04 août 2006

De retour à Paris

Comme je l’avais annoncé en début de semaine, ce retour s’annonçait précipité. Appelé mardi soir par l’ambassade, je partais le lendemain matin. Je n’ai pas eu le temps de revoir tout le monde, j’ai tout juste pu contacter les uns ou les autres. De manière générale, je n’aime pas trop les au-revoirs, encore moins dans ce genre de situation. J’avais donc juste le temps de bourrer mon sac-à-dos de ce que je voulais vraiment ramené.
Mercredi, 10 heures. Je suis au lieu de rendez-vous. On est tout de suite, et jusqu’à l’arrivée, pris en charge. D’abord par le personnel de l’Ambassade. Après avoir passé les deux ou trois formalités d’usage pour vérifier les documents de voyage, les bagages, l’inscription sur les listes, on est directement acheminé au port où nous attendent deux bateaux : le Mistral sur lequel je monterai et son petit frère le Siroco. Là encore, comme l’embarquement est assez rapide. Je quitte le sol libanais un peu avant midi. L’attente du départ sera longue puisque ce ne sera qu’à 17 heures que nous quitterons le port de Beyrouth. En effet, l’Ambassade avait étalé les rendez-vous sur toute la journée pour éviter les longues files d’attente, les crises de nerfs et autres.
Je suis, avec quelques autres, installé dans une des salles de détente du bord. Ce sera beaucoup agréable que le grand hangar où sont alignés plus de 500 lits de camp. Dans mon quartier, on a l’air conditionné, de ordinateurs de jeu, des babyfoots, des cafetières. Tout au long du voyage, je serai impressionné par les moyens mis à notre disposition pour que ce trajet qui, pour beaucoup, est synonyme de déchirement, se passe le mieux possible. L’ambiance à bord est très calme. Les membres d’équipage de la Marine tout comme les militaires sont aux petits soins pour nous, s’occupent des enfants, nous servirons les trois repas que nous passerons à bord (déj’, dîner et p’tit déj’).
Arrivé au large de Larnaca vers 8 heures le lendemain matin, on débarquera au goutte à goutte grâce à des barges faisant la navette entre le bateau et le port. Je passerai quelque trois heures là-bas avant d’être acheminé vers un complexe sportif, comme tous ceux qui sont affecté sur le troisième et dernier vol de la journée. Décollage à 20h30. Pas de retard. C’est là que je réalise vraiment que je rentre, c’est surtout lié au fait qu’à partir du moment où on est arrivé à l’aéroport, on revenait à des modes de transport classique. On croise des touristes, on n’est plus entouré que par des militaires ou du personnel du Ministère des Affaires étrangères. Arrivés à Roissy vers minuit et demi, on est accueilli par quelque 200 volontaires de la Croix-Rouge, du Secours catholique ou de la Protection civile. On a tous droit à un entretien individuel pour savoir si on tient le coup, si on a besoin d’hébergement, de correspondance pour d’autres villes que Paris, etc. Puis, je récupère mon sac et retrouve Augustin un peu avant 1 heure, 2 heures heure libanaise. 40 heures de voyage mais tout en tranquillité, en douceur, en organisation, en encadrement.
Après, c’est à moi d’atterrir. De réaliser que c’est fini. D’en parler au passé et d’écrire un nouveau présent. De revoir les photos, de repenser aux meilleurs ou moins bons moments sans avoir trop la larme à l’œil. D’arrêter de sursauter au moindre bruit ou craindre à chaque passage d’un avion. De reprendre contact. De …
De vous remercier pour votre présence régulière ou ponctuelle, secrète ou déclarée, commentée ou mailée. Que ce soit pendant ces quelques semaines de conflit ou tout au long de mon séjour, j’ai aimé cette interaction, cet échange avec vous. C’était aussi important pour moi de partager ces moments, vous présenter un pays que j’ai aimé, des sujets qui me passionnent, des moments heureux ou difficiles. Il me faudra encore un petit moment pour vraiment réaliser ce qui m’est arrivé et apprécier les fruits de cette expérience formidable.
Voilà. Encore une fois, j’aurai pu écrire plus, raconter chaque détail, disserter encore sur un sujet ou un autre. Mais l’objectif de ce message est triple : vous dire que c’était le dernier, que je suis rentré et vous dire Merci. Maintenant, à nous d’être inventif pour trouver un autre moyen de communiquer. J’ai déjà une piste : mon portable est dans ma poche...

01 août 2006

Un point diplomatie

La diplomatie est un domaine que j’aime particulièrement, même si on a l’impression qu’elle ne brille pas encore sur le Liban. J’ose espérer que c’est faux, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est toujours une arme secrète dans ce genre de situation qui oppose des soi-disant terroristes et un État démocratique occidentalisé. Ensuite parce que les résultats militaires sont toujours beaucoup plus visibles et rapidement atteints. Enfin parce que les tournées des différentes chancelleries vont bien finir par porter leurs fruits.
Dans ce genre de situation, on se demande toujours : mais que fait l’ONU ? Comme je le mettais dans mon message précédent, l’ONU est composée avant tout d’États et son action dépend donc de la volonté de ceux-ci. Ce sont donc plus les États qu’il faudrait (au conditionnel) blâmer plutôt que Kofi Annan. Quand en plus les membres du Conseil de Sécurité – dont font partie les États-Unis et la France – ne sont pas forcément d’accord avec les solutions à apporter, ça traîne forcément en longueur. Mais l’ONU, pour le moment, joue son rôle, à savoir assurer l’assistance humanitaire. Quand à la FINUL, force d’interposition au Liban Sud, je ne crois pas non plus qu’elle soit à blâmer. Son mandat n’est pas du tout un mandat d’intervention armée. Les Casques bleus sont donc plutôt pris entre deux feux, comme dans beaucoup de situations ailleurs dans le passé. Et les quatre observateurs morts en service la semaine dernière nous l’ont malheureusement rappelé.
Les diplomaties occidentales sont donc à pied d’œuvre. On parle beaucoup de la France et des États-Unis ; c’est dû avant tout aux liens que ces deux pays ont tissés avec le Liban depuis déjà plusieurs décennies. Un petit "avantage" à la France en ce moment, surtout dû au soutien indéfectible américain à Israël. Résultat, avant-hier, Condoleezza Rice était persona non grata à Beyrouth tandis que Philippe Doute-Blazy a pu effectuer hier sa troisième visite au Liban depuis le début du conflit. En plus, il se trouve que jusqu’à hier, la France assurait la présidence du Conseil de Sécurité. Ce sont donc les propositions françaises qui ont été les plus en vue. J’aimerais que la France puisse jouer ce rôle de médiateur mais ce sera difficile parce que je ne crois pas qu’elle ne soit pas jugée légitime en Israël. On ne peut pas dire que notre pays ait été très pro-israélien depuis le Général de Gaulle.
Mais ce qui compte, c’est qu’il puisse y avoir une médiation entre les deux parties. Et même si certains considèrent le Hezbollah comme un groupe terroriste, il n’en reste pas moins un acteur politique incontournable au Liban. Il faut donc discuter avec lui. Et le Liban lui-même, finalement assez proche du Hezbollah par rapport à l’action d’Israël ne se laissera pas imposer une paix où il ne trouvera pas son compte, en particulier sur le problème des fermes de Chebaa. C’est un territoire libanais situé sur le plateau du Golan. Même si la majorité du plateau est syrien et qu’il est entièrement occupé par Israël, le Liban réclame la souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Au passage, c’est la raison principale de l’existence du Hezbollah : la résistance armée pour stopper l’occupation d’Israël.
Diplomatie, OK, mais pour quel résultat ? Pour le moment, pas grand-chose parce qu’on n’a pas réussi à faire taire les armes. Mais il est très probable que l’intervention israélienne s’arrête d’ici deux semaines environ. Et là, j’ose espérer qu’on réalise enfin le travail préliminaire de fond de la diplomatie. Les grands points des discussions sont les suivants. Pour Israël, le désarmement du Hezbollah, l’arrêt des tirs de roquettes sur le Nord du pays et bien sûr la libération des deux soldats dont l’enlèvement le 12 juillet à déclencher les hostilités. Pour le Hezbollah et plus généralement le Liban, c’est l’arrêt de l’intervention israélienne, la souveraineté totale sur l’ensemble de son territoire et donc sur les fermes de Chebaa, et le déploiement d’une force multinationale de l’ONU avec un mandat plus élargi que celui de la FINUL présente depuis 1978, dont je parlais plus haut. Là encore, ça dépendra du mandat que les États membres de l’ONU voudront bien lui donner.
Enfin, très probablement, il y aura une conférence internationale de pays donateurs pour aider le Liban à se reconstruire. Jusqu’à présent, on estime à 3 milliards les pertes occasionnées par les bombardements. D’ici une semaine, on pense qu’il n’y aura plus d’essence dans le pays. Aucun approvisionnement extérieur n’est possible à cause du blocus. L’électricité est coupée beaucoup plus fréquemment que d’habitude. Ça pose problème non seulement aux habitants dans nos vies quotidiennes ou professionnelles mais aussi particulièrement au secteur médical. La nourriture ne manque pas encore, du moins dans les régions pas trop touchées. L’économie, déjà mal en point, va avoir du mal à s’en relever. L’avantage, par rapport aux précédentes années de guerre, c’est que je ne crois pas qu’on glisse vers une guerre civile. Le pays reste assez uni malgré quelques divergences. Et le travail du Premier ministre Fouad Siniora y est certainement pour beaucoup. Même s’il n’a pas le charisme de Rafic Hariri, loin s’en faut, il a su garder le contrôle et l’unité du pays.
Bon, bah voilà ce que je voulais dire. En toute franchise, cette petite analyse n’engage que moi. On est d’accord ou pas d’accord. D’autres sont certainement plus documentés. Mais c’est la démocratie. Chacun peut s’exprimer. Ce blog est d’ailleurs un lieu d’échange alors profitez des commentaires si ça vous dit. Et s’il y a maintenant des codes pour écrire un commentaire, c’est parce que la semaine dernière, ce petit blog a attrapé un virus et qu’environ une centaine de commentaires indésirables se sont glissés. Donc c’est pour faire le tri entre les vrais admirateurs, secrets, anonymes ou déclarés, et ne garder que la crème de la crème !

30 juillet 2006

Il y aurait encore tant de choses à dire

Par où commencer ? D’abord, c’est sans doute un des derniers messages sur ce blog. Après un passage à l’ambassade en fin de semaine, j’ai fini par réserver ma place sur un bateau. J’attends un appel de l’Ambassade pour embarquer. Destination Chypre, puis Paris. Mon séjour touche à sa fin. Il aura été bien rempli, encore de ces expériences qui font grandir. J’avais intitulé un message « Il y a plusieurs Liban ». J’ai pu le vérifier. Mon séjour aussi aura eu bien des facettes différentes. Un mois d’abord à Tabarja avec Serj, Rita, Elie et tous les autres où j’ai découvert beaucoup de régions, où j’ai pu apprécier de la bonne cuisine, où j’aurai aussi beaucoup discuté et appris. Puis, deux mois à Caritas et au foyer. Ça ne restera pas comme un souvenir impérissable mais ça a fait partie de mon passage ici. J’ai quand même pu toucher du doigt le problème des réfugiés et des travailleurs migrants, sous un angle différent de celui dont on parle en France. Enfin, il y aura eu ce mois de colocation, ce conflit, ce passage rapide dans une association de défense des droits de l’Homme. Non pas que je l’ai souhaité ou encore que je me sois réjoui de ce conflit, mais je dois quand même dire que ce fut une expérience unique. Ce n’est heureusement pas donné à tout le monde de vivre dans un pays en guerre mais de l’avoir vécu fait voir les choses bien différemment.
Aujourd’hui encore, des civils sont morts. Bien sûr, c’est tragique. Mais il est extrêmement difficile de définir avec précision la responsabilité des uns ou des autres. Pour les uns, c’est un crime aveugle de civils innocents ; pour les Israéliens, les responsables sont les combattants du Hezbollah qui se servent des civils comme bouclier humain. Impossible de prendre partie en restant objectif. On peut juste déplorer que les deux camps ne respectent pas les règles internationales en matière de conflit armé et en particulier dans le domaine de la protection des civils. Mais, tout comme la diplomatie ou l’ONU, la Croix-Rouge a bien du mal à se faire entendre.
L’ONU justement, qui a été la cible de sympathisants du Hezbollah aujourd'hui. Certains sont entrés au siège de l’Organisation à Beyrouth et ont saccagé les installations. Mais je ne pense pas que l’ONU soit en mesure de faire quoi que ce soit. Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’Organisation est inopérante dans la région. La faute à qui ? Aux États eux-mêmes qui la composent et qui se divisent sur les solutions et les moyens. En attendant, le processus diplomatique est toujours au point mort. La parole est toujours aux armes.On pourrait aborder beaucoup de sujets autour de ce conflit, discuter pendant des heures. Mais pour être honnête, ça fait trois semaines que des tas de gens ont cette occupation et pas grand-chose n’a changé. Alors pour le moment, je vais plutôt essayer de faire mon sac. Pas plus de 10 kg autorisés ! Il va falloir être sélectif.

Il y aurait encore tant de choses à dire

Par où commencer ? D’abord, c’est sans doute un des derniers messages sur ce blog. Après un passage à l’ambassade en fin de semaine, j’ai fini par réserver ma place sur un bateau. J’attends un appel de l’Ambassade pour embarquer. Destination Chypre, puis Paris. Mon séjour touche à sa fin. Il aura été bien rempli, encore de ces expériences qui font grandir. J’avais intitulé un message « Il y a plusieurs Liban ». J’ai pu le vérifier. Mon séjour aussi aura eu bien des facettes différentes. Un mois d’abord à Tabarja avec Serj, Rita, Elie et tous les autres où j’ai découvert beaucoup de régions, où j’ai pu apprécier de la bonne cuisine, où j’aurai aussi beaucoup discuté et appris. Puis, deux mois à Caritas et au foyer. Ça ne restera pas comme un souvenir impérissable mais ça a fait partie de mon passage ici. J’ai quand même pu toucher du doigt le problème des réfugiés et des travailleurs migrants, sous un angle différent de celui dont on parle en France. Enfin, il y aura eu ce mois de colocation, ce conflit, ce passage rapide dans une association de défense des droits de l’Homme. Non pas que je l’ai souhaité ou encore que je me sois réjoui de ce conflit, mais je dois quand même dire que ce fut une expérience unique. Ce n’est heureusement pas donné à tout le monde de vivre dans un pays en guerre mais de l’avoir vécu fait voir les choses bien différemment.
Aujourd’hui encore, des civils sont morts. Bien sûr, c’est tragique. Mais il est extrêmement difficile de définir avec précision la responsabilité des uns ou des autres. Pour les uns, c’est un crime aveugle de civils innocents ; pour les Israéliens, les responsables sont les combattants du Hezbollah qui se servent des civils comme bouclier humain. Impossible de prendre partie en restant objectif. On peut juste déplorer que les deux camps ne respectent pas les règles internationales en matière de conflit armé et en particulier dans le domaine de la protection des civils. Mais, tout comme la diplomatie ou l’ONU, la Croix-Rouge a bien du mal à se faire entendre.
L’ONU justement, qui a été la cible de sympathisants du Hezbollah aujourd'hui. Certains sont entrés au siège de l’Organisation à Beyrouth et ont saccagé les installations. Mais je ne pense pas que l’ONU soit en mesure de faire quoi que ce soit. Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’Organisation est inopérante dans la région. La faute à qui ? Aux États eux-mêmes qui la composent et qui se divisent sur les solutions et les moyens. En attendant, le processus diplomatique est toujours au point mort. La parole est toujours aux armes.On pourrait aborder beaucoup de sujets autour de ce conflit, discuter pendant des heures. Mais pour être honnête, ça fait trois semaines que des tas de gens ont cette occupation et pas grand-chose n’a changé. Alors pour le moment, je vais plutôt essayer de faire mon sac. Pas plus de 10 kg autorisés

27 juillet 2006

Violations du Droit international humanitaire

C'est là-dessus que je me suis penché depuis quelques jours avec mon maître de stage. Il a monté un petit groupe de spécialistes, juristes, avocats, politiques, ... pour essayer de déposer un recours devant la Cour pénale internationale. L'accusation pour crimes de guerre doit encore être prouvée. C'est un long processus.
Et d'ailleurs, je ne sais même pas s'il aboutira à un jugement ou même si le Liban ira jusqu'au bout de la procédure parce que, bien qu'il soit important que le droit soit respecté, ce genre de démarche a aussi un poids politique énorme. En fonction de l'issue du conflit, il s'agira de voir si la plainte est toujours aussi pertinente, politiquement parlant. Pour le moment, c'est un moyen de pression.
Du coup, j'apprends énormément. N'étant pas juriste de formation au sens strict du terme, je découvre ce monde de procédures, de termes alambiqués, de textes, etc. C'est passionnant, d'autant que je suis entouré par des gens qui s'y connaissent. Donc stage complètement différent de celui de Caritas, à tous points de vue. Dommage que je doive sans doute l'arrêter dans quelques jours !
En attendant, bises à tous. Je vous laisse... j'ai du boulot !

25 juillet 2006

C'est pas encore pour tout de suite

J'ai pu obtenir quelques informations par rapport aux retours des Français. Comme je le disais précédemment, beaucoup souhaitent rentrer. C'est un peu l'embouteillage parce que le nombre de personnes qui arrivent à Chypre est largement supérieur à ceux qui en repartent puisque les capacités des avions sont bien inférieures à celles des bateaux en provenance du Liban. Depuis hier, la Turquie accueille des rapatriés en transit. Mais ça devrait prendre encore au moins quinze jours pour les Français. Aude, mon ancienne collègue de Caritas, s'était inscrite dans la première semaine du conflit et est toujours là. On lui a annoncé un départ d'ici une semaine à dix jours.
Donc pour le moment, je suis toujours au Liban et probablement pour encore un peu de temps. J'essaye de m'occuper un maximum avec mon stage mais je tourne un peu en rond l'après-midi parce que le bureau est fermé. Cet après-midi, j'ai une réunion avec certains avocats. Ils veulent réfléchir à une éventuelle action contre l'Etat d'Israël devant une juridiction internationale pour crimes de guerre. Du coup, j'ai replongé dans mon Droit international humanitaire, je profite de mon accès à Internet pour faire des recherches. J'ai donc laissé un peu de côté la liberté d'association et donc les fameux DESC (droits économiques, sociaux et culturels) pour revenir à mes premières amours : les DCP (droits civils et politiques) et le droit humanitaire.
Les passages en coup de vent de responsables étrangers ne fait qu'augmenter la tourmente diplomatique mais pour le moment avec pour seul résultat l'ouverture de couloirs humanitaires. C'est déjà ça, en attendant mieux ! Voilà pour l'actu. A+

24 juillet 2006

Tout va bien

Salut les jeunes ... et les moins jeunes ! Tout va bien. Je n'ai pas eu l'occasion de mettre un message depuis quelques jours parce qu'il n'y a pas grand chose de nouveau.
Mon pote Serj a réussi à obtenir son visa vendredi. Il arrive en France mercredi. Je suis soulagé pour lui même si le départ est plus que précipité. Sinon, mon week-end à Tabarja a été secoué par le bombardement d'une station d'antennes de transmission de la télévision et des télécommunications. Je commence à me demander si je ne leur ramène pas la poisse de Beyrouth avec moi quand je viens en week-end dans la région. Les deux seules attaques de la région ont eu lieu pendant les deux week-ends où j'y étais (le week-end d'avant, c'était le port) !
Concernant le retour, ça s'annonce compliqué. Il y a un peu 20.000 Français à faire évacuer. Donc y'a comme du monde au portillon. Faut être patient. Dès que j'ai du nouveau, je vous le dirais. En attendant, je vous laisse parce que j'ai un peu de travail...

20 juillet 2006

Ça sent la fin...

Les 24 heures entre mardi soir et mercredi soir ont été particulièrement agitées. D’abord, elles furent les plus meurtrières depuis le début du conflit. Plus de 60 morts. Ensuite, les nuits sont continuellement ponctuées de réveils brutaux. Les évacuations se prolongent, s’accélèrent et prennent de l’ampleur. Enfin, l’atomisation d’un camion hier à Achrafieh, le quartier chrétien où j’habite et travaille, m’a fait douté sur mon analyse. Et si je m’étais trompé sur ma sécurité ? La situation aujourd’hui et l’étude de ce qui s’est passé hier m’ont prouvé que non, je ne m’étais pas trompé. C’était juste un message très clair des Israéliens : « on ne craint pas de frapper les quartiers qui ne sont pas sous contrôle du Hezbollah mais on fera tout pour épargner les civils ».
Je suis passé à l’Ambassade hier pour me renseigner sur les évacuations. Pas beaucoup plus d’infos que celles que j’avais déjà. Par contre, même si je ne craignais rien jusqu’à la fin, les évacuations ne dureront pas jusqu’à fin septembre si, comme j’en ai l’impression, le conflit s’étalait dans le temps. Et le retour par avion n’est pas du tout garanti. Je vais laisser passer cette première vague de départ volontaire. On y verra plus clair après. Mon pote Serj devant faire une année d'études en France va probablement aussi prendre le même chemin que moi. On le prendra peut-être le même jour !
Pour résumer, je me suis fait à l'idée que mon séjour ici sera certainement plus court que prévu. Ça fait mal au coeur pour tout un tas de raisons (et pas uniquement personnelles) mais c'est comme ça. Pour finir ce mini-message, encore merci à tous qui m’avez envoyé des messages sur mon mail ou mis des commentaires sur ce blog. Votre attention à mon égard me touche beaucoup.

19 juillet 2006

Génial ce stage !

Coucou tout le monde ! Vous êtes toujours là ? Moi aussi !!
Si hier je n’ai rien mis sur le blog, c’est parce que j’ai un boulot. Et oui, il est temps que je vous parle un peu de ce nouveau stage. N’oublions pas que c’est la raison pour laquelle je reste. Si la situation dans laquelle le Liban se trouve avait eu lieu fin juin, je pense que j’aurai fait partie des rapatriés. Mais avec mon nouveau logement et mon nouveau job, j’ai mérité d’en profiter un peu. En même temps, en voyant les évacuations se mettre en place et le conflit s’installer dans la durée, je commence à craindre une évacuation obligatoire. Je vais me renseigner de toute façon pour après cette semaine, une fois que les départs volontaires seront finis, pour savoir ce qu’ils font avec ceux qui pour le moment ont l’intention de rester.
Mais bon, pour l’instant donc, je travaille dans un cabinet d’avocats. Ils font partie d’une association appelée tout simplement Association de Défense des Droits de l’Homme et des Libertés. J’avais rencontré l’un d’eux la semaine passée. Avant le rendez-vous, je m’étais renseigné dans le milieu parce que j’étais intrigué par le fait qu’il me reçoive au Parlement. Effectivement, l’avocat en question est un député assez en vue, ayant en particulier un rôle très important en vue d’abolir la peine de mort au Liban. J’avais donc sans le vouloir ferrer un gros poisson. Le rendez-vous s’était très bien passé ; on avait fini avec deux de ses collègues avocats parlementaires dans son bureau à discuter politique. Je commençai trois jours plus tard, histoire de profiter d’un week-end prolongé à la française.
Ghassan Moukheiber, l’avocat en question qui est maintenant mon maître de stage, m’a proposé trois missions. Rien que dans son discours, j’ai très vite senti qu’il cherchait avant tout l’intérêt commun : que ce stage m’apporte et que lui aussi puisse être déchargé de certaines choses. Pile ce que je voulais. Les trois missions : recherche de jurisprudence européenne sur la liberté d’association, aide dans la rédaction d’un rapport sur les prisons et la troisième… j’ai oublié. Pour l’instant, comme il n’est pas à son étude mais plus au Parlement ou ailleurs, j’ai commencé avec la première mission. On verra après.
Sinon, les conditions sont bien différentes de Caritas. C’est à 10 minutes à pied de chez moi. J’ai pour le moment un bureau pour moi tout seul, avec la climatisation et Internet directement sur mon portable. Les autres avocats sont super sympa. Hier, j’ai discuté plus d’une heure avec l’un d’eux, Marwan. On a abordé beaucoup de sujets, bien sûr plus ou moins liés à la situation actuelle. Il faudra de toute évidence que je continue. L’échange est super intéressant et enrichissant. On n’est pas forcément d’accord sur tout mais j’en apprends beaucoup et ça me permet de confronter mon analyse avec quelqu’un d’autre, de toute évidence ouvert, instruit et cultivé. Il va falloir qu’on remette ça. Sinon, je ne travaille que le matin ; l’étude fermant l’après-midi pour cause de situation exceptionnelle. Du coup, je pompe un max sur Internet pour pouvoir bosser chez moi l’après-midi. Malin !
Pour ce qui est de mon séjour ici, l’IDHL est au courant de mon changement de stage. Mon directeur d’études se fait du souci par contre pour la situation. J’ai essayé de le rassurer. On est en très bons termes. Ça pourra toujours être utile pour la suite. Comme il est originaire des Balkans et que le directeur de l’IDHL est Franco-Libanais, ça me fait deux alliés de poids avec qui on peut parler de sujets en commun, grâce à mes deux expériences au Kosovo et au Liban. Qui a dit « Profiteur ! » ? Non, non, ça s’appelle de l’activation de réseaux ! Et d’expérience, je sais que c’est très important.
Tout ça pour dire que je suis comme un poisson dans l’eau et que j’aimerai prolonger ça le plus longtemps possible, en priant aussi pour que le Liban ne soit pas réduit en cendres. Malheureusement, c’est le chemin qu’on prend. Encore une fois, c’est le peuple libanais qui va trinquer. Hier, je n’arrivais pas à me défaire d’un certain sentiment de frustration. Je n’arrive pas à voir l’issue de ce conflit. De toute évidence, c’est parti pour quelque temps mais personne ne sait où, quand ni comment tout ça va s’arrêter. Des deux côtés, on joue gros. Le gouvernement israélien sera jugé pour sa gestion de la crise et l’opinion publique en Israël est suffisamment puissante pour mettre la pression sur un gouvernement, les exemples dans l’histoire sont nombreux. De l’autre, le Hezbollah ne va certainement pas s’arrêter en chemin. Il cherche autant à gagner en influence politique qu’à récupérer le dernier territoire revendiqué par le Liban : la région des Fermes de Chebaa, territoire libanais, sous contrôle israélien, revendiqué par la Syrie. Compliqué, hein ?!
Même si on peut comprendre les origines du conflit, en regardant l’histoire et en analysant les politiques des uns ou des autres, c’est beaucoup difficile de prévoir la suite, les implications de puissances extérieures, régionales ou internationales. Et comme les deux camps agissent en fonction des réactions de son adversaire, on ne sait pas où tout ça va nous mener.
Toujours est-il, j’arrive bien souvent au même problème : la faiblesse de l’État libanais. Tiraillé de l’intérieur et manipulé de l’extérieur, il manque de personnalité et n’est donc pas totalement souverain. La crise actuelle illustre malheureusement à merveille l'image d'un État faible incapable de faire face à la situation, qui n'a quasiment pas son mot à dire, presque absent. Tant qu'il n'y aura pas d'État indépendant fort, il y aura toujours des combines, des trafics, de la corruption, des conflits d’intérêt, j’en passe, qui empêcheront le Liban de se développer.
Tout ça n’est que ma petite analyse, elle vaut ce qu’elle vaut et elle n’engage que moi. En tout cas, jour après jour, j’apprends plus encore à connaître la région, ses mentalités, ses cultures multiséculaires, ses richesses, ses différences et ses conflits. Et ça, ça vaut tout l’or du monde !
Deux petits messages personnels pour terminer. Pour ceux qui le connaissent, Hani (un camarade de promo de l’IDHL) et toute sa famille vont bien. J’ai encore eu sa femme au téléphone récemment. Sinon, Aude et Sylvain, je suis désolé pour la situation. Ça ne doit pas être évident pour vous d’être loin, de voir à la télévision les dégâts de ce conflit. Je pense bien à vous.

17 juillet 2006

Beyrouth, ville fantôme

Dimanche soir. Je rentre de 24 heures passées chez Serj à Tabarja. Hier soir, on a vu de ses fenêtres le port de Jounieh être touché par les projectiles israéliens. Dans la baie de Jounieh, comme un peu partout sur la côte, l’écho renvoyé par les montagnes rend encore plus impressionnantes les explosions.
En fin d’après-midi, je rentre à Beyrouth en bus. Serj m’a laissé sur l’autoroute en évitant soigneusement un pont qui pourrait ne plus être debout pour longtemps. Je ne fais pas le difficile quand le chauffeur me dit qu’il ne me conduira pas jusque là où j’ai l’habitude de descendre, près de chez moi. Je remonte donc depuis le centre ville. On est dimanche, il est 17h. Les rues sont désertes. L’absence de piétons n’est pas ce qui m’impressionne le plus, quand on sait que tout libanais qui se respecte prend sa voiture pour tout déplacement qui excède 50 mètres. Mais ce soir, pas une voiture dehors. Pas de klaxon. Pas de chauffards. Beaucoup moins de taxis. Les magasins sont tous fermés. On est dimanche mais beaucoup sont ouverts habituellement. C’est un silence assourdissant qui règne sur la ville. Être un piéton serait enfin devenu agréable si l’atmosphère n’était pas si tendue.
Seulement quelques fortes explosions rapprochées en début de soirée et des explosions plus lointaines après. Je suis presque surpris que ce soit si calme à Beyrouth. Les télévisions n’ont cessé de répéter toute la journée que Beyrouth comme le reste du pays avait subit les pires 24 heures depuis le début du conflit. Beaucoup ont fui, principalement des touristes (occidentaux ou des pays du Golfe). La plupart cherche à gagner la Syrie. C’est d’ailleurs là-bas que ma future collègue stagiaire (une Américaine avec qui je devais travailler à partir de ce lundi) a trouvé refuge. C’est en tombant sur CNN samedi soir que j’ai eu la surprise de l’entendre, interviewée depuis Damas ! Les Libanais eux s’orientent plus vers les montagnes, régions chrétiennes et druzes réputées pour ne pas être la cible d’Israël. A Beyrouth, ils restent terrés chez eux. Ce lundi matin, l’activité a un peu repris. Ça fait moins glauque.
La colère monte. Même s’ils ne sont pas tous partisans du Hezbollah et qu’ils tiennent le Hezbollah pour responsable de la crise, les Libanais sont opposés à l’ampleur de la réaction d’Israël qui affecte le pays dans son ensemble. Pourquoi, par la faute d’un groupe radical, Israël doit-il réduire en cendres le territoire du Liban ? Effectivement, quand on voit les dégâts engendrés, on peut se demander si l’assaut n’est pas disproportionné. D’autant que chacun sait que c’est là-dessus que les radicaux recruteront plus tard. Les victimes civiles et la propagande feront le reste. Tout le monde s’inquiète. Il y a à peine un an et demi, le Liban avait réussi à se débarrasser de la présence syrienne, au prix de la mort de son ancien Premier ministre Rafic Hariri. L’espoir renaissait même si la situation économique notamment n’était pas brillante. Aujourd'hui les espoirs se sont estompés.
Certes, si Biarritz était régulièrement la cible de roquettes tirées depuis le Pays basque espagnol, il est probable que la France ne mette pas dix ans à intervenir militairement dans la région sans que personne ne trouve rien à redire. Mais on peut aussi se demander si l’opération israélienne va porter un coup décisif au Hezbollah, un ennemi avec très peu d’infrastructures à démolir et absolument démuni d’avions à abattre, de navires à couler ou de chars à détruire.
J’ai entendu ce week-end qu’environ 17.000 Français étaient sur le territoire libanais et que le gouvernement français commençait à envisager l’évacuation de ceux qui le voulaient. Aude, ma collègue de Caritas avec qui j’étais parti en Syrie, va faire partie de ces premiers à rentrer en France en ce début de semaine. Il va y avoir au début une rotation journalière entre Beyrouth et Chypre. On annonce l’arrivée de bâtiments militaires. J’ai eu là aussi la surprise d’apprendre que le bateau sur lequel Vincent, mon grand frère, est affecté est sur le départ à Toulon. Je ne sais pas encore s’il fait partie du voyage. Ça aurait quelque chose de cocasse de se retrouver dans de pareilles circonstances. Mais pour le moment, je n’ai pas l’intention de déserter. Je ne suis pas en danger pour l’instant. Dès que je sentirai que ce sera le cas, je ferai mes valises. J’y serai peut-être contraint avant par un ordre d’évacuation de l’Ambassade. Pour le moment, c’est "wait and see". J’entame mon stage et j’espère vite vous mettre un message qui ne parle pas trop de la guerre mais plutôt de ce que je fais.
Le mot de la fin pour vous tous qui m’avez laissé de petits messages sur ma boîte mail ou dans les commentaires. Ça fait toujours plaisir. Un grand merci en attendant que je puisse vous répondre individuellement.

15 juillet 2006

Drôle de 14 Juillet

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut vivre des expériences comme celle que je suis en train de vivre. La situation est exceptionnelle et complexe. Mais elle reflète tellement la réalité de la région que c’est pour moi un moment fort de mon séjour ici.
Vous avez sans doute vu le déroulement des événements de ces derniers jours aux informations, sur Internet ou dans les journaux. Je ne vais donc pas m’appesantir dessus. Juste un petit récapitulatif.
Le Hezbollah est une milice chiite radicale dont l’objectif est la lutte contre Israël. Malgré le retrait de l’armée israélienne en 2000, le Hezbollah continue à envoyer régulièrement des roquettes Katioucha du côté Sud de la frontière. Mercredi matin, deux soldats israéliens ont été enlevés. Le Hezbollah souhaite s’en servir comme monnaie d’échange contre des prisonniers de la Résistance islamique en Israël.
Comme à Gaza trois semaines plus tôt, la réponse ne s’est pas faite attendre. Depuis trois jours, Israël a mis en place un blocus complet sur le Liban, le but étant de faire pression sur le gouvernement libanais afin qu’il prenne ses responsabilités vis-à-vis du Hezbollah. Blocus maritime : la flotte israélienne bloque les quatre ports principaux du Liban (Beyrouth, Tripoli, Saïda et Tyr) et interdit à tout bateau d’y rentrer. Blocus aérien : trois aéroports dont l’aéroport international de Beyrouth ont été bombardés. Fortement endommagés, ils ont été fermés. Enfin blocus terrestre : des ponts sur le territoire ont été coupés et des routes bombardées. Il est désormais impossible de fuir par la fameuse route de Damas, si souvent empruntée du temps où la Syrie était politiquement maître au Liban. En plus de ces voies de communication, des dépôts de carburants et une centrale électrique ont été touchés jeudi. On n’a plus de courant à Beyrouth depuis vendredi à l’aube. Les groupes électrogènes ont donc pris le relais, pour ceux qui ont la chance d’en être équipé.
Malgré la violence des bombardements, ce n’est que la première étape. Israël n’a pas pour habitude d’arrêter en si bon chemin. D’abord et avant tout, elle voudra récupérer ses deux soldats. Et puis, cet enlèvement est une excuse en or pour l’État hébreu d’en finir une bonne fois pour toute avec le Hezbollah. Donc dans un premier temps, Tsahal, l’armée israélienne, cherche à limiter au maximum les déplacements d’armes et de combattants. Ensuite, elle cherchera à toucher l’organisation chiite au cœur. C’est pour cela qu’elle bombarde essentiellement le Sud du Liban, zone de non-droit entièrement contrôlée par le Hezbollah, et le Sud de Beyrouth, son bastion qui abrite son QG et sa chaîne de télévision.
Voilà pour les faits. Maintenant, comment les gens vivent la chose. J’ai bien remarqué qu’il y avait beaucoup moins de monde dans les rues, à pied ou en voiture. Ce soir à 19h, les rues étaient désertes même dans notre quartier à majorité chrétienne. Le parking au pied de notre immeuble était inhabituellement vide pendant la journée. Les files aux stations service sont interminables. Tout le monde passe sa journée devant la télévision (quand on a du courant) ; dans les petits magasins elle est souvent allumée mais ce n’est plus la Coupe du Monde qui occupe les esprits.
De mon côté, le fait d’être persuadé de ne rien avoir à craindre me permet de garder tout mon sang froid. J’habite un quartier chrétien qui n’est pas une cible potentielle pour Israël. Mais je vous assure que c’est frissons garantis parce que Beyrouth n’est pas si grand que ça. Les zones touchées distantes de moins de cinq kilomètres de chez moi. Habitant un peu en hauteur, le son nous parvient directement dans les oreilles. Les salves tirées depuis les bateaux de la marine au large de Beyrouth ou les bombes larguées par l’aviation font un bruit phénoménal, presque irréel. C’est en plus fort le bruit du tonnerre mais quand on réalise ce que c’est vraiment, ça fait tout drôle.
De même, de se retrouver éveiller à trois heures du matin par des bombardements fait monter l’adrénaline. Les défenses anti-aériennes sont de petits points rouges qui montent depuis l’horizon dans un ciel noir d’encre. De par chez nous, on ne les voyait à la télé que sur des images infrarouges, du temps de la guerre du Golfe. On entend le passage des avions en attendant la prochaine déflagration. On sursaute au bruit assourdissant des obus tirés par la marine.
Comme je vous disais, je n’ai rien à craindre. Si je me fais du souci, c’est surtout pour le pays. Depuis trois mois, j’ai pu voir à quel point l’économie était mal en point. J’ai peur que les bombardements ne ramènent certaines régions à l’âge de pierre. Et puis, tout le monde ici attend le retour annuel d’un membre de sa famille ou d’un ami. Parmi mes trois ex-collègues stagiaires français de Caritas par exemple, la femme de l’un et les parents de l’autre ne viendront pas. Leur arrivée était prévue pour ce week-end. Et la famille du dernier ne sait pas si elle pourra repartir.
Pour finir, juste dire qu’on ne sait pas trop quand ni comment tout ça va s’arrêter. A mon avis, Israël ne va pas risquer une bataille terrestre. De trop mauvais souvenirs lui reviendraient sans compter les pertes que cela entraînerait et ainsi la perte du soutien de son opinion publique. Et de l’autre côté, je pense que l’État hébreu va aussi chercher à ne pas faire trop de dommages collatéraux, en d’autres mots de victimes civils et de destructions inutiles et gratuites. Il mise sans doute sur un retournement de l’opinion publique libanaise contre le Hezbollah pour accélérer le mouvement et la pression.
Ça restera un drôle de 14 Juillet. C’était mon premier à l’étranger et je me faisais une petite joie de fêter ça à la Résidence des Pins. Bah oui, il paraît que les réceptions de l’Ambassadeur… Mais la réception a été annulée. A charge de revanche.
C’est tout ce que je pouvais vous dire pour le moment. Les choses vont certainement évoluer. Je vous tiendrais au courant. Mais la vie doit continuer. Je commence mon nouveau stage lundi !

13 juillet 2006

Bonne nouvelle et mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle, c'est que c'est OK pour un nouveau stage. Je commence lundi à l'Association de Defense des Droits de l'Homme et des Libertes. C'est une assoc regroupant des avocats. Je crois que j'ai ferré là un gros poisson. L'avocat que j'ai rencontre a midi est un parlementaire. Il a fait un gros travail sur l'abolition de la peine de mort qui est en passe d'etre votee au Parlement. Ils travaillent en ce moment sur la liberte d'association et les prisons. Je l'aiderai dont sur le droit associatif. Qui l'eut cru ? Nico dans les DESC !! (ca, c'est pour mes camarades de l'IDHL, s'ils sont toujours là). Donc je ne vous cache pas que je suis tres content. Je vous expliquerai plus en detail plus tard ma mission. Il est tres tres probable que j'ai une connexion au bureau. Ca aussi c'est cool.
La mauvaise nouvelle, c'est l'escalade des tensions entre Israel et le Hezbollah. Vous avez du en entendre parler aux nouvelles, Israel bombarde le Sud du pays. Il a aussi tire sur l'aeroport qui est ferme maintenant et les pistes endommagees. Le Hezbollah menace le Nord d'Israel si Israel n'arrete pas les bombardements. De meme Israel demande aux autorites libanaises de faire evacuer le Sud de Beyrouth, siege du Hezbollah, sur lequel des risques de bombardements sont a craindre. Par rapport a hier, on sent la population beaucoup plus preoccupee par la situation. Pour le moment, je n'ai absolument rien a craindre. Et je ne dis pas ca que pour vous rassurer. Tout va se jouer dans les jours voire les heures qui suivent. J'essaye de vous tenir au courant. A tres vite.

12 juillet 2006

Un peu de nouveau au Liban

J’ai un rendez-vous demain pour déjeuner avec un des avocats d’une association de défense des droits de l’Homme. Il m’a donné rendez-vous au Parlement. Après avoir pris mes renseignements, j’ai su que c’est un homme assez important. Tant mieux, y’a peut-être moyen de se rendre utile tout en étant entre de bonnes mains. C’est pour le moment la piste la plus avancée. Je vous en dirai plus.
Sinon, j’ai revu mes petits amis de Caritas. Ne bondissez pas. J’ai juste croisé Majida, la collègue de bureau avec laquelle j’avais le plus d’affinités. Et puis avec Aude, Eryc et Yohan, mes trois autres ex-collègues stagiaires, on a convenu de dîner ensemble un de ses quatre pour qu’on se mette à la rédaction d’un petit rapport commun sur la façon dont on a vu notre stage. Le faire en commun donnera plus de poids et de nuances au document. J’espère juste que les responsables prendront non seulement le soin de le lire mais aussi le temps d’y réfléchir.
Sinon, je vois mon pote Joseph tout à l’heure. Content de le revoir. Je vais lui amener quelques photos de France que j’ai sur moi.
Ensuite, vendredi, je vais aller avec Antoine, mon compatriote de colocataire, à une réception à la Résidence des Pins, la résidence de l’Ambassadeur, pour un buffet donné pour la Fête nationale. L’occasion de côtoyer des gens bien différents. Histoire de s’amuser un peu à observer ce milieu d’expatriés.
Enfin, quelques tensions politiques aujourd’hui. Le Hezbollah, milice chiite libanaise luttant contre Israël dans le Sud du pays, a enlevé deux soldats israéliens ce matin. Israël va vraisemblablement riposté même si ce sera moins spectaculaire qu’à Gaza. Les bombardements visent avant tout des sites militaires et restent cantonnés dans le Sud. Pas de crainte à avoir pour le moment. Rien dans la rue ne laisse voir ce regain de tension. La vie suit son cours.
Pour finir, merci à mes petits parents adorés pour leurs commentaires. Ça me fait plaisir que vous soyez toujours là. Et pour vous répondre sur la Syrie, c’était Damas puis Alep, comme dans l’ordre du récit. Les deux villes valent autant le coup l’une que l’autre. Un peu comme Paris et Lyon, sauf qu’une est la capitale et pas l’autre ! …

08 juillet 2006

La Syrie - Damas

Dans le dernier message, je disais que ce séjour m’avait fait beaucoup de bien. Il faut dire qu’il arrivait à point nommé. A la moitié de mon séjour au mon séjour libanais, à la fin de ma période de stage avec Caritas, avant mon déménagement du foyer. C’était un peu comme ma rencontre avec Joseph, un bon moyen de tourner une page et de repartir pour un tour.
Un sac rapidement fait, on voyage léger. Les piles de mon appareil photos rechargées. Le Lonely Planet dans la poche. Et c’est parti. Départ vendredi matin aux aurores. Je n’avais plus l’habitude de me lever si tôt. Je retrouve Aude, une ex-collègue stagiaire de Caritas, à 7h. Finalement les deux Géorgiens ne se joindront pas à nous. Tant pis pour eux. La gare routière de Beyrouth : un endroit assez glauque, sous l’autoroute, sombre et sale. Les taxis se ruent sur nous pour connaître notre destination. On embarque dans l’un d’eux. Pour 10$ on sera trois heures plus tard à Damas. Pour y arriver, il faut d’abord traverser la plaine de la Bekaa. Je remarque que les paysages ont changé. La verdure laisse maintenant la place à des couleurs plus ocres, plus sèches. Le passage de la frontière se fait sans encombres notoires. On remarque déjà les nombreux tableaux du président syrien. Les deux arches qui traversent les deux voies de la route portent chacune un portrait : l’une le père Assad, l’autre le fils.
Damas. La ville est comme adossée à la montagne. Comme si elle cherchait à se pelotonner comme elle, pour mieux faire face à cette immense plaine. Les paysages sont arides et on voit très bien la délimitation de l’espace urbain (cf. photo). Très peu d’arbres à l’extérieur de la ville. On arrive dans la ville par une voie rapide bordée d’immeubles identiques hérités des années 70. Ça ressemble à Skopje. Avec pour seule différence les palmiers sur le terre-plein central.


Première chose à faire, trouver un hôtel sympa et pas cher. Les plans du Lonely Planet sont rarement foireux. On ne sera pas déçu. A deux pas de la vieille ville, l’Al-Rabie propose des lits en dortoir de 4 personnes pour seulement 6$. Mais surtout, ce qui n’a pas de prix c’est l’atmosphère. Une petite cour intérieure abritée sous un toit de plantes rampantes, avec une petite fontaine au milieu et des fauteuils sur les côtés. Super calme, relaxant, le temps s’arrête. Là encore, des souvenirs du Maroc me reviennent. Ce sera le cas plusieurs fois. On sent déjà beaucoup plus la culture arabe qu’au Liban. Et puis, nous ne sommes pas les seuls dans l’hôtel. C’est un refuge de backpackers : des voyageurs sacs au dos, un peu à l’aventure, qui lisent aussi le Lonely Planet et avec qui c’est toujours un plaisir de discuter. Une petite vue de la cour intérieure.


Et maintenant, on est parti pour un tour de la vieille ville. On embarque avec nous Chérif, un Camerounais un peu esseulé qui traîne à Damas depuis un mois pour son business et qui a visiblement très envie de parler et de nous faire partager tous ses voyages en Asie du Sud-Est. On tourne dans le souk, complètement vide puisque c’est vendredi, jour de prière. Un calme olympien règne. Ça fait un bien fou et ça change un peu du tumulte beyrouthin. On a du mal à imaginer ce qui nous attendra le lendemain quand l’activité commerçante aura repris (photo du lendemain).


Petite visite du mausolée de Saladin, le chevaleresque adversaire des Croisés mort en 1193 à Damas. Après la prière, on entre dans la Mosquée des Omeyyades. Elle a été construite en 705 sur un site qui est un lieu de culte depuis plus 3000 ans. Les Araméens y avaient dédié un temple à leur dieu, les Romains l’ont ensuite associé à Jupiter, avant que l’Empereur Constantin n’en fasse une basilique dédiée à Jean-Baptiste dont la tête aurait été retrouvée à Damas et qui repose aujourd'hui encore dans un mausolée à l’intérieur de la mosquée. La mosquée est un vrai havre de paix. Des enfants jouent dans la grande cour intérieure. Des groupes de personnes se reposent à l’ombre des colonnades. C’est un lieu de prière mais aussi un lieu de socialisation.


On discute alors avec Hassan, syrien d’Alep d’origine turque. Il nous fera une petite visite guidée dans un anglais approximatif mais suffisant. A l’intérieur de l’immense salle de prière, des gens discutent, d’autres étudient, certains prient ou se recueillent. La quiétude et la tranquillité qui habitent ces lieux nous poussent à nous asseoir, à apprécier le temps qui passe de manière si douce. On retrouve une véritable paix intérieure et un sentiment de bien-être.


On poursuit notre tour dans ce souk si calme. Puis retour dans notre presque auberge de jeunesse avant de dîner dans un resto hyper sympa. Immense maison en plein dans la vieille ville, on choisit la terrasse sur le toit. Il y a de l’air. L’humidité, la Syrie ne la connaît pas. C’est sans doute ce qui rend la chaleur supportable et pas étouffante. Pendant le dîner, je discute avec Aude de ces femmes toutes de noir vêtues, de la tête aux pieds, avec même parfois un léger voile noir sur les yeux pour parachever de dissimuler toute chair visible. Certes, ce n’est pas notre culture mais n’est-ce pas la négation même de la femme ? Beaucoup de questions.
Samedi. Une grosse journée nous attend, en termes de visite mais aussi parce que le soir, le France – Brésil nous attend. On fait le tour de la citadelle. L’intérieur est inaccessible. On continue par le palais Azem, construit en 1749. Maison à l’orientale dont les nombreuses pièces ont été reconstituées pour nous faire découvrir les us et coutumes de temps aujourd’hui révolus (mariage, réunion politique, bains, armes, vie quotidienne, etc.).


Encore un tour au souk pour le voir cette fois en activité comme sur une photo plus haut. Ce sont en fait de petites ruelles couvertes, spécialisées dans tel ou tel produit : bijoux, épices, tissus, sucreries, quincaillerie, vêtements, chaussures, etc. On poursuit notre tour par la découverte du quartier chrétien. On termine par le musée national. Jolie collection d’objets et de sculptures de l’époque romaine à ottomane en passant par l’art islamique.


Sur le retour, on a du mal à regagner l’hôtel. Le quartier de la citadelle est bloqué. Le Président doit y faire un tour pour inaugurer une expo. En plus de la police, un impressionnant service d’ordre en civil et super jeune. On ne voit pas beaucoup la malice briller au fond de leurs yeux et ils prennent leur rôle très au sérieux, persuadés de servir leur pays. Leurs armes automatiques sont très mal dissimulées sous leur costard des grands jours et on sent dans leur excitation mêlée à un sentiment de supériorité qu’un moindre incident peut vite dégénérer vu le nombre de curieux qui s’agglutinent derrière les barrières. J’observe tous ces acteurs en repensant aux quelques manifestations que des courageux organisent et qui sont facilement réprimées. Et puis, tous ces portraits et ces statues qu’on voit partout en ville. J’ai pris quelques photos en me disant que dans quelques années, on aurait peut-être la chance de voir à la télévision des images de déboulonnage comme on en vit en ex-URSS, en Irak ou ailleurs.
Le soir, c’est le match. Je retrouve Chérif pour l’occasion. Malgré les commentaires de la télévision, il en ajoute d’autres et impossible de le faire taire. Un couple de Marseillais quinquagénaires est là. J’essaye de mettre mes préjugés dans ma poche parce que c’est un match de l’équipe nationale. Mais la blondasse n’a pas l’air très futée. Elle ne comprend rien aux règles du jeu ; je ne lui en veux pas et puis ce n’est pas moi qui m’épuise à lui expliquer. Mais malgré les éclaircissements de son patient et méritoire mari sur la façon dont écrivent les arabes, elle ne saisit toujours pas pourquoi le bandeau en bas de la télé défile de gauche à droite. Laisse béton. Tais-toi et regarde ! Le résultat et la manière sont au rendez-vous pour cette victoire de la France contre le pays que 90% des Libanais supportent. Il va y avoir des inondations ce soir au Liban. Des poubelles spéciales vont même peut-être servir à recueillir tous les drapeaux brésiliens qui ont poussé comme de la mauvaise herbe depuis plus d’un mois.

La Syrie - Alep

Courte nuit pour un départ aux aurores pour Alep. Le coût du trajet de 2$ est à l’image de la vie ici : vraiment pas cher. Et c’est parti pour 350 km. Alors que le Liban est relativement petit (la taille de la région parisienne), les distances sont rarement excessives et pourtant on a l’impression de longs trajets à cause du relief. En Syrie, c’est complètement différent. Le long trajet n’est en fait qu’une autoroute assez rectiligne et cinq heures seulement sont nécessaires pour l’effectuer. On traverse la Syrie du Sud au Nord, en croisant d’abord des paysages de moyenne montagne à l’Ouest et d’une immense pleine désertique vers l’Est. Plus on remonte plus c’est plat et toujours aussi aride et sec.


Alep. A quelques encablures de la Turquie. Ville de 3,5 millions d’habitants, le double de Damas (1,7 millions) mais deuxième ville du pays derrière la capitale. Les deux cités se disputent le titre de la plus vieille ville continuellement habitée du monde, plus de 8000 ans.
Là encore, petite auberge de jeunesse dans le centre ville, proche du souk, de la citadelle et des sites à voir. On croise un Suisse et un Coréen. Ne manquait plus qu’un Togolais et le groupe de la France à la Coupe du Monde était au grand complet. On nous félicite pour l’exploit de la veille. Il y a aussi un Américain et son pote Allemand qui a passé un an à étudier la théologie à Beyrouth. Deux Anglaises nous accompagneront le lendemain pour une excursion.
On visite la citadelle, sur un pic rocheux énigmatique au milieu de cette plaine mais parfaitement naturel. Érigée au IVe siècle par les Séleucides, elle a été une base pour les Musulmans pendant les croisades puis investie par les Mamlouks. Le point de vue sur la ville est superbe et l’intérieur entretenu laisse imaginer l’état dans laquelle elle était à l’époque. Deux mosquées et un ancien palais ayyoubide (de la dynastie de Saladin). C’est superbe, du genre à être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.


On passe un moment très agréable encore dans la Grande Mosquée, comme à Damas. Même topo. Un tour dans le souk, encore plus authentique qu’à Damas car on sent vraiment que c’est là que les gens vont faire leurs courses quotidiennes. Ça prend quelques lignes pour vous décrire notre tour mais on a mis plus de sept heures à tout faire.


Le lendemain matin, excursion dans les cités mortes, ces villes autrefois occupées sous l’empire romain. Ce sont des vestiges mais leur état de conservation me stupéfait. Étonnement elles sont restées inhabitées depuis. Pourtant quelques unes sont situés sur des collines stratégiquement intéressantes car surplombant cette plaine au carrefour de la Méditerranée, de l’Asie mineure, du Proche-Orient, de la Mésopotamie et de la Perse.

Dans l’après-midi, on regagnera Beyrouth, des images plein la tête et un arrière goût d’inachevé. Quatre jours, c’est un peu court pour faire toute la Syrie. On n’aura pas vu Palmyre, Latakieh, ou encore le Krak des Chevaliers, super château fort remarquablement conservé depuis sa construction autour de l’an mille et dont la forme actuelle est héritée du temps des Croisés. Mais pour tout faire, il faut du temps et un peu plus d’argent. En tout cas, beaucoup de mes préjugés sont tombés. Je reconnais avoir eu une image négative de la Syrie, du fait principalement de son régime politique. Hafez el-Assad a dirigé le pays d’une main de fer pendant 30 ans. Avant de mourir en 2000, il avait rappelé son fils cadet alors ophtalmo à Londres pour lui succéder. Le régime n’est toujours pas démocratique même si l’espoir était permis au moment de la transition. Malgré cela, le pays est magnifique. Il a une histoire multiséculaire très riche, des sites qui témoignent de sa grandeur passée. Et le Syrien, généralement moustachu ou voilée selon le sexe, est très accueillant ; un sourire s’affiche vite dès qu’on les salue sur un visage généralement peu avenant en apparence.
Voilà donc ce compte-rendu, un peu long, mais je vous assure que j’aurai voulu faire plus. J’ai juste eu peur que le serveur n’explose. A bientôt pour de nouvelles aventures. Du coup, je songe peut-être à la Jordanie pour le mois de septembre. A voir. Deux mots enfin sur ma petite vie : colocation géniale et recherche de stage en bonne voie mais moins rapide que prévue. Je vous en dirais davantage plus tard. Ciao.

04 juillet 2006

C'est reparti pour un tour

De retour de Syrie hier soir. C'etait un super week-end prolonge comme vous revez d'en vivre. De se retrouver dans la peau d'un backpacker pour quelques jours, c'est plus que sympa. Ca m'a fait penser aux differents voyages que j'ai pu faire. Et puis, c'est vraiment beau la Syrie mais tellement grand qu'on ne peut qu'avoir un apercu en qq jours. Il va falloir miantenant que je debrieffe un peu et surtout que je selectionne parmi les pres de 300 photos lesquelles je vais mettre sur ce blog. Dans quelques jours, vous aurez donc un compte-rendu complet.
Juste pour les plus impatients, j'ai evidemment tout fait pour regarder le match de foot de samedi soir. Par la suite, tout le monde nous felicitait quand on leur disait qu'on etait francais. C'est bien different de la situation en juin, au debut du mondial. Et puis, quel match et quelle claque pour pour les Bresiliens tous leurs supporters libanais arrogants qui nous voyait sortir au premier tour et eux sacres champions du monde sans avoir besoin de forcer leur talent ;-) . Pour ce qui est de mon stage, je me suis remis a mes recherches des ce matin. J'ai une piste avec Amnesty International au Liban. Bon feeling au telephone. J'ai envoye un mail avec CV et motivations. J'attends la reponse. Enfin, je demenage ce soir. Tout ca pour dire que c'est reparti pour un tour. Pourvu que ca dure !
Pour terminer, un grand merci pour tous vos commentaires, ils me sont tres precieux.

29 juin 2006

Dix ans après

Ça faisait plus de dix ans qu’on se connaissait sans s’être jamais vu, qu’on communiquait sans s’être jamais parlé, qu’on avait sympathisé sans savoir si nos chemins se croiseraient un jour. Et bien oui. J’ai donc enfin rencontré Joseph hier soir, un de mes plus vieux amis encore en activité. Je vous dis tout suite, ça fait une drôle d’impression. Ça m’a fait pensé à ces récits de personnes séparées depuis trop d’années par les bizarreries du destin et que la fortune réunit finalement.
Un peu tendu et excité à la fois, je suis allé au point de rendez-vous qu’on avait fixé. On n’avait pas prévu comment on ferait pour se reconnaître, comme si cette précaution était inutile. On s’était envoyé des photos au début de notre correspondance pour voir un peu à quoi on ressemblait, à quoi ressemblaient ses parents, les miens et mes frères. Malgré ces photos anciennes, je ne pense pas que je l’aurai reconnu. Lui m’a dit que je n’avais pas changé. Pourtant, une fois chez lui, quand il a ressorti lesdites photos, je n’étais pas tout à fait de son avis !
On est immédiatement allé chez ses parents qui, eux aussi, m’attendaient avec impatience. Eux aussi, je les avais vus sur les photos. Mais de les voir en vrai, chez eux, ça m’a fait tout drôle. Sa Maman avait évidemment cuisiné. Petites spécialités libanaises mais aussi arméniennes puisqu’elle est d’origine arménienne. Du coup, j’ai eu le plaisir de goûter un plat qui faisait étrangement penser au burek ou à la pita, pour ceux qui connaissent les Balkans et/ou la Turquie : sorte de mille-feuilles avec garniture fromage et verdure. Un vrai délice. Elle m’a dit que c’était exactement ça. Même le nom est presque identique : sou-beurek. Quelles coïncidences que ces liens culinaires entre le Liban et les Balkans. Après les Biskrems, le burek.
On s’est raconté nos vies. Sa Maman était ravie de pouvoir ainsi pratiquer le français. Plein de questions sur nous, sur nos familles, sur le Liban et la guerre, sur la France et Paris. Des anecdotes, des rappels de détails de nos lettres, des mises au point par rapport à nos vies actuelles et l’incontournable petite séance photos (je sens que certains m’en auraient voulu sinon ! Surtout à la maison).


Après cette longue discussion et ce repas copieux, on est sorti retrouver un de ses très bons amis. Ils se connaissent depuis l’école et il avait lui aussi un correspondant. C’était une fille par contre. J’attends de voir la photo pour savoir si je la connaissais ; le prénom ne m’a pas permis de l’identifier à 100%. Par contre leur correspondance a complètement périclité après un an. Du coup, il tenait absolument à voir à quoi ressemblait celui qui avait tenu plus de dix avec son meilleur ami. Ce fut un moment très sympa. Puis ils m’ont ramené chez moi. Comme je pars ce week-end en Syrie, il m’a demandé de le rappeler en rentrant.
On se reverra ; c’est certain. Ne serait-ce pour qu’il me présente sa copine, passionnée de musique comme lui. Quand je lui ai demandé pourquoi elle n’était pas là ce soir, il m’a répondu qu’elle avait préféré nous laisser tous les deux pour cette première. Quelle délicatesse !

Tout ça clôturait une journée bien remplie puisque j’ai fini par claquer la porte de Caritas hier. Des révélations de dernières minutes et le comportement plus que désagréable de ma "responsable" (elle ne s’enquiert de moi que pour connaître la raison de mes retards ou de mes absences, aucun suivi de mon action, etc.) m’ont poussé à plier bagage. Je n’aurais pas tenu encore trois mois de toute façon, même avec un retour plus tôt. Le départ s’est fait de manière peu orthodoxe, mais tellement à l’image de mon stage. Je n’ai même pas vu ma responsable, pour lui parler en face à face. Au téléphone, elle m’a dit qu’elle avait des dossiers urgents hors de son bureau mais qu’elle passerait me voir avant 17h pour qu’on discute, une n-ième fois. Elle n’a jamais fait son apparition.
Une page se tourne et je n’en suis pas mécontent : la fin de Caritas et du foyer. Ce petit week-end en Syrie (même si je rate le France – Brésil de samedi soir) va me permettre de changer un peu d’air. En rentrant, après avoir déménagé, je commencerai à contacter les personnes dont j’ai les coordonnées, dans différents organismes. J’espère trouver rapidement et surtout un stage plus à la hauteur de mes attentes. Inch’ Allah ! Moi qui commençais à chercher un boulot pour après, je me retrouve obligé de retrouver un stage avant.
Voilà. Demain, ça fera trois mois que je suis parti. Une fois n’est pas coutume, vous n’aurez pas l’habituel petit compte-rendu/bilan mensuel… sauf si le week-end à Damas est encore annulé !
PS pour les IDHLiens, remise à jour de vos fiches ONU. Le Montenegro a intégré le Club de Kofi Annan depuis sa sécession d'avec la Serbie ; il est placé à côté de la Mongolie. Ca fait donc 192 Etats membres maintenant. C'est important pour les rattrapages ?

25 juin 2006

Les migrations internationales

A défaut d’un week-end en Syrie (finalement reporté), j’ai pu aller à la super soirée d’anniversaire de Rita. Retour à 6h30 ce matin. Hier j'ai continué à lire et à me documenter. Du coup, quelques précisions par rapport au premier message sur les migrants dans le monde. Pour ce faire, je me suis permis de pomper dans le rapport de Kofi Annan sorti le 18 mai dernier. Pour les plus intéressés, la référence du document : A/60/871, selon la nomenclature de l’ONU. Et pour les plus impliqués dans la problématique, vous pourrez toujours puiser dans la volumineuse bibliographie longue de 8 pages à la fin du rapport. Je doute que Kofi Annan ait lu tous ces bouquins, mais bon, s’il prend le soin de nous les indiquer, c’est que ça doit valoir le coup. Alors merci Kofi.
Le message va être un peu long. Zappez si vous cherchez les derniers ragots de ma vie ici ou si vous n’avez pas envie de vous cultiver. Je ne vous en voudrais pas. Par contre si ça vous dit, voici les cinq grandes parties à dégager : quelques faits et chiffres ; un peu d’histoire ; un point sur les fonds envoyés par les migrants ; la distinction entre pays d’accueil et pays d’origine ; le problème de l’exploitation et de la traite des êtres humains.

D’abord quelques faits et chiffres.
- En 2005, on dénombrait 191 millions de migrants internationaux, dont 115 millions vivant dans des pays développés et 75 millions dans des pays en développement.
- Les trois quarts de l’ensemble des migrants recensés dans le monde en 2005 se répartissaient entre 28 pays seulement, les États-Unis en abritant un sur cinq.
- Les migrants représentent 20 % au moins de la population de 41 pays, dont 31 ont un nombre d’habitants inférieur à 1 million.
- On observe une répartition égale entre les migrations « Sud-Sud », « Sud-Nord » et « Nord-Nord » (un tiers des migrations internationales chacune).
- Les femmes migrantes représentent près de la moitié de l’ensemble des migrants du monde et, dans les pays développés, elles sont plus nombreuses que les migrants.
- Les États souverains ont le droit de décider qui ils autorisent à entrer sur leur territoire à condition de respecter les obligations conventionnelles internationales qu’ils ont acceptées.

Les fonds que les migrants rapatrient dans les pays en développement (au moins 167 milliards de dollars en 2005) sont maintenant de très loin supérieurs à toutes les formes d’aide internationale conjuguées.
D’après la Banque mondiale, les envois de fonds, au niveau mondial cette fois, atteignent environ 232 milliards de dollars en 2005.
Par exemple, la France se place au 4e rang mondial des nations recevant le plus de fonds, derrière l’Inde, la Chine et le Mexique. Les migrants français à travers le monde ont envoyés 12,7 milliards de dollars en 2004.
Côté libanais, on constate que 12,4 % du PIB du Liban provient de l’envoi de fonds des migrants vers leur pays d’origine. Ils sont 13e au classement.

Il n’est plus si facile de distinguer « pays d’origine » et « pays de destination », un grand nombre de pays étant désormais l’un et l’autre à des degrés divers.
Des pays comme l’Irlande, l’Italie et l’Espagne qui, il n’y a pas longtemps, envoyaient des millions de leurs citoyens à l’étranger, sont à présent des pays de destination et accueillent des milliers de nouveaux venus chaque année. La Malaisie, la République de Corée et la Thaïlande connaissent une évolution similaire.

Les migrants des deux sexes sont très nombreux à être de plus en plus exposés à l’exploitation et aux mauvais traitements que leur font subir les passeurs et les trafiquants, et ils y laissent quelquefois leur vie. D’autres se trouvent pris au piège derrière un mur de discrimination, de xénophobie et de racisme du fait de la montée des tensions culturelles et religieuses dans certaines sociétés.
La traite des êtres humains est l’un des problèmes les plus urgents liés au déplacement de personnes. Les éléments dont on dispose ne permettent pas de se livrer à une estimation fiable du nombre de personnes touchées, mais ils montrent que la portée géographique du phénomène s’est étendue et que la majorité des victimes sont des femmes et des enfants.

Enfin, un peu d’histoire pour terminer. L’ère des migrations, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, a vu une augmentation sans précédent du nombre de migrants, donnant lieu à deux mouvements parallèles de la main-d’oeuvre. Comparées à l’effectif de population des pays d’accueil, les migrations transatlantiques entre 1870 et 1914 ont atteint des niveaux qui n’ont jamais été dépassés depuis.
La Première Guerre mondiale et, en particulier, la grande dépression des années 30, ont entraîné la fermeture des frontières et une chute brutale des flux migratoires. Le niveau des migrations est demeuré faible après la Deuxième Guerre mondiale. Depuis lors, la reconfiguration de l’économie mondiale a donné lieu à une reprise des migrations et marqué l’avènement d’une deuxième ère des migrations vers la fin du XXe siècle.

Voilà, c’est terminé. Pas la peine de laisser des commentaires du genre « C’était super intéressant, j’ai presque tout lu ». Si vous n’avez pas tout lu, c’est pas grave. Il en faut plus pour me vexer. C’était juste pour ceux qui ça intéresse. Il y en a pour tous les goûts et c’est ce que j’essaye de respecter en variant la teneur des messages sur ce blog.
Allez, bonne fin de week-end ;-)

23 juin 2006

Johnny est parti et demain, la Syrie

Ca y est. Johnny, mon charmant co-piaule au foyer, a deserte les lieux. Et meme s'il a tout vide, il est parti sans faire le menage. Et c'est une vraie porcherie. Mais bon, ici, pas de caution. Donc je risque rien a mon depart. En tout cas, les au-revoirs n'ont pas ete tres emouvants. Et pour cause, il n'y en a pas eu. Je ne l'ai pas vu ce matin ; il avait exam. Et ce soir, quand je suis rentre de ma longue journee de travail, il etait deja parti. Donc pas de photo souvenir ni echange de numeros de tel. Mais c'est pas bien grave.
Sinon, l'autre nouvelle du jour, c'est que je vais probablement passer quelques jours en Syrie. Ca s'est organise au pied leve et c'est meme pas encore completement confirme. Si vous voyez que le blog est en stand-by, c'est que je serai parti. On serait 4 : deux filles, deux garcons ; deux Francais, deux Georgiens. J'en profiterai pour me faire un we prolonge. Au programme Damas, la capitale. Et j'aimerai bien faire un detour par Alep, completement au Nord. Tout ca reste a voir bien sur. Depart demain matin aux aurores, confirmation ce soir au coup d'envoi du match de la France.
Si tout va bien, la semaine prochaine, je reviens avec un visa renouvele pour le Liban (eh oui, deja trois mois) et des photos plein les poches. Allez, bon we a tous. Bizzz ;-)

22 juin 2006

Fête de la Musique

Salut tout le monde. Hier evidemment, une autre fete. Celle de la musique. Importation francaise si je ne m'abuse (Merci Jack !). En tout cas, bien differente par son ampleur a la journee des refugies. Des petits concerts dans differents quartiers de Beyrouth. Pas beaucoup de petits groupes comme dans toutes les villes francaises qui chantent ou jouent de la musique experimentale jusqu'a pas d'heure sous vos fenetres. Ici, les festivites sont plus concentrees. Et c'est pas plus mal, on n'a pas besoin de faire des kms a pied. Concerts de musique traditionnelle, de rap, de varietes, il y en avait pour tous les gouts. Avec des amis, francais, georgiens et libanais, on a fait notre petit tour. On a fini dans un bar pour un karaoke. A la cle, on a gagne des shots d'un alcool de pomme delicieux. Comme ils ne boivent pas tous, j'ai du faire boire un peu plus pour ne pas gacher, comme dirait l'autre.
Aujourd'hui, dans une ecole avec Caritas. C'etait leur jour des refugies a eux. Ils avaient, pour l'occasion, rassemblees un peu toutes les personnes beneficiant de leurs aides. Surtout des femmes et des enfants. Surtout des Soudanais et des Irakiens. Discours rasoirs de rigueur avant de laisser la scene aux enfants pour des chants et danse et a un groupe de femmes irakiennes pour le dabke, celebre danse folklorique. Tout ca, plus ou moins en costume traditionnel. A la fin, petite degustation de saveurs locales soudanaises et vente d'objets confectionnes par les Irakiens. Belle journee.
Enfin, ce soir, j'ai enfin reussi a contacter Joseph, un Libanais. Pour ceux qui ne le connaissent pas, et vous etes nombreux, c'est un ami que je "connais" depuis le lycee. Nos lycees etaient jumeles et on entretenait, pour ceux qui le voulaient, une correspondance epistolaire avec nos homologues libanais. C'est ce qu'on faisait tous les deux. On a eu des periodes ou on s'etait un peu perdus de vue. Je l'avais miraculeusement retrouve via Internet il y a trois ans. Et cette annee, c'etait l'occasion d'enfin le voir puisque je suis au Liban. Ca me fait tout drole. Pour le moment donc, je n'ai entendu que sa voix. On se verra probablement la semaine prochaine. J'ai hate.
Voila pour ce soir. Biz a tous. A demain.

20 juin 2006

Journée mondiale des réfugiés

Tout le monde ne le sait peut-etre pas mais c'est aujourd'hui la journee mondiale des refugies. Au Liban, le HCR a organise des petits evenements. C'est bien mince par rapport au nombre et a la situation des refugies et demandeurs d'asile ici. Mais bon, c'est histoire de marquer le coup. Ce matin, j'etais donc a l'Universite americaine de Beyrouth. Il y avait des speeches, dont celui du responsable regional du HCR, un Francais. Puis quelques petites representations de differents groupes : danse d'un groupe de femmes irakiennes, petite piece de theatre d'une classe de petits soudanais, une chorale de jeunes. Puis expo photos et dessins et un buffet.
Sinon, niveau boulot, c'est un peu le calme plat. J'ai un projet a rediger pour ameliorer les conditions de vie des detenus dans les prisons du Nord. Mais ca n'avance pas tres vite. Pour ce qui est de la baisse de regime, merci pour vos petits messages d'encouragement. Johnny quitte le foyer vendredi ; moi, le 1er juillet.
Voila pour les petites news. Bonne fete de la musique, demain. A+

18 juin 2006

Le jeu des sept différences

Vous avez tous fait ces petits jeux simples dans le Magazine de Picsou ou sur les boîtes de Chocapic, qui consistent à retrouver les différences entre deux images. Alors retournons en enfance et faisons un petit comparatif entre le Liban et la France.
Les Libanais ne font pas la gueule, entassés dans le métro, MP3 sur les oreilles et le 20 Minutes bien serré dans la main pour ne pas qu’on leur pique leur mots-croisés quotidiens. Ils n’ont pas de fromages qui puent. Ils ne manifestent pas tous les 15 jours pour avoir la retraite à 40 ans. Ils n’ont pas de relents anti-américanistes. Et quand ils sont trilingues, ce n’est pas en Français, en argot et en verlan.
Mais, mais, mais… ils ont d’autres atouts ! Alors voici les 7 différences que j’ai pu constater depuis mon arrivée. Ils ont tous des voitures à boîte de vitesse automatique. Ils peuvent choisir le numéro sur leur plaque d’immatriculation, moyennant un petit bakchich. Le Da Vinci Code ne sort ni en livre ni au cinéma pour cause de censure. Il n’y a pas de feux tricolores, de toute façon je ne sais pas qui les respecterait. Mariage religieux obligatoire, ce n’est pas possible de se marier civilement ou alors il faut aller à Chypre pour le faire. Et le clou, c’est que même McDo fait les livraisons à domicile.
Voilà, c’était juste histoire d’alimenter un peu ce blog que je dénutrisais honteusement depuis quelques jours. Petite baisse de régime, beaucoup de questions. Non, non, rien à voir avec la piètre performance de notre équipe nationale au Mondial allemand.
Bonne semaine à tous. Bonne fête à tous les Papas, et tout particulièrement au mien !

08 juin 2006

Je reste encore un peu

Salut les amis. Je ne pensais pas que l'attente était à ce point insoutenable. Pour faire court, je reste à l'essai. C'est ce que je leur ai dit, après avoir été surpris par leur prise d'intérêt à mon égard. Même si techniquement je n'ai pas beaucoup plus de moyens, deux personnes vont dégager du bureau : une assistante sociale qui a fini sa mission et la coordinatrice du projet qui part un mois à Montréal (je lui ai donné ton n° de tel du bureau, Océ, elle te contactera peut-être de là-bas) pour suivre une formation sur les Droits de l'Homme. On verra bien comment se passe la suite. Il reste encore quatre mois, je vais donc prendre contact avec d'autres structures quand même pour avoir un plan B, au cas où.
Sinon, pour ce qui est des recettes de cuisine, ne t'en fais pas Maman, je comptais bien t'en ramener quelques unes. Il faudra que je m'y attèle avec la maman de Serj.
En deux mots pour terminer, Rita m'a fait part d'une modification sur le profil du supporter moyen libanais. Il n'est pas forcément masculin. Et effectivement, au Centre (espace très féminin car fourmillant d'assistantes sociales), je me suis rendu compte que la plupart d'entre elles supportaient telle ou telle équipe et qu'elles se prenaient au jeu. Début demain, tout le monde est sur les starting-blocks ! Allez la France !!

03 juin 2006

Les travailleurs migrants

Ne voyez aucun lien entre ma situation précaire de stagiaire et le sujet que je voudrais aborder : les travailleurs migrants. Et en premier lieu parce que je ne suis pas ce qu’on appelle un travailleur migrant. Selon la définition qu’on retrouve dans le droit international (en particulier dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille), l'expression « travailleurs migrants » désigne les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un Etat dont elles ne sont pas ressortissantes. Dans cette catégorie, on retrouve aussi tous les travailleurs frontaliers, les migrants saisonniers, les gens de mer, les itinérants, ou encore les travailleurs d’une installation en mer.
C’est ce que nous appelons les « expats ». Pour beaucoup d’entre nous, la situation d’expatrié peut être une opportunité, une chance, un moyen de gagner plus d’argent et de payer moins d’impôt, … Mais ce n’est malheureusement valable que pour nous, petits occidentaux. Parce que la majorité des 175 millions de travailleurs migrants dans le monde fuient une situation économique ou politique désastreuse dans leur pays. La plupart d’entre eux envoient très régulièrement de l’argent à leur famille restée au pays. Ceux qui fuient leur pays pour des raisons politiques sont souvent des travailleurs illégaux, en attendant de voir leur procédure de demande d’asile aboutir. Donc vous voyez, même si les deux termes (expat et travailleur migrant) recouvrent les mêmes notions, pas grand-chose à voir selon l’origine et les motivations du travailleur migrant.
D’où viennent-ils ? Où vont-ils travailler ? Selon l’UNESCO, les trois principaux pays d’origine sont le Mexique, les Philippines et le Bangladesh (pays le plus pauvre de la planète selon les sources, à l’Est de l’Inde). Quant aux pays de destination, vous imaginez bien qu’il s’agit de l’Amérique du Nord, de l’Europe occidentale, de l’Australie, du Japon ou encore des pays du Golfe. La France accueille 6 millions 300 mille travailleurs migrants, soit 10 % de sa population, et se hisse au 5e rang mondial en terme d’accueil, derrière les Etats-Unis (35 millions), la Russie (13 millions), l’Allemagne et l’Ukraine (autour de 7 millions). Encore quelques chiffres et après j’arrête, promis. Dans certains pays le pourcentage de travailleurs migrants dans la population totale peut atteindre des sommets. Par exemple, aux Emirats arabes unis, 74% de la population est composée de travailleurs migrants et de leur famille (quand elle a suivi). Toujours dans le Golfe, au Koweït, c’est 58 % de la population qui est d’origine étrangère.
A part nos petits expats qui ont souvent des situations peu précaires, du fait de leur employeur, de leur base familiale dans le pays d’origine voire du soutien du pays, les autres travailleurs migrants sont souvent dans des situations de vulnérabilité. En tant que non-citoyens, leurs droits sont plus restreints que ceux des nationaux. Ils sont directement touchés par l’idée très répandue selon laquelle les migrants n’ont pas droit à l’intégralité de la protection offerte en matière de droits de l’homme. Bien qu’il s’agisse d’une idée fondamentalement fausse, celle-ci contribue à rendre l’accès des migrants aux protections sociales difficile. La seule protection dont ils peuvent se prévaloir est la Convention internationale des Nations Unies sur les travailleurs migrants que j’ai citée plus haut. Mais très peu d’Etats l’ont ratifiée. Or, dans un Etat qui ne l’a pas ratifiée, cette Convention ne s’applique pas.
C’est le cas par exemple du Liban. Comme partout dans le monde, la situation des travailleurs migrants n’est pas facile. Loin de faire du négationnisme, je ne voudrais pas qu’on m’enferme dans l’image du militant de base qui dramatise à l’excès ou se réduit à faire du sensibilisme. Ceci étant dit, on rencontre des cas extrêmes. J’ai pu le voir avec le Centre des Migrants. Des exemples d’exploitation et d’abus en tout genre sont loin d’êtres exceptionnels. Ceux qui se trouvent dans ces situations ne peuvent que difficilement fuir puisque l’employeur leur confisque leurs papiers à l’arrivée. Il arrive que les horaires de travail ne soient pas respectées, que les travailleurs n’aient pas droit à un congé hebdomadaire (je ne parle même pas des vacances). Certains sont entièrement à la charge de l’employeur, que ce soit pour du travail domestique ou à l’usine, mais on leur donne que peu de nourriture, ils ne sont pas payés, n’ont pas d’espace pour dormir ou pour leur intimité, sont soumis à des pressions morales, des abus physiques ou sexuels. Ce sont des cas qui se multiplient ; les employeurs étant persuadés de leur bon droit.
Heureusement, ce n’est pas un système généralisé ; je connais d’excellents employeurs. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour lutter contre ces phénomènes d’exploitation ou de traite d’êtres humains ? D’abord, offrir protection et soutien aux personnes qui fuient ces situations. Ensuite, faire que des procédures légales puissent aller jusqu’au bout, en reconnaissant les torts de l’employeur s’il y en a, obtenir réparations pour les victimes et peines pour les exploitants. Puis, faire pression sur l’Etat pour qu’il adopte les mesures minimum de protection, voire la Convention. Enfin, sensibiliser le grand public pour faire connaître les droits et les devoirs des travailleurs migrants ainsi que ceux des employeurs. C’est de l’ignorance et des préjugés que naissent beaucoup de ces cas.
J’arrive au terme de ce petit topo. J’espère que vous aussi vous aurez pu découvrir et apprendre deux ou trois trucs, comme j’ai pu le faire au Centre des Migrants. Mon stage n’est pas officiellement terminé. Réponse probablement mardi. D’ici là, bon week-end prolongé (encore un !) à ceux qui en ont la chance.

02 juin 2006

Coupe du Monde, double Biskrem et résultats

L'engouement populaire pour la Coupe du Monde va grandissant. Le pays n'est pas qualifié pour la phase finale mais ici, ça n'a pas fait un drame national. Ils savent qu'ils ont d'autres atouts sportifs, à commencer par le basket. D'après une analyse sociologique minutieuse de ma part, j'ai pu dégager quelques grandes caractéristiques du supporter moyen. Il est de sexe masculin et plutôt jeune, il a accroché un petit drapeau sur l'antenne radio de sa voiture ou à la fenêtre de sa maison, il est à fond derrière le Brésil, il ne boit pas (encore) de bière, il reste modeste dans la victoire puisque le tournoi n’a pas encore débuté, il sait que son équipe favorite va ramener le trophée au Brésil (où vivent 8 millions de Libanais, soit deux fois plus qu’au Liban), il n'a pas déserté les rues pour monopoliser la télévision et il s'intéresse encore à ce que raconte sa femme.
De mon côté, j’ai été obligé de me placer. Oui, je supporte la France. Et quel mal à cela. J’espère juste qu’on ne va pas se faire ridiculiser comme il y a quatre ans sinon la fin de mon stage risque d’être éprouvante. Je n’ai pas acheté de drapeau. Et très peu ici soutiennent l’équipe nationale de Domenech.
En tout cas, cette Coupe du Monde va occuper les esprits pendant un mois. On parlera moins de politique, on traînera moins après le boulot, on priera pour qu’il n’y ait pas trop de coupures de courant inopportunes et on prévoira un stock approprié de boissons et de piles pour la télécommande. Voilà pour la page footballistique, mais je pense que la planète entière ressemble à ça en ce moment. Quelle communion !
Passons au sujet culinaire plutôt réservé aux femmes, dit-on. Juste pour vous faire part de la grande joie qui m’a submergé quand Rita m’a fait découvrir le nouveau-né de la famille Biskrem. Il s’agit là d’un biscuit ressemblant à son parent proche, le Biskrem classique. Mais il est enrobé d’un fin nappage au chocolat. Il pèse 6 grammes et s’appelle Double Biskrem. Voilà, ce message fera office de faire-part.
Message un peu plus perso pour mes petits camarades de l’IDHL. Les résultats sont arrivés dans votre boîte aux lettres postale. C’est ma petite Maman qui me l’a dit. J’espère que ça s’est bien terminé pour vous tous… en attendant la remise du rapport de stage. Juste pour indication, la note d’anglais n’est pas encore tombée. Juste pour les curieux, j’ai mon année. Encore faudra-t-il finir ou plutôt commencer mon stage.
A ce propos, en début de semaine, je verrai s’il est plus utile de rester ou de quitter Caritas. J’ai déjà commencé à prospecter par-ci par-là. J’ai quelques adresses. Je pense que je prendrai quelques jours pour faire du porte à porte. Mais je reste assez optimiste. J’y vais pour demander un stage, c’est-à-dire pas payé. Les organisations sont donc moins réticentes à dire oui. Il faudra par contre que je m’assure du mieux possible du sérieux de la mission qu’on me propose. Serj m’a toutefois mis en garde en me disant que les stagiaires étaient souvent mal utilisés. Un problème qu’on rencontre malheureusement aussi en France.
Voilà pour ce soir. Bon anniversaire à la Reine d’Angleterre, couronnée il y a 53 ans.

30 mai 2006

Deux mois déjà

J'ai comme l'impression que le temps passe plus vite au bord de la Mediterranee. C'est pareil en Tunisie ? En tout cas, message oblige aujourd'hui pour feter ces deux mois de presence plus qu'agreable au pays des Cedres.
Je ne me risquerai pas a reprendre la liste de tout ce que j'enumerai apres mon premier mois. Mais on peut quand meme faire un petit bilan, evaluer les objectifs, capitaliser l'experience, ..., en bon gestionnaire de projet !
Ce fut un deuxieme mois bien different du premier. Boulot vs. Vacances. Beyrouth vs. Tabarja en bord de mer. Johnny vs. Serj. Y a pas photo, c'etait bien different ! En meme temps, j'ai appris a connaitre un peu plus une organisation humanitaire, une problematique, de nouveaux horizons.
J'ai pu apprecier d'autant plus les week-ends avec mes potes du mois d'avril que je passe des soirees tres tres tranquilles pendant la semaine. C'est un peu plus la routine mais je m'y suis fait. Une petite vie tranquille. J'ai le temps de lire pendant la semaine, me documenter, me reposer un peu de la chaleur etouffante d'humidite. Et le week-end, je change d'air, je vois un peu plus de monde. Ca me va tres bien.
Pour terminer, la nouvelle du jour. J'ai annonce a ma responsable que je partirai a la fin de la semaine si je n'avais toujours pas les moyens de faire mon boulot ou si on ne trouvait pas d'alternative. Je lui ai explique tres calmement qu'il me restait quatre mois et que j'avais la ferme intention de bien les remplir. Elle a compris que je ne voulais pas simplement etre "occupe" meme si je sais qu'il y a des tonnes de petites taches a faire qui peuvent aider grandement les assistantes sociales. Mais ce n'est pas l'objectif d'un stage. Elle m'a demande d'attendre au moins la fin de la semaine pour qu'elle en parle a la big boss (qui est en convalescence) qui est d'ailleurs ma responsable de stage sur le papier mais que je n'ai jamais rencontree.
Voila. Un tiers de mon sejour est derriere moi. Il m'en reste encore deux, forcement ! La vie suit son cours. J'espere que tout va bien aussi chez vous. A tres vite pour de nouvelles histoires illustrees !

28 mai 2006

C'était bref mais intense

A ceux qui ont pu profiter de ce week-end de l'Ascencion, je n'ai pas grand chose à envier. Même si ce ne fut pas un week-end prolongé, le mien fut bien rempli.
Vendredi soir, c'était retrouvailles hebdomaires avec mes potes de week-end. Resto à une petite dizaine, en altitude pour chercher la fraîcheur et s'éloigner un peu du tumulte citadin.
Samedi matin, Internet pour essayer de rattraper mes retards. Puis ce fut après-midi piscine en bord de mer. J'avais oublié mon maillot donc ça a été plutôt séance bronzage avec discussion sur la psychologie humaine dans l'entreprise avec un pote de Serj que je ne connaissais pas encore. Très intéressant. Enfin, samedi soir, soirée entre amis en centre-ville.
Et aujourd'hui, le clou du week-end. Un pique-nique avec la famille de Serj : parents, oncles, tantes, cousins, grands-parents... C'était dans le Mont-Liban, en altitude, au vert, au calme. Très belle journée, beaucoup rigolé, évidemment bien mangé. Même en pique-nique, les détails culinaires ne sont laissés ni au hasard ni à l'improvisation. Tout était là, comme à la maison. Le cadre et le nombre de personnes présentes étant la seule vraie variable. Les avantages sans les inconvénients. Bien pensé, hein !
Quelques images. Cette fois, je crois que vous pourrez vous passer de commentaires. La première, c'est là où on s'était installé.

Voilà. Pas de prise de tête ce week-end. Demain, on retourne au boulot ! Et il faudra peut-être que je vous parle un peu de la situation des migrants au Liban. Si j'oublie, faites-y moi penser... si ça vous intéresse !

27 mai 2006

Journée des Migrants

Comme prévu, un petit récit de la Journée des Migrants qui s’est tenue dimanche dernier. Elle était en partie organisée par Caritas Liban – Centre des Migrants. Il s’agissait de rassembler les migrants pour une journée, comme son nom l’indique. En fait le programme a été rythmé par des spectacles et des célébrations. L’organisation de la journée étant à la charge d’organismes chrétiens, une place importante à la spiritualité était faite. Une messe a clos cette journée tandis que des prières des différentes délégations présentes étaient faites, dans leur propre rite.
Tous les migrants étaient appelés à se rassembler au Patriarcat maronite du Liban, situé à Bkerké, non loin de Tabarja, au Nord de Beyrouth. Vous verrez donc sur les photos que la manifestation avait lieu dans la basilique même du patriarcat.

A cette journée, ont participé beaucoup de Sri Lankais, Philippins, Éthiopiens, Soudanais. C’était, à première vue, les trois délégations les plus importantes. Mais il y avait également des Ghanéens, des Indiens, et bien d’autres pays d’Afrique et d’Asie.
J’ai été un peu surpris de ne pas voir de Syriens, d’Égyptiens, de Jordaniens ou de migrants des pays du Golfe. Aucune des explications qu’on ait pu me donner ne m’a satisfait. Je pencherai personnellement pour la raison religieuse. Cette journée était clairement sous les auspices de l’Église ; il est alors normal que peu de Musulmans y prennent part.
Donc, après des prières de différents rites religieux (ci-dessus une prière boudhiste), on a assisté à une série de mini-spectacles, principalement centrés autour d’une danse en costume traditionnel, sur les rythmes locaux. C’était très bien préparé, bien amené et peu de place était laissé à l’improvisation. Du coup, ça s’enchaînait très bien, avec beaucoup de rythme. C’était amusant de voir la différence entre les différentes cultures. Les danses africaines sont beaucoup plus rythmées et mouvementées que la musique et la danse d’Asie du Sud-Est (Sri Lanka, Inde, Philippines, …).
Beaucoup des travailleurs sociaux du Centre des Migrants étaient là puisqu’ils suivent au quotidien une partie des migrants qui étaient là dimanche dernier. C’était l’occasion de les voir en dehors du contexte strict du bureau.
De tous les voir souriant, habillés de mille couleurs, en transe sur leur musique nationale fait oublier les conditions parfois difficiles dans lesquelles ils vivent au quotidien.
Voilà à peu près pour la journée. Place aux photos restantes maintenant.
L'arrivée de la délégation éthiopienne.
Ici, les Ghanéens.
Là, la danse guerrière des Soudanais.
Plus calme, le chant des Philippines.
Avant de rebouger avec le Burkina Faso.
Des Burkinabées avec mes collègues de bureau (de gauche à droite : Dora, Carine, Majida et Betty).
Et ici avec les Sri Lankaises, après leur danse envoûtante.
L'équipe du Centre des Migrants qui était là ce dimanche. Comme vous voyez, pas mal de filles !