30 avril 2006

Un mois déjà

Et oui, ça fait un mois tout juste que j’ai quitté la France. Un mois donc que je suis au Liban. Comme à chaque petit cap, on peut faire un petit bilan et envisager un peu l’avenir.
Côté bilan. Évidemment, très positif. Ce premier mois, je n’ai pas travaillé mais j’ai rencontré, visité, rigolé, mangé, bronzé, reposé, apprécié, blogué, observé. Ce mois-ci, je l’ai passé avec et chez Serj. Beaucoup de discussions sur un peu tous les sujets, des fous rires aussi. J’ai également appris à connaître et apprécier ses parents, et plus particulièrement la cuisine de sa maman. Et je profite de ce message pour les remercier tous les trois vivement de leur accueil si chaleureux. Niveau langue, ça n’équivaut pas encore au bilinguisme mais ça s’apparente plutôt à du gazouillage. Niveau social, très haut puisque Serj m’a fait rencontrer plein de monde. Niveau bronzage, après avoir littéralement cramé, mon teint a repris une couleur homologuée. Niveau régime, j’ai pris trois kilos. Niveau lecture, je dévore deux bouquins sur les conflits israëlo-arabes et un autre m’attend sur l’histoire du Liban. Niveau amour, rien à vous signaler, à part Nounou avec qui je couche de temps en temps (mais rassurez-vous, c’est le chat de Serj). Niveau communication, j’ai été très content hier d’entendre ma petite famille (à part toi, Papa) et Benoît un peu plus tôt dans le mois. Niveau acquisition, j’ai acheté un réveille-matin puisque je n’ai pas de portable ; pas question d’arriver à la bourre le premier jour de boulot. Niveau informatique, content (et j’espère que vous aussi) de voir la tournure que prend ce blog même si c’est un moyen de communication assez indirect ; lecteur fidèle ou infidèle, soyez remerciés. Niveau ciné, j’ai pu aller voir Basic Instinct II (en version non censurée) et L’Age de Glace II (désopilant ce petit écureuil), et plus sérieusement en DVD, Sometimes in April sur le génocide rwandais et Remember the Titans sur la ségrégation aux Etats-Unis. Niveau visites, je vous renvoie à votre mémoire ou alors jouez du curseur pour voir plus bas. Niveau photos, mon disque dur est bientôt saturé mais c’est super le numérique. Niveau heureux événement, un petit garçon pour Pierre-Yves et Caro. Niveau rencontres, que du plaisir, des gens comme Serj, Rita, Elie et les autres : intéressants, gentils, cultivés, attentionnés, intelligents, bons vivants, francophones, et j’en passe (que de ressemblances avec moi !!). Niveau couchers de soleil, vraiment c’est magnifique tous les jours devant la Méditerranée. Niveau cigarettes, trois en tout. Pour le moment, en trois mots : que du bonheur ! Donc, pourvu que ça dure !!
Côté futur. Évidemment, c’est le boulot. Je pars demain pour emménager dans mon foyer beyrouthin. Je partagerai une chambre avec un autre étudiant, que je ne connais pas encore. Et je démarre mon stage mardi. J’en saurais alors un peu plus sur le contenu de ma mission. En tout cas, je suis plutôt content. Une autre aventure commence. Je vais découvrir encore autre chose. Et la vie que j’aurai là-bas sera bien différente de celle que j’ai vécue durant ce mois d’avril. La suite au prochain numéro.

28 avril 2006

Curiosités linguistiques

Ça fait déjà un petit moment que je voulais écrire un petit truc sur le choc culturel mais côté linguistique cette fois. Ici, beaucoup parlent le français ou l’anglais, à des niveaux différents mais c’est quand même bien pratique. L’éducation se fait en général dans une de ces deux langues, en plus de l’arabe. C’est pour cela qu’en général même les jeunes me vouvoient au premier abord, n’ayant eu l’occasion de converser en français qu’avec leur professeur.
La langue arabe, comme vous le savez peut-être, est une langue écrite (arabe littéraire) lue et comprise dans tous les pays arabes, du Maroc à l’Irak, de la Syrie au Soudan. Et on ne parle pas l’arabe stricto sensu dans les pays arabophones, mais des dialectes (arabe dialectal) : le libanais, le tunisien, le saoudien, l’égyptien. Les dialectes peuvent être assez différents les uns des autres. Donc il se peut que les gens parlent l’arabe littéraire mais c’est en général pour les émissions qui sont diffusées dans tout le monde arabe ou alors pour des conférences internationales. A l’inverse, il arrive que le libanais soit écrit, pour chatter sur Internet par exemple, dans ce cas, ils utilisent des caractères latins.
La langue arabe est issue de la famille des langues sémitiques, tout comme l’hébreu, l’araméen ou le syriaque. Elle a son propre alphabet, mais c’est en fait un abjad, c’est-à-dire un système d’écriture ne notant que les consonnes, ou presque. Les accents (qui correspondent en gros à nos voyelles latines) sont devinés en fonction du contexte de la phrase. Les lettres ont une forme changeante, selon qu’elles sont en début de mot, au milieu ou à la fin. Facile à apprendre, hein ?! On écrit de droite à gauche, ça vous le saviez. Mais du coup, les caractères en italiques sont penchés de l’autre côté par rapport à un caractère latin. Mais il y a quand même quelques simplifications : pas de différence entre lettres manuscrites et imprimées, ni notion de majuscule ou minuscule.
Si on est motivés, on peut apprendre l’arabe. Il existe des bouquins très bien faits. Je pense que ça prend un peu de temps, mais c’est jouable. Pour ce qui est du libanais, ça se complique. D’abord parce que ça fait quasiment une deuxième langue à apprendre. Ensuite parce qu’il n’existe pas de livre d’enseignement parce que les enfants parlent le libanais chez eux et n’apprennent que l’arabe à l’école quand ils commencent à lire et à écrire. Enfin parce que beaucoup comprennent le français donc ça ne pousse pas à un apprentissage rapide.
Si vous avez tout lu jusqu’ici, bravo ! Je reconnais, ça fait un peu exposé, mais je voulais porter ça à votre connaissance ; à vous d’en faire ce que vous voulez. Mais maintenant place à la détente avec quelques curiosités qui nous font beaucoup rire, ici. Un choc des cultures plutôt rigolo.
D’abord, quelques termes utilisés en libanais courant : ‘bonjour’, ‘bonsoir’, ‘ça va ?’, ‘merci’, ‘please’, ‘sorry’. Vous les avez reconnus ; ça vient bien du français et de l’anglais. Utilisés tels quels, mais petit côté exotique : ils sont prononcés à la libanaise, en roulant les ‘r’.
Ensuite, il y a des termes hérités du français mais qui ont été libanisés, comme ‘bomor’ (point mort) car il n’y a pas de ‘p’ en arabe. Ou encore des mots issus de l’anglais, qu’ils utilisent en français comme ‘programme’ pour une émission de télé, ‘cellulaire’ pour le portable ou ‘canal’ pour une chaîne de télé.
Enfin, quelques mots qu’ils utilisent, en français dans le texte (dans le discours plutôt), comme ‘chalumeau’ pour paille, ‘foyer’ pour logement, ‘autostrade’ pour autoroute ou ‘valet’ pour voiturier.
C’est bien beau de se moquer mais si on s’entend aussi bien avec mes nouveaux amis, c’est que je sais aussi les faire rire avec quelques unes de nos particularités ridicules. C’est surtout notre prononciation à la française de termes anglo-saxons qui déclenche l’hilarité. Par exemple, babyfoot, wifi, Pizza Hut, warning, corner, hifi, babysitter, REM (le groupe de musique).
Il y a aussi notre utilisation immodérée des expressions ‘du coup’ et ‘en fait’ qui surprend beaucoup. De parler de portable pour un ordinateur ou un téléphone, sans distinction, ne leur semble pas très pratique, contrairement au concept même du mot. Et encore, la mauvaise habitude de manger bon nombre de mots, quand on parle le français de la rue.
Et puis il y a la gestuelle qui peut entraîner quelques quiproquos. Ce sont surtout les hochements de tête. Je m’explique. Le ‘non’ s’exprime ici par un hochement de la tête vertical vers le haut. Sauf que chez nous, ça signifie ‘hein ?!’ ou ‘quoi ?’. Mais pour eux, pour dire ‘hein ?!’ ou ‘quoi ?’, ils tournent la tête de gauche à droite et de droite à gauche. Exactement comme nous le faisons pour dire ‘non’. Ça m’a obligé inutilement à répéter mes questions alors que mon interlocuteur répondait simplement ‘non’. A l’inverse, je me suis vu répéter une question à laquelle je répondais négativement.
Dernier petit truc amusant, à propos de mon nom et mon prénom. D’abord, il n’existe pas de ‘p’, de ‘u’ et de ‘v’ dans l’alphabet arabe, ce qui fait qu’on écrit mon nom de manière sensiblement différente. Et pour ce qui est de mon prénom, ou plutôt de mon surnom ‘Nico’, après avoir signifié ‘personne’ au Kosovo pour les Serbes, cette fois ici ça signifie … biiiiip ! Je vais le faire en anglais pour les âmes sensibles : fuck him ! Amusant, non ?!
Plus sérieusement, les langues, je trouve ça vraiment passionnant. On pourrait en discuter pendant des heures tant on fait passer de choses issues de notre culture rien que par les mots qu’on utilise ou les manières de parler, de former une phrase. C’est pour ça que j’ai fait un message aussi long. Et sans image !

26 avril 2006

Finies les vacances

Vous aviez oublié les véritables raisons de ma venue au Liban ? Et oui, merci à ceux qui suivent, c’est pour un stage. Et ce stage, je vais bientôt le commencer. Je vous entends dire « Pas trop tôt ! », surtout mes petits camarades de promo. Mais je vous dirai qu’il faut un temps pour tout. Et ne soyez pas jaloux, c’est pas bien.
Donc je commence dès la semaine prochaine. Le plus cocasse, c’est quand même que la semaine démarre sur le 1er mai. Vous l’avez déjà fait, vous, de commencer un job le jour de la Fête du Travail ? Moi je trouve ça rigolo.
Si je commence la semaine prochaine, c’est que je logerai dans un foyer d’étudiants, à Beyrouth même (enfin presque, mais ce serait trop long d’expliquer la géographie beyrouthine). Dans tous les cas, pas trop loin de Caritas. Ce sera bien différent de ce premier mois. Fini les levers tardifs, finis les pots imprévus avec les potes, finies les virées en pleine semaine au fin fond du Liban, finies les attentions de la famille de Serj et la cuisine de sa mère. Tout ça va me manquer mais je crois que j’en ai bien profité. Je vais voir autre chose maintenant et c’est bien, il est temps que je m’y mette. Et puis, je ne suis pas mécontent de travailler. Je vais essayer de me rendre utile. Et ça ne m’empêchera pas de voir mes potes le soir ou le week-end.
Pour finir, petite photo égocentrée, dédicace spéciale pour mon admiratrice secrète et pour tous les autres moins secrets !

24 avril 2006

Balade à Baalbek

J’ai loupé le Grand Prix de Formule 1 !! Mais heureusement parce que je me suis épargné une victoire de Schumacher mais surtout, comme prévu, hier, petit tour dans la plaine de la Bekaa et visite de Baalbek. Mais, Nico, on commence à s’y perdre avec tous ces noms. OK. Donc comme vous le savez, le Liban est sur la côte Est de la Méditerranée. Très peu de plaine littorale, on commence tout de suite avec les Monts Liban (sur un axe Nord-Sud). Derrière, une plaine : la Bekaa, toujours suivant une orientation Nord-Sud. Enfin, les Monts Anti-Liban sur la crête desquels court la frontière avec la Syrie. Et donc Baalbek est la ville principale de la plaine de la Bekaa. Voilà, c’est mieux comme ça ? Et en prime, petite photo pour voir à quoi ressemble cette plaine : c’est tout plat (normal !), un couloir de verdure, des montagnes à gauche et à droite, avec encore un peu de neige dessus. Paysage bien différent de la côte.

Pourquoi Baalbek ? Parce que c’est beau, beaucoup ne connaissaient pas et surtout c’était pour fêter l’anniversaire de Fadi. Si vous revenez en arrière, il était de notre virée au ski. Donc on part en gros à 25, dans un minibus. Je ne vais pas citer tout le monde, ça ferait trop et je n’en connaissais pas la moitié. Mais de la bande habituelle, il y avait bien sûr Élie, Serj, Alain, myself, Camille, l’heureux fêté Fadi, un certain Georges et Dany (de bas en haut et de gauche à droite). Désolé pour les fans, Rita prenant la photo, on la retrouvera plus bas.

On visite Baalbek d’abord. C’est une ville qui renferme des vestiges gréco-romains du 1er siècle après JC. J’ai toujours adoré ; ça me rappelle la région d’Éphèse en Turquie, ou bien Volubilis au Maroc ou encore la Croatie. Je profite d’avoir mon nouvel appareil photo numérique pour mitrailler. On y trouve les restes des Temples de Jupiter, Bakhos et Vénus. L’endroit est magnifique. Un régal pour les yeux.

Pendant ce temps, les autres prennent la pose au milieu des ruines, qui en César, qui en amoureux, qui en Apollon sur son piédestal, qui en guignol, … Ce sont des dingues du numérique. Tout est permis.

L’ambiance dans le bus est plus que joyeuse. Percussions et chants, tout le monde frappe dans ses mains. Ça rigole bien. Je ne comprends pas tout mais je sens bien que tout le monde est content. On prolonge ça au resto dans l’après-midi. Déjeuner typique libanais avec pleins de petits plats que tout le monde partage, c’est la Mezzeh : hommos, labneh, pain, taouk (blanc de poulet), taboulé, fatouch (autre salade), kafta (boudin de viande hâchée)… Ça arrive de partout ; je commence à saisir pourquoi ils mangent tous si vite. L’Arak (c’est un peu comme notre Pastis) coule à flot. Dany fait un véritable show, fou rire général. Ambiance garantie.
Encore une fois, ceux que je ne connaissais pas me demandent comme partout : « Alors, tu as aimé le Liban ? ». En arabe, comme en anglais, le passé composé s’utilise pour parler d’une situation qui a commencé dans le passé et qui se prolonge. Et moi, comme d’habitude, de répondre que jusqu’ici tout va plus que bien. Et encore à la question posée très souvent de savoir si tout va bien, je réponds oui. Mais on se demande pourquoi je suis plus réservé que les autres. Et j’ai du mal à expliquer que c’est peut-être culturel, qu’on est moins expansif, nous, Parisiens, que je ne peux pas éclater de rire à chaque blague quand elles sont dans la langue d’Amine Malouf. Mais que je savoure chaque instant, sans besoin d’avoir un fou rire ou de danser à l’orientale.
Finalement, retour en fin d’après-midi. Tout le monde dort dans le bus. C’est vraiment épuisant d’être Libanais !

22 avril 2006

Religion, quand tu nous tiens

Je me lance dans un message lié à la religion. Sujet délicat, vaste et complexe. J’espère être le plus pertinent et objectif possible. Je me suis basé sur ce que j’ai entendu ici ou là et sur différentes recherches. Mais si vous êtes en possession d’éléments susceptibles d’alimenter le débat ou de corriger mon propos, n’hésitez plus : commentez !!
D’abord, quelles sont les religions présentes au Liban ? Il y en a deux grandes : le Christianisme et l’Islam. Mais les Chrétiens comme les Musulmans se divisent en plusieurs groupes, chacun ayant sa propre confession. En tout, on compte 18 confessions officielles. Officielles car inscrites dans la Constitution. Je vous épargne la liste complète mais je vous site les confessions les plus importantes en nombre de fidèles. Il n’y a pas de chiffres officiels car le dernier recensement remonte à 1932 (ceux qui ont lu attentivement la « Petite présentation du Liban » le savent déjà !). Ce sont donc des estimations, en pourcentage de l’ensemble de la population libanaise.
Côté Chrétiens (43,3 %) :
- Les Maronites (22,9 %)
- Les Grecs orthodoxes (8,5 %)
- Les Grecs catholiques (5,5 %)
- Les Arméniens orthodoxes (3,4 %)
- Les Arméniens catholiques (0,7 %)
- Autres (2,2 %)
Côté Musulmans (56 %) :
- Les Sunnites (25,5 %)
- Les Chiites (24,1 %)
- Les Druzes (5,7 %)
- Les Alaouites (0,7 %)
Étant données les relations tendues entre le Liban et Israël, il n’y aurait plus que quelques centaines de Juifs vivant au Liban (0,2 %). Enfin, ceux qui sont sans confession représentent quelques milliers de personnes (0,4 %). Ça y est ; on est arrivé à 100 % !! Mais l’essentiel, c’est de retenir les grandes tendances car ce sont des approximations.
Ensuite, quelle est la place de la religion dans la société libanaise ? Je serai tenté de dire qu’elle est omniprésente. Tout ou presque est lié à la religion, que ce soit la politique, les postes de fonctionnaires, les zones géographiques, …
En ce qui concerne la politique, chaque confession a un nombre prévu de sièges au Parlement, plus ou moins proportionnel au nombre de fidèles. Les postes clé de la vie politique sont distribués à chaque confession. C’est un système hérité du Pacte national (al-mithaq al-watani), accord oral accepté par tous à l’indépendance en 1943. Ainsi, le Président de la République est forcément un Maronite, le Premier Ministre un Sunnite, le Président du Parlement un Chiite, les Vice-Présidents des Orthodoxes, le Commandant en Chef des Armées un Maronite, etc. De même, les postes ministériels (le Cabinet) sont alloués pour assurer une représentation confessionnelle équitable. De même, les services publics reflètent les différentes confessions, que ce soit dans l’administration, la justice, la diplomatie ou l’armée.
La distribution des pouvoirs est issue d’un rapport de 6 Chrétiens pour 5 non-Chrétiens, d’après le recensement de 1932. Ce rapport a toujours été favorable aux Chrétiens, même s’il a été réévalué à 6 contre 6. Ceux-ci s’accrochent à cette concession faite par les responsables musulmans pour les rassurer dans leur peur de se voir engloutir dans cette région du Moyen-Orient majoritairement musulmane. Toujours d’après le Pacte national de 1943, les Chrétiens s’engagent à ne pas chercher la protection de l’Occident, en particulier de la France, et les Musulmans à ne pas vouloir incorporer le Liban dans un État arabe unique ou dans la Syrie, mais faire en sorte que le Liban soit indépendant et souverain dans le Monde arabe.
Beaucoup de décisions ne sont pas prises parce qu’elles remettraient en cause ce fragile équilibre des forces. Par exemple, les Chrétiens refusent d’organiser un nouveau recensement pour réévaluer les proportions des différentes communautés de peur que le nouveau rapport leur soit moins favorable ou encore les Musulmans refusent le vote par correspondance pour les expatriés parce qu’il leur serait défavorable sachant que la majorité d’entre eux sont Chrétiens. Autre exemple, le redécoupage de la carte électorale est source de conflit car diviser le Liban en 9 ou en 13 régions serait favorable soit aux Musulmans soit aux Chrétiens.
Le Pacte national de 1943 a été conclu pour une durée déterminée, avant tout pour montrer l’unité du Liban nécessaire pour échapper au pouvoir mandataire de la France. Le Pacte indiquait alors que le gouvernement devait travailler pour éliminer le système confessionnel, qui est « un obstacle au progrès national, empêchant les représentations de la volonté nationale et empoisonnant les bonnes relations entre les différents éléments de la population libanaise ».
Le chemin vers une laïcisation du système politique est encore long. D’une part parce que les partis idéologiques ou non confessionnels sont très faibles et s’opposent entre eux. D’autre part parce que la vie politique est dominée par la défense des intérêts de chaque communauté, ne laissant pas de place à une volonté de faire avancer le Liban dans son ensemble et sur du long terme.
D’autres pans de la société libanaise sont gouvernés par le religieux. Les médias par exemple sont pour la plupart orientés. Que ce soit la télévision ou les journaux, chacun peut y trouver son compte.
Enfin, on identifie clairement sur le territoire des régions habitées par telle ou telle confession, chacune ayant ses bastions. Rares sont les endroits où se mélangent les communautés. Et si Beyrouth a été le théâtre de combats particulièrement violents durant la guerre civile, c’est peut-être parce que c’est une ville mixte. Ci-dessous, la répartition de la population en fonction de leur confession.

Voilà pour aujourd’hui. Posez des questions si vous voulez des éclaircissements. J’essayerai d’y répondre dans un prochain message sur le sujet.

20 avril 2006

Il y a plusieurs Liban

« Il n’y a pas un mais plusieurs Liban ». Ce n’est pas de moi. Mardi, j’ai assisté à une conférence d’un prof. Malheureusement je n’ai pas tout compris parce que c’était en arabe mais ça avait l’air passionnant. Il parlait de géopolitique, de la Ligue des États arabes, du Moyen-Orient, de la tentation d’arabisation de la région, … Et j’ai retenu cette phrase, qu’il a glissée (en français dans le texte). Et j’ai envie de partir de ça pour ce message du jour.
Hier, on quitte donc la région de Beyrouth pour Ehden, au Nord, vers Tripoli. On est rentre plus à l’intérieur des terres, ce qui signifie au Liban de monter en altitude. L’étape du jour nous est proposée par Franco. Après Camille dans le Chouf, il va nous faire découvrir sa région. On est sept pour cette virée de 24 heures : Serj, Élie, Alain, Franco, Danny, Chadi et moi.

On s’arrête d’abord dans un monastère, au fond d’une vallée, accroché au flan de la montagne. Il abrite des moines, dont deux vivent complètement en ermite. L’église n’a qu’une façade extérieure, le reste est creusé dans la montagne. On fait un petit tour des lieux.

Plus tard, une discussion s’engage avec un des moines qui passaient par là. Ils discutent surtout religion. Je demande des traductions de temps en temps pour essayer de suivre. Le moine finit par nous inviter à l’intérieur pour poursuivre l’échange autour d’un verre de vin cuit et de … maamouls ! L’ambiance au monastère est paisible ; une vallée toute de verdure et sans bruits urbains. Rien à voir avec le brouhaha permanent à Beyrouth. Les paysages aussi sont dépaysants (je sais, ça fait un peu pléonasme mais tant pis). Des montagnes tout autour, de la verdure beaucoup, des routes qui serpentent d’une vallée à l’autre.

On repart. J’ai l’impression qu’on n’en finit pas de monter. On arrive à Ehden. Petite ville bien sereine parce qu’encore hors-saison. L’été, c’est l’enfer il paraît. On mange un morceau. Et on se dirige après vers le point culminant des alentours. Petit repère, on est à 1.500 mètres d’altitude, à 25 km de la mer à vol d’oiseau. Malheureusement, la nuit est tombée donc on ne voit pas grand-chose, si ce ne sont ces milliers de petites lumières dans la vallée, jusqu’à Tripoli.
On arrive chez Franco. Petite soirée entre amis, comme beaucoup en ont déjà fait. On rigole, on joue, on boit un peu. Première cigarette depuis trois semaines. Comme d’hab’, on passe toujours un bon moment tous ensemble. Sans comprendre mot à mot, j’arrive à suivre les sujets de conversations. Je ne dirais pas que je fais de gros progrès en arabe mais on va dire qu’il y a des trucs qui commencent à rentrer. C’est pas évident parce qu’il n’existe pas de livre pour apprendre seul le libanais. Il y en a pour apprendre l’arabe mais c’est la langue de l’écrit : l’arabe littéraire. Les langues qu’on parle dans les pays arabes sont des dialectes dérivés de l’arabe littéraire : le libanais, le tunisien, le saoudien, le marocain, l’égyptien, … Je sens qu’un petit topo-langue va s’imposer d’ici peu.


Et puis, on est reparti à midi en prenant notre temps. Petit crochet par Tripoli. C’est à 80 km de Beyrouth mais là encore pas grand-chose à voir avec la capitale. Une autre facette du pays. Ville importante d’une région à majorité musulmane. Franco m’avait prévenu que c’était pauvre, sale, … Et à première vue, c’était vrai. Il a tout de même eu l’honnêteté de me dire qu’on n’était pas passé par les meilleurs endroits.
La découverte continue. Ce week-end, ce sera la Bekaa. Plaine de l’autre côté des Monts Liban, séparée de la Syrie par une autre chaîne de montagne, les Monts Anti-Liban. En particulier, on visitera Baalbeck. Et encore à venir, sûrement une virée dans le Sud, dont sont originaires certains, et qui prennent goût à cette découverte de régions.

19 avril 2006

Comments or no comments ?

Mini message pour vous remercier de vos petits commentaires qui me prouvent que je n’écris pas pour rien. Ce qui est, somme toute, assez motivant et surtout ça me fait bien rire (désolé pour ceux qui ne comprennent pas toutes les private jokes de mes petits camarades). Et puis comme généralement ils sont suivis d’un message plus personnel dans ma boîte mail, c’est plutôt cool. Alors continuez.
Petit point sur l’actualité avant de vous laisser. Aujourd’hui, je pars pour Ehden dans le Nord. Évidemment ça ne se prononce pas trop comme ça s’écrit mais on m’a dit que l’endroit était superbe. Retour demain. Je vous dirai si ça vaut le coup d’enlever le ‘h’. Vous en jugerez aux photos.

18 avril 2006

Noël en France, Pâques au Liban

Me revoilà ! Week-end pascal oblige, j’ai passé plus de temps devant une assiette que devant un clavier. Mais j’ai survécu à cet assaut culinaire. France mise à part, je crois que le Liban est le pays où la nourriture fait le plus partie de l’identité nationale. Je n’ai pas à m’en plaindre parce que c’est très bon. Spécialité de Pâques : les maamouls. C’est délicieux. Petite photo pour un avant-goût.

Ce sont donc de petits sablés, souvent fourrés, soit à la noix pilée soit à la confiture de datte. C’est évidemment succulent. J’oserai dire que c’est riche mais je ne fais pas partie de ceux qui y font attention (on verra dans six mois !). Pour le moment, je déguste et regrette simplement que ce ne soit pas Pâques tous les jours.
Pour ce qui est d’autres spécialités culinaires locales, je vous ai déjà cité le taboulé. J’ajoute à cette liste la manouché. C’est une sorte de pâte à pizza plus ou moins fine, repliée généralement en deux, à l’intérieur de laquelle vous trouvez une garniture. Ce peut être du thym, ou alors du fromage avec du jambon, ou encore …
Le coup de cœur du jour. C’est tout simple mais j’adore. C’est une tartine au labneh et au concombre. Le pain libanais est super fin. Encore une petite photo.

Et donc, comme il est très malléable, on met dedans du labneh (à mi-chemin entre la crème fraîche et le yaourt), des concombres coupés en morceaux, des olives, du thym encore, du sel et de l’huile d’olive. Et puis on roule le tout. C’est frais, c’est bon, c’est goûtu, et ça tient dans la main !!
Enfin, je termine avec le hommos (prononcez les ‘o’ légèrement comme des ‘ou’ et non pas…). Ca, c’est donc une crème de pois chiches pilés. Généralement, on prend un morceau de pain, un bout de viande enroulé à l’intérieur et on trempe le tout dedans, comme on ferait avec un doigt dans un pot de Nutella.

Je termine ici avec une petite tradition pascale. On fait des œufs durs et on les peints. Ensuite, on fait une bataille. Mais pas comme dans des manifs en France. C’est plus subtil. On prend un œuf dans son poing et ne laissant que le haut dépasser. L’autre personne prend son œuf et avec, il cogne le bout qui dépasse chez son adversaire. Il n’y a qu’un œuf qui se fêle sur les deux. Celui qui conserve le sien intact a gagné. Puis les adversaires échangent leur rôle.

Voilà pour un joli repas, que l’on termine avec un café turc. Et là, c’est le bonheur. Un goût prononcé, une saveur sans égal. Avec un Biskrem, je me revois au Kosovo. J’y pense, pour mes amis des Balkans, j’ai aussi redécouvert les 7 Days et les Bake Rolls ! Bon, n’allez pas croire que je ne pense qu’à la bouffe. Il m’arrive de penser à autre chose…

13 avril 2006

Un an après le ''11-Septembre'' libanais

Aujourd'hui, pas de photos ni de blagues. On est le 13 avril, une journée particulière au Liban. En effet, la guerre a débuté le 13 avril 1975. Donc un petit message plus politique. Je vous propose l’analyse de Barah Mikaïl spécialiste du Proche-Orient et Moyen-Orient à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Prenez le temps de lire, c'est très instructif.
Un an après le ''11-Septembre'' libanais
Le 14 février 2005, l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri mourrait assassiné. Un an plus tard, le pays des Cèdres, qui se croyait pourtant promis à un avenir radieux, continue à pâtir d’un climat politique extrêmement chargé en tensions.
Les débuts semblaient pourtant prometteurs quand, suite à ce « 11-Septembre libanais » qu’avait été l’assassinat de Rafik Hariri, les troupes syriennes s’étaient vues contraintes de plier bagage. Le retrait syrien du Liban constitue à ce titre l’un des événements majeurs intervenus dans les affaires d’un pays qui rompait ainsi avec près de trente ans d’ingérence syrienne. Cependant, le retrait syrien du Liban obéissait à des motifs précis, symbolisés par la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte d’inspiration franco-américaine avait été préparé dès le mois de juin 2004, et adopté trois mois plus tard. Il s’organisait autour de deux idées principales : l’obligation pour la Syrie de retirer ses troupes du Liban d’une part ; et la nécessité pour le gouvernement libanais de désarmer l’ensemble des milices libanaises et non libanaises en présence sur son territoire, d’autre part. Une injonction claire à l’adresse du Hezbollah libanais ainsi qu’à l’ensemble des groupes armés palestiniens implantés dans le pays depuis 1969.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les Syriens se sont retirés militairement du Liban, certes. Mais on leur prête une capacité de nuisance active dans le pays. Les manifestations populaires qui ont éclaté à Beyrouth le 4 février 2006 en réaction à « l’affaire des caricatures danoises » ont ainsi failli tourner à un affrontement confessionnel entre musulmans sunnites d’une part, et chrétiens maronites de l’autre. Sans compter que la moitié des 230 personnes arrêtées par les autorités libanaises à l’issue de cette manifestation seraient des Syriens. Mais les accusations libanaises et internationales initialement formulées à l’encontre de la Syrie remontent à plus loin. Le long de l’année 2005, ce ne sont pas moins de seize explosions qui ont touché divers quartiers et endroits libanais, avec des cibles majoritairement chrétiennes, mais pas forcément anti-syriennes. Si les journalistes Samir Qassir et Gebrane Tueini restent les victimes illustres de cette série noire, il convient de noter que Hussein Assaf, un cadre du Hezbollah, a lui aussi échappé de justesse à l’explosion de sa voiture piégée le 9 décembre 2005.
L’opposition libanaise d’hier est devenue la majorité parlementaire d’aujourd’hui. Le Bloc du Futur (sunnite) de Saad Hariri, fils du défunt Premier ministre, ainsi que le Parti socialiste progressiste (druze) de Walid Joumblatt et l’essentiel des formations politiques à obédience chrétienne du pays détiennent ainsi la majorité parlementaire avec 72 sièges sur 128. L’opposition, incarnée par la coalition Amal-Hezbollah et le Courant patriotique libanais du Général Michel Aoun, détient quant à elle le reste des sièges parlementaires (soit respectivement 35 et 21).
Mais, sur le plan interne, il faut bien convenir que la difficulté qu’ont les membres de la majorité parlementaire à s’accorder sur des notions autres que l’attitude à adopter vis-à-vis de la Syrie a sa part de responsabilités dans les blocages que connaît le pays. Les perspectives d’ordre politique, économique et social sont ainsi réduites à leur partie congrue, l’essentiel du débat politique continuant à être happé par les lourdes tensions syro-libanaises - ce qui ne manque pas de rejaillir sur les relations entretenues entre la majorité parlementaire d’une part, et le Hezbollah d’autre part, accusé de faire le jeu syrien. D’où la trop facile tendance pour le débat libanais à tomber dans le piège confessionnel. En effet, derrière le clivage pro-Syriens/anti-Syriens, c’est une polarisation entre chiites et non chiites qui pointe de facto. Le général chrétien maronite Michel Aoun a opté pour une attitude « non alignée », se voyant pour sa part encouragé à se conformer à la ligne gouvernementale libanaise. Sans succès pour l’heure.
Personne ne saurait réellement dire quelles seront les évolutions que connaîtra le Liban ces prochains mois. Mais beaucoup s’accordent néanmoins pour prédire un avenir sombre pour le pays. Reste que c’est la nécessité pour le Hezbollah de procéder à son désarmement qui risque fort de continuer à dominer le débat libanais, avec ce que cela implique de tensions et tiraillements divers à l’échelle nationale. Cette requête est d’ailleurs légitime et pleinement fondée, puisque aucune milice armée ne saurait librement graviter dans un Etat de droit. Mais il y aurait pourtant un moyen bien simple d’y parvenir, et qui passe par l’application dans l’ordre des résolutions onusiennes. Le Hezbollah justifie en effet le maintien de son armement par le fait qu’Israël continue à occuper les Fermes de Chebaa depuis 1967. Or, en se conformant à la légalité internationale, Israël annulerait tout motif de maintien, par le Hezbollah comme par les formations palestiniennes, de leur armement, voie ouverte pour la mise en application automatique du second pan de la résolution 1559. Par contre, en rechignant à appliquer la résolution 242, l’Etat hébreu alimente tout simplement une rhétorique hezbollahie qui, en dépit des apparences, reste, au Liban comme dans le reste du monde arabe, beaucoup plus populaire qu’on ne le laisse parfois entendre.

11 avril 2006

Pluie le jeudi, ski le lundi

Et oui, toute peine mérite salaire, selon l’adage. Donc la pluie qui est tombée en masse la semaine dernière s’est transformée en neige en altitude. Du coup, on est monté faire une journée de ski. Avec qui ? La bande habituelle : Serj, Rita, Elie, Camille et Fadi (que je ne connaissais que depuis la soirée Star Ac’). Mais pour les admiratrices d’Alain, faudra repasser car il n’était pas parmi nous, révisions obligent.
Faire du ski. Ça m’a fait bizarre, et à plus d’un titre. D’abord parce que je ne pensais pas faire du ski en avril, encore moins au Liban, et à une heure de la plage c’était inconcevable. Donc autant vous dire que la journée a été hyper dépaysante. On était à plus de 2.000 mètres d’altitude. La neige était encore bonne.
Tout était là pour une très bonne journée. Sur mon télésiège, je vous imaginais les uns les autres, qui enseignant le français, qui devant son ordinateur, qui en visite, qui dans sa 206 bleue, qui en cours à l’école ou à la fac, qui à l’ambassade, qui en stage en France ou à l’autre bout du monde, qui fêtant le retrait du CPE, qui se préparant pour un entretien ou en recherche d’emploi, qui à la retraite, qui bientôt en vacances de Pâques, qui qui …
Tout était là pour une très bonne journée si ce n’est un petit oubli lié à un réveil assez matinal. J’ai oublié de me mettre de la crème solaire. Je ne vous raconte pas la gueule que j’avais le soir, et encore moins celle de ce matin. Je crois que je suis brûlé au 13e degré, plus rouge qu'un petit livre de Mao et plus boursouflé que Mirabeau avant qu’il ne perde sa tête. Si vous ajoutez à cela ma défaite au loto national (j’avais quand même deux bons numéros), je laisse libre cours à votre imagination pour voir la tête que j’avais en soirée. Je préfère donc ne vous mettre que les photos de la journée. Pas besoin de commentaires, si vous êtes assidus, vous devez commencer à nous reconnaître.







08 avril 2006

Quelques photos pour les curieux

D'abord une vue depuis Tabarja (chez Serj) : au fond, Beyrouth, avec la Mer Méditerranée devant !

Ici la ville de Jounieh, au Nord de Beyrouth.

Puis, trois photos de lundi dernier quand on était dans les montagnes du Chouf.
Camille, Elie, Serj et Alain.

Camille, Elie, Nico et Serj.

Alain, Elie, Nico et Serj.

Voilà pour ces photos. Lundi je reviendrai avec des photos du ski !! Alors revenez aussi pour en savoir plus !

07 avril 2006

Biskrem, Star Ac' et Droits de l'Homme

Très rapidement pour vous parler de trois choses.
Tout d'abord, un petit clin d'oeil à ceux qui ont eu la chance de séjourner plus ou moins longtemps dans les Balkans. Vous pouvez débarquer en masse au Liban. J'ai découver une mine de Biskrem !! Pour les non-initiés, au Kosovo, j'étais complètement fan et j'étais pas le seul. Il s'agit de petits sablés creux fourrés au chocolat fondant. C'est un délice qui nous vient directement de Turquie ... mais qui n'a pas encore arrosé le marché européen. Vivement que la Turquie intègre l'Union !!
Deuxième chose, c'est ce soir la grande finale de la Star Ac', 3e édition de la version moyen-orientale. Si vous n'avez pas encore voté pour Joseph, alias Zouzou, c'est le moment ou jamais de le soutenir. En tout cas, tout le Liban est derrière toi, Joseph !!
Enfin, petite annecdote concernant les Droits de l'Homme. Vous n'avez pas oublié ; c'est quand même pour ça que je suis là, même si je n'ai pas encore débuté mon stage. Anecdote, donc. L'autre soir, j'étais avec un oncle de Serj. On lui explique que je suis là pour un stage avec Caritas pour six mois, dans le cadre d'un Master blablabla. Il nous regarde et nous dit : "Mais si tu travailles dans les Droits de l'Homme, qu'est-ce que tu fais au Liban ? Il n'y en a pas !". Cette blague de droits-de-l'hommiste m'a fait beaucoup rire. Bon, c'est sûr le régime est un brin policier mais quand même la situation est pire ailleurs.
Voilà. Il y en a qui veulent plus de sérieux dans mes messages ? Je vous invite alors à relire l'excellent article de ma propre composition qui suit ci-dessous !! Allez, à+.

06 avril 2006

Petite présentation du Liban

Je n’ai pas fait ce blog uniquement pour vous parler de moi. Je suis là avant tout pour un stage, pour valider mon Master Droits de l’Homme. Le stage ne commençant pas tout de suite, je vais quand même vous introduire quelques éléments pour mieux connaître le pays. J’essayerai de faire des petits topos de temps en temps sur des sujets divers et variés, allant des plus sérieux aux plus légers, de l’histoire politique aux délices culinaires.
« Indice chez vous… Top ! Je suis un pays du Moyen-Orient, peuplé de 4 millions de Libanais, au passé prestigieux, à la culture à la croisée de l’Occident et de l’Orient. Je compte parmi mes villes célèbres Beyrouth, Tripoli ou Baalbek. Je suis un Etat multiconfessionnel. Je suis … Je suis … Oui, le Liban. Et-c’est-ga-gné !! »
Donc aujourd’hui, n’ayez pas peur, ce ne sera pas un remake de Questions pour un Champion mais une petite présentation du Liban. Le nom officiel du pays est République libanaise (al-joumhouriyya al-loubnâniya). Liban (loubnân en arabe), vient de l'araméen laban (blanc), en référence au manteau neigeux des montagnes libanaises, un paysage bien rare dans cette région désertique du monde qu'est le Proche-Orient.
Après ce brin de poésie, entrons dans le vif du sujet. Et tout d’abord quelques dates. Et oui ! Vous aimez bien qu’on se rappelle de votre anniversaire alors y’a pas de raison.
- IIIe siècle avant JC, les Cananéens occupent la côte et y fondent les cités-Etats de Byblos (Jbail), Beyrouth, Saïda et Tyr (Sour).
- 395, après l’occupation romaine, le Liban passe sous domination byzantine.
- 636, conquête du Liban par les Arabes.
- 1516, le Liban est annexé à l’Empire ottoman.
- 1920, après le démantèlement de l’Empire ottoman, le Liban devient un protectorat de la France, au titre d’un mandat de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU).
- 1943, 22 novembre, le Liban accède à l’indépendance.
- 1975, 13 avril, début de la guerre civile.
- 1990, 13 octobre, fin de la guerre. Elle aura fait 150.000 morts. La Syrie installe alors un régime à son service et tire les ficelles de la politique en coulisses.
- 2005, 14 février, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri est assassiné. La Syrie serait derrière l’attentat.
- 2005, 26 avril, après 30 ans d’occupation, la Syrie se retire du Liban sous la pression populaire et diplomatique.
- 2005 aura été marquée de nombreux attentats, visant des personnalités politiques ou des médias.
Après l’histoire, la géo. Je vous mets une petite carte à disposition. Cliquez dessus pour l’agrandir et y voir plus clair dans les noms qui vont souvent revenir durant mes narrations futures.

Donc on voit bien que le Liban est placée au centre de la côte Est de la Mer Méditerranée. De forme grossièrement rectangulaire, le Liban a une largeur de 60 km pour 200 km de hauteur. Cela fait donc un territoire de 10.500 km² (à titre de comparaison, l’Ile de France fait 12.000 km²). Le Liban a une frontière commune avec la Syrie (sur 375 km) au Nord et à l’Est et avec Israël (sur 80 km) au Sud. Il possède 225 km de côtes. Sa plaine littorale est très étroite. Le Liban contient deux chaînes de montagnes (les Monts Liban et Anti-Liban) séparées par la plaine de la Bekaa. Le point culminant est situé à près de 3.000 mètres d’altitude.
Passons à la géographie humaine (ça rappellera de bons souvenirs à certains). Le Liban compte environ 4 millions d’habitants. C’est difficile à dire puisque le dernier recensement eut lieu sous le protectorat français, il y a trois quarts de siècle. On estime la répartition de la population comme suit :
- 40 % de Chrétiens (dont plus de la moitié de Maronites),
- 50 % de Musulmans (moitié Chiite, moitié Sunnite),
- 6 % de Druzes,
- 4 % autres.
Mais il y a plus que 4 millions de Libanais sur Terre. En effet, il y aurait 2 fois plus de Libanais vivant au Brésil qu’au Liban : 8 millions. Plus un million aux Etats-Unis. En tout, on estime à 13 millions la diaspora libanaise : plus de trois fois la population du pays ! Le Liban n’est que la partie visible de l’iceberg.
Au Liban, on parle le Libanais et on écrit en Arabe. L’Arabe est une langue littéraire uniquement. Les langues parlées dans les pays arabes en sont des dialectes dérivés. Le Français pour des raisons historiques et l’Anglais pour des raisons économiques sont deux autres langues très utilisées. Enfin, l’Arménien est parlé par une communauté de plus de 100.000 personnes.
L’actuel Président de la République est le Général Emile Lahoud, en poste depuis 1998 (élections prévues en 2007). Fouad Siniora a été nommé Premier ministre le 19 juillet 2005. Depuis l’indépendance en 1943, le Pacte national institue un système politique confessionnel répartissant les pouvoirs et les postes entre maronites, sunnites, chiites, orthodoxes, druzes et catholiques. Ainsi, le Président est Chrétien maronite, le Premier ministre Sunnite, le Président de l’Assemblée nationale Chiite, les différentes vice-présidences sont assurées par les Orthodoxes, etc…
Quelques éléments en vrac. La capitale est Beyrouth. La monnaie est la Livre libanaise (1 Euro = 1.825 Livres) mais le Dollar est aussi utilisé. L’heure : il est une heure de plus qu’en France (été comme hiver) soit GMT +3 pour les scientifiques. Enfin, je ne vous apprends rien en vous disant que le Cèdre est le symbole du Liban et qu’il figure au centre du drapeau. Et maintenant, faites comme moi, mettez-le en fond d'écran !

Bon allez, je pense que c’est bon pour aujourd’hui. Imprégnez vous de tout ça pour la suite de la visite…

05 avril 2006

Il pleut toujours

Un petit point sur ma recherche de logement. Je vais donc aller habiter dans le centre, à Beyrouth Est. C'est une coloc avec trois étudiants en médecine. Ce sera à 20 minutes ou une demi-heure à pied de là où je travaillerai. Il y a des chances que je ne commence vraiment mon stage qu'à la fin du mois, au moment où je vivrai à Beyrouth. Ca me laisse un petit mois pour profiter un peu du Liban. Je passe mes journées avec Serj et ses potes, principalement Elie, Rita et Camille. C'est pour pouvoir profiter de ce temps d'adaptation que j'avais fait le calcul de venir 6 mois. Du coup, je ne culpabilise pas du tout.
Malgré tout, c'est pas pour tout de suite que je vais prendre des couleurs. Il a plu à torrent tout le week-end. Et depuis hier après-midi, c'est reparti. L'évacuation de l'eau se fait difficilement tellement il pleut. Comme tout est en pente (ce sont des montagnes qui se jettent dans la mer), alors on fait face à des torrents, l'eau dévale les pentes jusqu'à la mer, les égouts débordent et les rues en contre-bas sont baignées d'au moins 20 cm d'eau.
Mais bon, tout se fait en voiture ici donc on n'est pas trop trempé. On se retrouve dans des cafés, à la fac, chez les uns ou les autres. De très bons moments. On rigole bien. Ils parlent tous un excellent français. Et comme ils sont tous en études supérieures, on a l'occasion d'avoir de bonnes discussions. Ca me donne un bon aperçu du pays, de l'histoire, de la situation politique, de la culture, de la cuisine... Et eux aussi sont très curieux. Niveau questions, ça fuse.
Vu ce qui tombe en ce moment, on envisage un petit tour un peu plus haut dans les montagnes pour une journée de ski. Peut-être ce week-end ou alors en début de semaine prochaine. A voir. En tout cas, vendredi, on est déjà pris. Attention, c'est la finale de la troisième Star Ac' Moyen-Orient et pour la première fois un Libanais est en finale !! Pas moyen de louper ça. Mais ils sont plutôt pessimistes sur les chances de Joseph (c'est le finaliste). Il est face à une Marocaine et un Egyptien, pays beaucoup plus peuplés que le Liban et donc en plus grand nombre pour soutenir leur candidat. C'est comme chez nous ; c'est le public qui vote. On verra. Inch' Allah !!
Au pire on se consolera avec le loto. Demain soir, grand tirage. Y'a un paquet à se faire. Plus de 5,6 milliards !! Pas de ruée sur les comptoirs des compagnies aériennes. On parle en Livres libanaises. Enfin, ça représente quand même 4 millions de Dollars US, soit plus de 3 millions d'Euros. Inch' Allah, là aussi !!
Sinon, c'est bon, j'ai pu mettre les photos en ligne. Vous pourrez remercier Julie pour ses conseils. Romain et les autres, descendez voir le message de la dernière fois. J'en ai rajouté. Pas d'autres pour le moment. Fait pas assez beau pour mettre des paysages. Mais si vous êtes sages, vous en aurez très vite.
Petit message personnel pour terminer. Bon anniversaire Bon Papa !

03 avril 2006

Yalla !! C'est parti

Mon intégration se poursuit à vitesse grand V. Samedi soir, je commence par la soirée d'anniversaire de Josiane, une cousine de Serj. Bonne ambiance et très bon buffet, mais vivement que je me mette à l'arabe pour communiquer un peu plus avec ceux qui sont moins francophones. Vers 23h, direction Batroun, dans le Nord pour une soirée bien arrosée avec tout un groupe d'amis de Serj. Il y avait Rita, Camille, Elie, et d'autres. Ici avec Serj et Rita.
Elie et Camille
Avec Rita
Et là avec Elie, Serj et Camille
Ca se passait dans une boîte où la musique était alternativement occidentale et orientale. Très bien, mais bon, certains d'entre vous connaissez mes goûts musicaux et vous savez à quel point je ne suis pas difficile !! La question du mélange des communautés me taraude. Il y a une petite vingtaine de communautés religieuses qui coexistent au Liban . La confession est une partie non négligeable de l'identité de chaque Libanais, à tel point que son inscription sur la carte d'identité était de rigueur jusqu'en 2001. Je demande donc à Serj comment ça se passe. Plus concrètement, je lui demande si ce soir il y avait d'autres personnes que des chrétiens. Réponse : non. Nous étions dans une région à majorité chrétienne. Très peu de métissage déplore-t-il. Je ne vais pas m'étendre sur cette question délicate tout de suite. Mais, promis, un p'tit message-topo sur la question plus tard. On termine vers 5 heures. Chacun rentre chez soi prudemment, prenant la route à plusieurs, passant les check-points de l'armée sans problème.
Le lendemain, la pluie et l'orage ne cessent pas. On se retrouve malgré tout le soir, Rita, Serj, Elie et moi. Je leur dis qu'il serait temps que je me mette à apprendre l'arabe. Première leçon dans un café, en fin d'après-midi. Bonne rigolade. Je vous laisse deviner les expressions sur lesquelles on a pu dévier après quelques phrases d'usage courant.
Ce matin, lundi, levé tôt. On repart à la recherche d'un appartement avec Serj. Premier passage près de Caritas où on en a repéré un dans le journal. Bien mais pas top. Propre mais froid et pas grand chose à l'intérieur (pas de drap, couverture, ustensiles de cuisine, ...). Proche de Caritas mais dans un quartier très calme, trop calme. On se le garde sous la main et on continue notre tour. On se retrouve dans le foyer de l'Université Saint-Joseph. Université francophone située en face de l'Ambassade de France, Beyrouth Est. La grande classe, tout neuf, moderne, hyper-équipé, convivial, quartier sympa... Mais le prix est un peu dissuasif. Idem, on se le garde pour plus tard. Après avoir envisagé d'autres solutions peu concluante, finalement, Serj se rappelle d'un de ses amis à l'Université Saint-Joseph. Il est en colocation et le 4e de la coloc s'en va à la fin du mois. Je pourrais probablement le remplacer. Ca, c'est un vrai bon plan. Chambre individuelle, loyer abordable, et puis de la compagnie le soir, histoire de profiter au maximum de rencontres. Le seul hic, c'est qu'il faut attendre la fin du mois pour que j'aille là-bas, ce qui impliquerait que je ne commence qu'à la fin du mois. Affaire à suivre. Avec un peu de recul et en accord avec Caritas, j'aviserai. Pour le moment, Serj me suggère de prolonger mon acclimatation chez lui. Il n'est plus en cours, il a donc du temps à me consacrer pour me faire visiter, déguster, bronzer, rencontrer, ...
Dans l'après-midi, escapade à l'improviste dans le Chouf avec Camille, Elie, Serj, Alain et moi. La fine équipe. Camille joue le guide car il est originaire de cette région montagneuse habitée par des Chrétiens maronites et des Druzes. Visite de Deir al Kamar, la cité des émirs. Capitale du Liban avant Beyrouth. Village perché sur les pentes des Monts Liban, maisons de pierre, rues pavées, avec la mer au fond. On est à 1.000 mètres d'altitude mais à 15 minutes de la côte, imaginez la pente ! Jolie excursion et ambiance très joyeuse. Ils étaient tous les quatre à l'école puis à la fac ensemble. Imaginez !
Pour les photos, j'ai un peu de mal. Déz', je voulais en mettre plus. Mais revenez quand même, je m'arrange pour régler le problème très vite.

01 avril 2006

48h chrono

Je suis installé devant mon ordinateur. La fenêtre devant moi donne sur la Méditerranée. Vue sur Beyrouth, au loin, un peu sur la gauche. Le seul hic, c’est le temps : un orage de chez orage. Tonnerre bien comme il faut. Mais bon, avec 20° dehors, ça sent plutôt l’orage d’été. Comme si la grisaille libanaise n’avait pas les effets déprimants de son homologue parisienne. Et puis sinon, je serai en train de me baigner et de dorer au soleil. Pas trop en même temps, on croirait que je suis venu là en vacances.
Reprenons donc. Petit tour à Beyrouth hier. Retour dans la soirée dans mon logement provisoire, chez Hani. Ce matin, Serj vient me chercher. C’est le frère de Sylvain, un ami libanais de Paris. Sa famille vit à Tabarja, sur la côte au Nord de Beyrouth, non loin de chez Hani. Contacté hier soir, il est devant chez moi à 10 heures précises ce matin. Je sors à peine de la douche. Niveau timing, c’est pas encore ça : je n’ai pas encore de numéro de téléphone. Pas de numéro de téléphone, c’est-à-dire pas de puce pour mon portable. Donc je ne peux pas l’allumer et donc je n’ai pas l’heure.
Serj est venu me prendre. Comme je loge seul, il me propose d’aller loger chez lui et ses parents. J’empaquette tout et on est parti. Déjeuner chez lui. Il me dit qu’on mange bien et en abondance au Liban. Il me suggère donc un passage sur la balance pour voir le résultat dans six mois. Il pronostique +6kg (un kg par mois) ; sa mère est plus optimiste : +10kg au moins. Peu importe +combien, du moment que c’est +, ce sera toujours ça de pris ! Au menu à midi : taboulé (avec moins de semoule mais du persil haché à la place), petits feuilletés de fromage chaud, escalopes panées, pommes de terre cuites au four, … Un délice. Je suis complètement fan.
Avant le déjeuner, on a beaucoup parlé de la France. Enfin, de Paris devrais-je dire ! Je sais. Pour un Parisien, la France ou Paris, c’est kifkif. Mais depuis mon passage à Lyon, je fais maintenant le distinguo. Serj va faire son Master l’an prochain à l’ESSEC. Il me pose plein de questions, très curieux et impatient de connaître. Mais c’est donnant-donnant : il me parle du Liban, je lui parle de Paris et de la France. J’espère que ce sera pareil pour les langues et qu’en partant j’aurai le même niveau en Arabe que le sien en Français ! I have a dream, comme dirait l’autre…
Au programme ? Ce soir, on sort. Il va me présenter des amis. Demain, je passe la journée avec Dounia et sa famille. Je vais faire la connaissance de ses enfants et de ses parents. Lundi, j’irai à Beyrouth avec Serj pour y trouver un logement. Que ce soit chez Dounia ou chez Serj, c’est à l’extérieur de Beyrouth. Il me faut au moins une heure pour rejoindre la capitale en bus. C’est pas très pratique. J’ai donc convenu avec Caritas et le Centre des Migrants que je commencerai mon stage quand j’aurai trouvé un logement. Avec les tuyaux des deux autres stagiaires Johan et Eryc et l’aide de Serj, je pense trouver rapidement et à bon marché. Johan et Eryc aussi m’ont proposé de venir loger chez eux pour me rapprocher.
Les premières impressions après ces 48 heures : très bonnes. J’ai l’impression d’être chez moi dans cet environnement qui m’est pourtant totalement inconnu. Sans aucun doute ça aide énormément de rencontrer des personnes proches de celles que je connais en France (je pense à Hani et Sylvain) et de se faire recevoir comme il le font. En toute simplicité mais avec beaucoup d’attention et de chaleur. C’eût été bien différent si j’avais débarqué au milieu de nulle part.
Bon allez, je vous laisse. Le temps s’éclaircit. Je reviens le plus vite possible… avec des photos, promis Romain !