Religion, quand tu nous tiens
Je me lance dans un message lié à la religion. Sujet délicat, vaste et complexe. J’espère être le plus pertinent et objectif possible. Je me suis basé sur ce que j’ai entendu ici ou là et sur différentes recherches. Mais si vous êtes en possession d’éléments susceptibles d’alimenter le débat ou de corriger mon propos, n’hésitez plus : commentez !!
D’abord, quelles sont les religions présentes au Liban ? Il y en a deux grandes : le Christianisme et l’Islam. Mais les Chrétiens comme les Musulmans se divisent en plusieurs groupes, chacun ayant sa propre confession. En tout, on compte 18 confessions officielles. Officielles car inscrites dans la Constitution. Je vous épargne la liste complète mais je vous site les confessions les plus importantes en nombre de fidèles. Il n’y a pas de chiffres officiels car le dernier recensement remonte à 1932 (ceux qui ont lu attentivement la « Petite présentation du Liban » le savent déjà !). Ce sont donc des estimations, en pourcentage de l’ensemble de la population libanaise.
Côté Chrétiens (43,3 %) :
- Les Maronites (22,9 %)
- Les Grecs orthodoxes (8,5 %)
- Les Grecs catholiques (5,5 %)
- Les Arméniens orthodoxes (3,4 %)
- Les Arméniens catholiques (0,7 %)
- Autres (2,2 %)
Côté Musulmans (56 %) :
- Les Sunnites (25,5 %)
- Les Chiites (24,1 %)
- Les Druzes (5,7 %)
- Les Alaouites (0,7 %)
Étant données les relations tendues entre le Liban et Israël, il n’y aurait plus que quelques centaines de Juifs vivant au Liban (0,2 %). Enfin, ceux qui sont sans confession représentent quelques milliers de personnes (0,4 %). Ça y est ; on est arrivé à 100 % !! Mais l’essentiel, c’est de retenir les grandes tendances car ce sont des approximations.
Ensuite, quelle est la place de la religion dans la société libanaise ? Je serai tenté de dire qu’elle est omniprésente. Tout ou presque est lié à la religion, que ce soit la politique, les postes de fonctionnaires, les zones géographiques, …
En ce qui concerne la politique, chaque confession a un nombre prévu de sièges au Parlement, plus ou moins proportionnel au nombre de fidèles. Les postes clé de la vie politique sont distribués à chaque confession. C’est un système hérité du Pacte national (al-mithaq al-watani), accord oral accepté par tous à l’indépendance en 1943. Ainsi, le Président de la République est forcément un Maronite, le Premier Ministre un Sunnite, le Président du Parlement un Chiite, les Vice-Présidents des Orthodoxes, le Commandant en Chef des Armées un Maronite, etc. De même, les postes ministériels (le Cabinet) sont alloués pour assurer une représentation confessionnelle équitable. De même, les services publics reflètent les différentes confessions, que ce soit dans l’administration, la justice, la diplomatie ou l’armée.
La distribution des pouvoirs est issue d’un rapport de 6 Chrétiens pour 5 non-Chrétiens, d’après le recensement de 1932. Ce rapport a toujours été favorable aux Chrétiens, même s’il a été réévalué à 6 contre 6. Ceux-ci s’accrochent à cette concession faite par les responsables musulmans pour les rassurer dans leur peur de se voir engloutir dans cette région du Moyen-Orient majoritairement musulmane. Toujours d’après le Pacte national de 1943, les Chrétiens s’engagent à ne pas chercher la protection de l’Occident, en particulier de la France, et les Musulmans à ne pas vouloir incorporer le Liban dans un État arabe unique ou dans la Syrie, mais faire en sorte que le Liban soit indépendant et souverain dans le Monde arabe.
Beaucoup de décisions ne sont pas prises parce qu’elles remettraient en cause ce fragile équilibre des forces. Par exemple, les Chrétiens refusent d’organiser un nouveau recensement pour réévaluer les proportions des différentes communautés de peur que le nouveau rapport leur soit moins favorable ou encore les Musulmans refusent le vote par correspondance pour les expatriés parce qu’il leur serait défavorable sachant que la majorité d’entre eux sont Chrétiens. Autre exemple, le redécoupage de la carte électorale est source de conflit car diviser le Liban en 9 ou en 13 régions serait favorable soit aux Musulmans soit aux Chrétiens.
Le Pacte national de 1943 a été conclu pour une durée déterminée, avant tout pour montrer l’unité du Liban nécessaire pour échapper au pouvoir mandataire de la France. Le Pacte indiquait alors que le gouvernement devait travailler pour éliminer le système confessionnel, qui est « un obstacle au progrès national, empêchant les représentations de la volonté nationale et empoisonnant les bonnes relations entre les différents éléments de la population libanaise ».
Le chemin vers une laïcisation du système politique est encore long. D’une part parce que les partis idéologiques ou non confessionnels sont très faibles et s’opposent entre eux. D’autre part parce que la vie politique est dominée par la défense des intérêts de chaque communauté, ne laissant pas de place à une volonté de faire avancer le Liban dans son ensemble et sur du long terme.
D’autres pans de la société libanaise sont gouvernés par le religieux. Les médias par exemple sont pour la plupart orientés. Que ce soit la télévision ou les journaux, chacun peut y trouver son compte.
Enfin, on identifie clairement sur le territoire des régions habitées par telle ou telle confession, chacune ayant ses bastions. Rares sont les endroits où se mélangent les communautés. Et si Beyrouth a été le théâtre de combats particulièrement violents durant la guerre civile, c’est peut-être parce que c’est une ville mixte. Ci-dessous, la répartition de la population en fonction de leur confession.
D’abord, quelles sont les religions présentes au Liban ? Il y en a deux grandes : le Christianisme et l’Islam. Mais les Chrétiens comme les Musulmans se divisent en plusieurs groupes, chacun ayant sa propre confession. En tout, on compte 18 confessions officielles. Officielles car inscrites dans la Constitution. Je vous épargne la liste complète mais je vous site les confessions les plus importantes en nombre de fidèles. Il n’y a pas de chiffres officiels car le dernier recensement remonte à 1932 (ceux qui ont lu attentivement la « Petite présentation du Liban » le savent déjà !). Ce sont donc des estimations, en pourcentage de l’ensemble de la population libanaise.
Côté Chrétiens (43,3 %) :
- Les Maronites (22,9 %)
- Les Grecs orthodoxes (8,5 %)
- Les Grecs catholiques (5,5 %)
- Les Arméniens orthodoxes (3,4 %)
- Les Arméniens catholiques (0,7 %)
- Autres (2,2 %)
Côté Musulmans (56 %) :
- Les Sunnites (25,5 %)
- Les Chiites (24,1 %)
- Les Druzes (5,7 %)
- Les Alaouites (0,7 %)
Étant données les relations tendues entre le Liban et Israël, il n’y aurait plus que quelques centaines de Juifs vivant au Liban (0,2 %). Enfin, ceux qui sont sans confession représentent quelques milliers de personnes (0,4 %). Ça y est ; on est arrivé à 100 % !! Mais l’essentiel, c’est de retenir les grandes tendances car ce sont des approximations.
Ensuite, quelle est la place de la religion dans la société libanaise ? Je serai tenté de dire qu’elle est omniprésente. Tout ou presque est lié à la religion, que ce soit la politique, les postes de fonctionnaires, les zones géographiques, …
En ce qui concerne la politique, chaque confession a un nombre prévu de sièges au Parlement, plus ou moins proportionnel au nombre de fidèles. Les postes clé de la vie politique sont distribués à chaque confession. C’est un système hérité du Pacte national (al-mithaq al-watani), accord oral accepté par tous à l’indépendance en 1943. Ainsi, le Président de la République est forcément un Maronite, le Premier Ministre un Sunnite, le Président du Parlement un Chiite, les Vice-Présidents des Orthodoxes, le Commandant en Chef des Armées un Maronite, etc. De même, les postes ministériels (le Cabinet) sont alloués pour assurer une représentation confessionnelle équitable. De même, les services publics reflètent les différentes confessions, que ce soit dans l’administration, la justice, la diplomatie ou l’armée.
La distribution des pouvoirs est issue d’un rapport de 6 Chrétiens pour 5 non-Chrétiens, d’après le recensement de 1932. Ce rapport a toujours été favorable aux Chrétiens, même s’il a été réévalué à 6 contre 6. Ceux-ci s’accrochent à cette concession faite par les responsables musulmans pour les rassurer dans leur peur de se voir engloutir dans cette région du Moyen-Orient majoritairement musulmane. Toujours d’après le Pacte national de 1943, les Chrétiens s’engagent à ne pas chercher la protection de l’Occident, en particulier de la France, et les Musulmans à ne pas vouloir incorporer le Liban dans un État arabe unique ou dans la Syrie, mais faire en sorte que le Liban soit indépendant et souverain dans le Monde arabe.
Beaucoup de décisions ne sont pas prises parce qu’elles remettraient en cause ce fragile équilibre des forces. Par exemple, les Chrétiens refusent d’organiser un nouveau recensement pour réévaluer les proportions des différentes communautés de peur que le nouveau rapport leur soit moins favorable ou encore les Musulmans refusent le vote par correspondance pour les expatriés parce qu’il leur serait défavorable sachant que la majorité d’entre eux sont Chrétiens. Autre exemple, le redécoupage de la carte électorale est source de conflit car diviser le Liban en 9 ou en 13 régions serait favorable soit aux Musulmans soit aux Chrétiens.
Le Pacte national de 1943 a été conclu pour une durée déterminée, avant tout pour montrer l’unité du Liban nécessaire pour échapper au pouvoir mandataire de la France. Le Pacte indiquait alors que le gouvernement devait travailler pour éliminer le système confessionnel, qui est « un obstacle au progrès national, empêchant les représentations de la volonté nationale et empoisonnant les bonnes relations entre les différents éléments de la population libanaise ».
Le chemin vers une laïcisation du système politique est encore long. D’une part parce que les partis idéologiques ou non confessionnels sont très faibles et s’opposent entre eux. D’autre part parce que la vie politique est dominée par la défense des intérêts de chaque communauté, ne laissant pas de place à une volonté de faire avancer le Liban dans son ensemble et sur du long terme.
D’autres pans de la société libanaise sont gouvernés par le religieux. Les médias par exemple sont pour la plupart orientés. Que ce soit la télévision ou les journaux, chacun peut y trouver son compte.
Enfin, on identifie clairement sur le territoire des régions habitées par telle ou telle confession, chacune ayant ses bastions. Rares sont les endroits où se mélangent les communautés. Et si Beyrouth a été le théâtre de combats particulièrement violents durant la guerre civile, c’est peut-être parce que c’est une ville mixte. Ci-dessous, la répartition de la population en fonction de leur confession.

Voilà pour aujourd’hui. Posez des questions si vous voulez des éclaircissements. J’essayerai d’y répondre dans un prochain message sur le sujet.

4 Comments:
J'avoue j'ai pas lu, j'ai juste regardé les images. Promis, dès que j'ai retrouvé mon cerveau, vidé les valises, lavé le linge et les enfants et que j'ai fait mes devoirs, je reviens te lire.
Mon Nico, il est grand temps que tu attaques ton stage
l'inactivisme te fait trop cogiter... Interessant ce
topo religieux mais ma preference va quand meme aux
photos des patisseries!
Gros bisous,
Ton n'océ!
J adore ton blog! J avais pas encore vraiment pris le temps (oui y en a qui ont commencé leur stage!) de le lire en detail mais bravo C est bien raconté et pas chiant et franchement la partie sur la bouffe je suis a deux doigts de me jeter dans un avion pour t arracher tes gateaux aux noix des mains! Quoi que a Montréal ya pas mal de cuisine libanaise je vais partir a la chasse! Plein de becs! Océane
Nico, c moi Serj, c la 1ere fois que je t'écris un commentaire ici au lieu de te le dire. Excuse moi, je vais écrire en anglais, tu sais déjà que c plus facile pour moi.
You are probably reading this msg while am swimming.. :)
First, congrats for ur blog, it is interesting and fascinating to be followed. It is really nice to see you so concerned in the Lebanese history/culture, and I shall admit that it was surprisingly unexpected.
Commenting on the last "research" you made about the Lebanese confessions, I think that the numbers are imperfectly found. Though you said that these numbers are only estimates, I firmly believe that the Shiites/Sunnites proportion is incorrect. You stated that the Shiites count for 24% of the population only. As far as I know, the Shiites count 1,370,000, which constitute around 40% of the population. These statistics were made UNOFICIALLY in 1999 (www.adherents.com). Would you imagine the proportion of the Shiites in 2006?! I believe they now represent nearly half of the population.
That was all. See you in the morning for a nice cup of Nescafe as usual, kisses and adios.
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