28 avril 2006

Curiosités linguistiques

Ça fait déjà un petit moment que je voulais écrire un petit truc sur le choc culturel mais côté linguistique cette fois. Ici, beaucoup parlent le français ou l’anglais, à des niveaux différents mais c’est quand même bien pratique. L’éducation se fait en général dans une de ces deux langues, en plus de l’arabe. C’est pour cela qu’en général même les jeunes me vouvoient au premier abord, n’ayant eu l’occasion de converser en français qu’avec leur professeur.
La langue arabe, comme vous le savez peut-être, est une langue écrite (arabe littéraire) lue et comprise dans tous les pays arabes, du Maroc à l’Irak, de la Syrie au Soudan. Et on ne parle pas l’arabe stricto sensu dans les pays arabophones, mais des dialectes (arabe dialectal) : le libanais, le tunisien, le saoudien, l’égyptien. Les dialectes peuvent être assez différents les uns des autres. Donc il se peut que les gens parlent l’arabe littéraire mais c’est en général pour les émissions qui sont diffusées dans tout le monde arabe ou alors pour des conférences internationales. A l’inverse, il arrive que le libanais soit écrit, pour chatter sur Internet par exemple, dans ce cas, ils utilisent des caractères latins.
La langue arabe est issue de la famille des langues sémitiques, tout comme l’hébreu, l’araméen ou le syriaque. Elle a son propre alphabet, mais c’est en fait un abjad, c’est-à-dire un système d’écriture ne notant que les consonnes, ou presque. Les accents (qui correspondent en gros à nos voyelles latines) sont devinés en fonction du contexte de la phrase. Les lettres ont une forme changeante, selon qu’elles sont en début de mot, au milieu ou à la fin. Facile à apprendre, hein ?! On écrit de droite à gauche, ça vous le saviez. Mais du coup, les caractères en italiques sont penchés de l’autre côté par rapport à un caractère latin. Mais il y a quand même quelques simplifications : pas de différence entre lettres manuscrites et imprimées, ni notion de majuscule ou minuscule.
Si on est motivés, on peut apprendre l’arabe. Il existe des bouquins très bien faits. Je pense que ça prend un peu de temps, mais c’est jouable. Pour ce qui est du libanais, ça se complique. D’abord parce que ça fait quasiment une deuxième langue à apprendre. Ensuite parce qu’il n’existe pas de livre d’enseignement parce que les enfants parlent le libanais chez eux et n’apprennent que l’arabe à l’école quand ils commencent à lire et à écrire. Enfin parce que beaucoup comprennent le français donc ça ne pousse pas à un apprentissage rapide.
Si vous avez tout lu jusqu’ici, bravo ! Je reconnais, ça fait un peu exposé, mais je voulais porter ça à votre connaissance ; à vous d’en faire ce que vous voulez. Mais maintenant place à la détente avec quelques curiosités qui nous font beaucoup rire, ici. Un choc des cultures plutôt rigolo.
D’abord, quelques termes utilisés en libanais courant : ‘bonjour’, ‘bonsoir’, ‘ça va ?’, ‘merci’, ‘please’, ‘sorry’. Vous les avez reconnus ; ça vient bien du français et de l’anglais. Utilisés tels quels, mais petit côté exotique : ils sont prononcés à la libanaise, en roulant les ‘r’.
Ensuite, il y a des termes hérités du français mais qui ont été libanisés, comme ‘bomor’ (point mort) car il n’y a pas de ‘p’ en arabe. Ou encore des mots issus de l’anglais, qu’ils utilisent en français comme ‘programme’ pour une émission de télé, ‘cellulaire’ pour le portable ou ‘canal’ pour une chaîne de télé.
Enfin, quelques mots qu’ils utilisent, en français dans le texte (dans le discours plutôt), comme ‘chalumeau’ pour paille, ‘foyer’ pour logement, ‘autostrade’ pour autoroute ou ‘valet’ pour voiturier.
C’est bien beau de se moquer mais si on s’entend aussi bien avec mes nouveaux amis, c’est que je sais aussi les faire rire avec quelques unes de nos particularités ridicules. C’est surtout notre prononciation à la française de termes anglo-saxons qui déclenche l’hilarité. Par exemple, babyfoot, wifi, Pizza Hut, warning, corner, hifi, babysitter, REM (le groupe de musique).
Il y a aussi notre utilisation immodérée des expressions ‘du coup’ et ‘en fait’ qui surprend beaucoup. De parler de portable pour un ordinateur ou un téléphone, sans distinction, ne leur semble pas très pratique, contrairement au concept même du mot. Et encore, la mauvaise habitude de manger bon nombre de mots, quand on parle le français de la rue.
Et puis il y a la gestuelle qui peut entraîner quelques quiproquos. Ce sont surtout les hochements de tête. Je m’explique. Le ‘non’ s’exprime ici par un hochement de la tête vertical vers le haut. Sauf que chez nous, ça signifie ‘hein ?!’ ou ‘quoi ?’. Mais pour eux, pour dire ‘hein ?!’ ou ‘quoi ?’, ils tournent la tête de gauche à droite et de droite à gauche. Exactement comme nous le faisons pour dire ‘non’. Ça m’a obligé inutilement à répéter mes questions alors que mon interlocuteur répondait simplement ‘non’. A l’inverse, je me suis vu répéter une question à laquelle je répondais négativement.
Dernier petit truc amusant, à propos de mon nom et mon prénom. D’abord, il n’existe pas de ‘p’, de ‘u’ et de ‘v’ dans l’alphabet arabe, ce qui fait qu’on écrit mon nom de manière sensiblement différente. Et pour ce qui est de mon prénom, ou plutôt de mon surnom ‘Nico’, après avoir signifié ‘personne’ au Kosovo pour les Serbes, cette fois ici ça signifie … biiiiip ! Je vais le faire en anglais pour les âmes sensibles : fuck him ! Amusant, non ?!
Plus sérieusement, les langues, je trouve ça vraiment passionnant. On pourrait en discuter pendant des heures tant on fait passer de choses issues de notre culture rien que par les mots qu’on utilise ou les manières de parler, de former une phrase. C’est pour ça que j’ai fait un message aussi long. Et sans image !

1 Comments:

At 29 avril, 2006 13:10, Blogger juliepondichery said...

un poil académique ton nouveau message...
moi, je veux savoir pour ton stage!!!! j'ai rien dû capter, ça n'a pas déjà commencé? ah non peut être que ce ne sera que lundi...
Bref, le suspense est à son comble, personnellement je n'en peux plus! Alors fais péter les infos mec!
bisous

 

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