. Et quand ils sont trilingues, ce n’est pas en Français, en argot et en verlan.
Mais, mais, mais… ils ont d’autres atouts ! Alors voici les 7 différences que j’ai pu constater depuis mon arrivée. Ils ont tous des voitures à boîte de vitesse automatique. Ils peuvent choisir le numéro sur leur plaque d’immatriculation, moyennant un petit bakchich. Le Da Vinci Code ne sort ni en livre ni au cinéma pour cause de censure. Il n’y a pas de feux tricolores, de toute façon je ne sais pas qui les respecterait. Mariage religieux obligatoire, ce n’est pas possible de se marier civilement ou alors il faut aller à Chypre pour le faire. Et le clou, c’est que même McDo fait les livraisons à domicile.
Voilà, c’était juste histoire d’alimenter un peu ce blog que je dénutrisais honteusement depuis quelques jours. Petite baisse de régime, beaucoup de questions. Non, non, rien à voir avec la piètre performance de notre équipe nationale au Mondial allemand.
Bonne semaine à tous. Bonne fête à tous les Papas, et tout particulièrement au mien !

08 juin 2006

Je reste encore un peu

Salut les amis. Je ne pensais pas que l'attente était à ce point insoutenable. Pour faire court, je reste à l'essai. C'est ce que je leur ai dit, après avoir été surpris par leur prise d'intérêt à mon égard. Même si techniquement je n'ai pas beaucoup plus de moyens, deux personnes vont dégager du bureau : une assistante sociale qui a fini sa mission et la coordinatrice du projet qui part un mois à Montréal (je lui ai donné ton n° de tel du bureau, Océ, elle te contactera peut-être de là-bas) pour suivre une formation sur les Droits de l'Homme. On verra bien comment se passe la suite. Il reste encore quatre mois, je vais donc prendre contact avec d'autres structures quand même pour avoir un plan B, au cas où.
Sinon, pour ce qui est des recettes de cuisine, ne t'en fais pas Maman, je comptais bien t'en ramener quelques unes. Il faudra que je m'y attèle avec la maman de Serj.
En deux mots pour terminer, Rita m'a fait part d'une modification sur le profil du supporter moyen libanais. Il n'est pas forcément masculin. Et effectivement, au Centre (espace très féminin car fourmillant d'assistantes sociales), je me suis rendu compte que la plupart d'entre elles supportaient telle ou telle équipe et qu'elles se prenaient au jeu. Début demain, tout le monde est sur les starting-blocks ! Allez la France !!

03 juin 2006

Les travailleurs migrants

Ne voyez aucun lien entre ma situation précaire de stagiaire et le sujet que je voudrais aborder : les travailleurs migrants. Et en premier lieu parce que je ne suis pas ce qu’on appelle un travailleur migrant. Selon la définition qu’on retrouve dans le droit international (en particulier dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille), l'expression « travailleurs migrants » désigne les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un Etat dont elles ne sont pas ressortissantes. Dans cette catégorie, on retrouve aussi tous les travailleurs frontaliers, les migrants saisonniers, les gens de mer, les itinérants, ou encore les travailleurs d’une installation en mer.
C’est ce que nous appelons les « expats ». Pour beaucoup d’entre nous, la situation d’expatrié peut être une opportunité, une chance, un moyen de gagner plus d’argent et de payer moins d’impôt, … Mais ce n’est malheureusement valable que pour nous, petits occidentaux. Parce que la majorité des 175 millions de travailleurs migrants dans le monde fuient une situation économique ou politique désastreuse dans leur pays. La plupart d’entre eux envoient très régulièrement de l’argent à leur famille restée au pays. Ceux qui fuient leur pays pour des raisons politiques sont souvent des travailleurs illégaux, en attendant de voir leur procédure de demande d’asile aboutir. Donc vous voyez, même si les deux termes (expat et travailleur migrant) recouvrent les mêmes notions, pas grand-chose à voir selon l’origine et les motivations du travailleur migrant.
D’où viennent-ils ? Où vont-ils travailler ? Selon l’UNESCO, les trois principaux pays d’origine sont le Mexique, les Philippines et le Bangladesh (pays le plus pauvre de la planète selon les sources, à l’Est de l’Inde). Quant aux pays de destination, vous imaginez bien qu’il s’agit de l’Amérique du Nord, de l’Europe occidentale, de l’Australie, du Japon ou encore des pays du Golfe. La France accueille 6 millions 300 mille travailleurs migrants, soit 10 % de sa population, et se hisse au 5e rang mondial en terme d’accueil, derrière les Etats-Unis (35 millions), la Russie (13 millions), l’Allemagne et l’Ukraine (autour de 7 millions). Encore quelques chiffres et après j’arrête, promis. Dans certains pays le pourcentage de travailleurs migrants dans la population totale peut atteindre des sommets. Par exemple, aux Emirats arabes unis, 74% de la population est composée de travailleurs migrants et de leur famille (quand elle a suivi). Toujours dans le Golfe, au Koweït, c’est 58 % de la population qui est d’origine étrangère.
A part nos petits expats qui ont souvent des situations peu précaires, du fait de leur employeur, de leur base familiale dans le pays d’origine voire du soutien du pays, les autres travailleurs migrants sont souvent dans des situations de vulnérabilité. En tant que non-citoyens, leurs droits sont plus restreints que ceux des nationaux. Ils sont directement touchés par l’idée très répandue selon laquelle les migrants n’ont pas droit à l’intégralité de la protection offerte en matière de droits de l’homme. Bien qu’il s’agisse d’une idée fondamentalement fausse, celle-ci contribue à rendre l’accès des migrants aux protections sociales difficile. La seule protection dont ils peuvent se prévaloir est la Convention internationale des Nations Unies sur les travailleurs migrants que j’ai citée plus haut. Mais très peu d’Etats l’ont ratifiée. Or, dans un Etat qui ne l’a pas ratifiée, cette Convention ne s’applique pas.
C’est le cas par exemple du Liban. Comme partout dans le monde, la situation des travailleurs migrants n’est pas facile. Loin de faire du négationnisme, je ne voudrais pas qu’on m’enferme dans l’image du militant de base qui dramatise à l’excès ou se réduit à faire du sensibilisme. Ceci étant dit, on rencontre des cas extrêmes. J’ai pu le voir avec le Centre des Migrants. Des exemples d’exploitation et d’abus en tout genre sont loin d’êtres exceptionnels. Ceux qui se trouvent dans ces situations ne peuvent que difficilement fuir puisque l’employeur leur confisque leurs papiers à l’arrivée. Il arrive que les horaires de travail ne soient pas respectées, que les travailleurs n’aient pas droit à un congé hebdomadaire (je ne parle même pas des vacances). Certains sont entièrement à la charge de l’employeur, que ce soit pour du travail domestique ou à l’usine, mais on leur donne que peu de nourriture, ils ne sont pas payés, n’ont pas d’espace pour dormir ou pour leur intimité, sont soumis à des pressions morales, des abus physiques ou sexuels. Ce sont des cas qui se multiplient ; les employeurs étant persuadés de leur bon droit.
Heureusement, ce n’est pas un système généralisé ; je connais d’excellents employeurs. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour lutter contre ces phénomènes d’exploitation ou de traite d’êtres humains ? D’abord, offrir protection et soutien aux personnes qui fuient ces situations. Ensuite, faire que des procédures légales puissent aller jusqu’au bout, en reconnaissant les torts de l’employeur s’il y en a, obtenir réparations pour les victimes et peines pour les exploitants. Puis, faire pression sur l’Etat pour qu’il adopte les mesures minimum de protection, voire la Convention. Enfin, sensibiliser le grand public pour faire connaître les droits et les devoirs des travailleurs migrants ainsi que ceux des employeurs. C’est de l’ignorance et des préjugés que naissent beaucoup de ces cas.
J’arrive au terme de ce petit topo. J’espère que vous aussi vous aurez pu découvrir et apprendre deux ou trois trucs, comme j’ai pu le faire au Centre des Migrants. Mon stage n’est pas officiellement terminé. Réponse probablement mardi. D’ici là, bon week-end prolongé (encore un !) à ceux qui en ont la chance.

02 juin 2006

Coupe du Monde, double Biskrem et résultats

L'engouement populaire pour la Coupe du Monde va grandissant. Le pays n'est pas qualifié pour la phase finale mais ici, ça n'a pas fait un drame national. Ils savent qu'ils ont d'autres atouts sportifs, à commencer par le basket. D'après une analyse sociologique minutieuse de ma part, j'ai pu dégager quelques grandes caractéristiques du supporter moyen. Il est de sexe masculin et plutôt jeune, il a accroché un petit drapeau sur l'antenne radio de sa voiture ou à la fenêtre de sa maison, il est à fond derrière le Brésil, il ne boit pas (encore) de bière, il reste modeste dans la victoire puisque le tournoi n’a pas encore débuté, il sait que son équipe favorite va ramener le trophée au Brésil (où vivent 8 millions de Libanais, soit deux fois plus qu’au Liban), il n'a pas déserté les rues pour monopoliser la télévision et il s'intéresse encore à ce que raconte sa femme.
De mon côté, j’ai été obligé de me placer. Oui, je supporte la France. Et quel mal à cela. J’espère juste qu’on ne va pas se faire ridiculiser comme il y a quatre ans sinon la fin de mon stage risque d’être éprouvante. Je n’ai pas acheté de drapeau. Et très peu ici soutiennent l’équipe nationale de Domenech.
En tout cas, cette Coupe du Monde va occuper les esprits pendant un mois. On parlera moins de politique, on traînera moins après le boulot, on priera pour qu’il n’y ait pas trop de coupures de courant inopportunes et on prévoira un stock approprié de boissons et de piles pour la télécommande. Voilà pour la page footballistique, mais je pense que la planète entière ressemble à ça en ce moment. Quelle communion !
Passons au sujet culinaire plutôt réservé aux femmes, dit-on. Juste pour vous faire part de la grande joie qui m’a submergé quand Rita m’a fait découvrir le nouveau-né de la famille Biskrem. Il s’agit là d’un biscuit ressemblant à son parent proche, le Biskrem classique. Mais il est enrobé d’un fin nappage au chocolat. Il pèse 6 grammes et s’appelle Double Biskrem. Voilà, ce message fera office de faire-part.
Message un peu plus perso pour mes petits camarades de l’IDHL. Les résultats sont arrivés dans votre boîte aux lettres postale. C’est ma petite Maman qui me l’a dit. J’espère que ça s’est bien terminé pour vous tous… en attendant la remise du rapport de stage. Juste pour indication, la note d’anglais n’est pas encore tombée. Juste pour les curieux, j’ai mon année. Encore faudra-t-il finir ou plutôt commencer mon stage.
A ce propos, en début de semaine, je verrai s’il est plus utile de rester ou de quitter Caritas. J’ai déjà commencé à prospecter par-ci par-là. J’ai quelques adresses. Je pense que je prendrai quelques jours pour faire du porte à porte. Mais je reste assez optimiste. J’y vais pour demander un stage, c’est-à-dire pas payé. Les organisations sont donc moins réticentes à dire oui. Il faudra par contre que je m’assure du mieux possible du sérieux de la mission qu’on me propose. Serj m’a toutefois mis en garde en me disant que les stagiaires étaient souvent mal utilisés. Un problème qu’on rencontre malheureusement aussi en France.
Voilà pour ce soir. Bon anniversaire à la Reine d’Angleterre, couronnée il y a 53 ans.